Venir au monde

Mercredi 15 Mai 2013
Type d'activité: 
discours/exposé
Source: 
Assemblée des déléguées de la Fédération suisse des sages-femmes (FSSF)

Je vous souhaite la bienvenue à cette assemblée, qui est comme chaque année l’occasion d’échanger entre nous sur les enjeux actuels pour notre métier et pour notre fédération.

Echanger entre nous, c’est bien – c’est même indispensable -, mais c’est insuffisant. Le 21ème siècle est placé sous le signe de l’individualisme, mais aussi de l’échange entre les individus. L’échange de biens et de services, du libre échange économique aux réseaux alternatifs d’échange de prestations ou de maisons. L’échange d’informations et d’expériences, aussi, au travers de forums de discussion, de différentes formes de « coaching » et j’en passe. Or, sur le plan professionnel, cet échange de savoirs est non seulement vivace à l’intérieur d’une même profession – c’est ce que nous pratiquons ici, c’est ce qui se passe aussi, par exemple, à travers les rencontres des sages-femmes cheffes des hôpitaux -, mais cet échange revêt aussi la forme du dialogue entre disciplines.

Ainsi, ce n’est qu’en dépassant les barrières corporatistes et les oppositions stériles que nous pourrons résoudre le problème de la hausse injustifiée du nombre de césariennes. C’est d’ailleurs dans cet esprit que la FSSF a travaillé main dans la main avec la SSGO et la SSP à la publication de la brochure sur les césariennes. Ce n’est qu’en communiquant avec les autres professionnel-le-s de la santé qui sont également concerné-e-s que nous parviendrons, je l’espère, à négocier avec succès l’augmentation de nos tarifs. Plus largement, ce n’est qu’en tissant des réseaux interprofessionnels que nous parviendrons à optimiser les coûts de la santé ou encore à réformer le système d’assurance-maladie, qui pose aujourd’hui des problèmes aussi bien aux familles que nous suivons qu’à nous-mêmes, prestataires de soins – je pense notamment aux sages-femmes des « petites » maisons de naissance, qui ploient sous le fardeau des charges administratives -. Oui, en ce troisième millénaire nous, sages-femmes, devons sortir de notre bulle « amniotique »!

Cela signifie également qu’il nous faut prendre en compte les exigences médicales modernes et les connaissances issues de l’évidence, comme l’a fait le groupe de travail « best practices » en élaborant des recommandations minimales pour le suivi de grossesse. Un travail de deux ans qui va dans le sens d’un positionnement plus marqué de la sage-femme à l’extérieur, d’une meilleure visibilité de son rôle, de ses prérogatives et de ses compétences. Nous sages-femmes, devons être capables de prendre le pouls de la société qui nous entoure, ce qui suppose aussi de se plier à certaines exigences en termes de communication. Je pense notamment à la pétition demandant que, dans tous les hôpitaux suisses, des naissances puissent être gérées exclusivement par les sages-femmes. Une belle idée, qui mérite d’être bien « vendue » !

Comme vous le savez, sur les deux sujets que je viens d’évoquer, des dissensions internes se sont manifestées. Bien sûr, échanger signifie débattre et, parfois, ne pas être d’accord. Bien sûr, l’accouchement de nouveaux projets se fait rarement sans douleur. Mais le lancement d’une action de courriels de type spam à l’interne de la FSSF et la stratégie du blocage sont des signaux préoccupants. Pour promouvoir au mieux nos intérêts, nous devons pour une fois veiller à ne pas couper le cordon, celui du dialogue entre nous ! Et nous devons faire attention à ne pas nous regarder le nombril et, à trop vouloir sanctifier l’art millénaire de la sage-femme, à ne plus défendre adéquatement non seulement notre place dans la société mais aussi les mères, les pères et les enfants que nous accompagnons.

Au moment de passer le témoin de la présidence, je vous invite modestement à cette nécessaire ouverture. Au cours de ces dernières années, j’ai pu compter sur votre travail, déléguées des sections locales, membres du comité central ou membres du secrétariat. Pour votre engagement sans faille, je vous remercie de tout cœur ! Il me semble pouvoir dire que nous avons, ensemble, contribué, au cours de ces quatre dernières années, à faire de notre fédération une association plus professionnelle, plus active, plus ouverte. C’est en œuvrant de la sorte, comme vous le faites, à la défense des sages-femmes que vous permettez à notre métier d’éclore dans l’espace public. Autrement dit, c’est grâce à vous que les sages-femmes « viennent au monde ».