"Swiss Monde", la belle Suisse solidaire

Lundi 01 Août 2016
Type d'activité: 
discours/exposé

Sept siècles et un quart. C’est l’âge – respectable – de la Suisse aujourd’hui. Et c’est l’occasion de célébrer ce pays que nous aimons, parce que nous y sommes né·e·s, parce qu’il nous a accueilli·e·s ou parce que nous y sommes simplement de passage.

Plus de 8 millions. C’est le total des habitantes et habitants de Suisse, dont près d’un quart n’ont pas de passeport helvétique. Depuis son origine, la Suisse est fondée sur la diversité de langues, de traditions, de religions. Et depuis très longtemps, l’immigration participe au renouvellement des générations dans ce pays ainsi qu’à sa richesse, tant matérielle que culturelle.

50’000. C’est le nombre de réfugié·e·s que la Suisse se doit d’accueillir rapidement, comme le demandent deux pétitions remises en juin dernier au Conseil fédéral. C’est aussi, à peu près, le nombre de personnes qui ont trouvé refuge en Suisse, en l’espace d’un an, dans les années ’90, et qui se sont ensuite intégrées à la société helvétique. Aujourd’hui, notre pays doit à nouveau ouvrir plus largement ses portes, ses bras, son cœur aux hommes, aux femmes et aux enfants qui fuient l’horreur de la guerre, en Syrie ou ailleurs, au péril de leur vie.

Deux millions. C’est le nombre de réfugié·e·s que les pays du continent européen doivent ensemble accueillir pour étancher l’immense détresse actuelle et prévenir une catastrophe au Proche-Orient. Car, bien sûr, la Suisse ne peut, à elle seule, faire face à la crise. La solidarité doit être européenne et l’emporter sur les égoïsmes nationaux, qui s’abritent derrière des murs de briques et sous des plafonds imposés. Dans cet élan commun, la Suisse doit jouer son rôle humanitaire, à la hauteur de ses moyens. Sans oublier de renforcer son soutien sur place, pour gérer et prévenir les crises. Et non tailler dans le budget de l’aide publique au développement, comme le veut la majorité du Parlement fédéral.

Pourquoi, me direz-vous, un soir de premier août, tous ces chiffres et ces mots sur la crise migratoire et sur la politique d’asile ? D’abord, parce que Presinge accueille des requérantes et requérants d’asile sur son territoire et parmi sa population, au quotidien, dans un esprit d’échange et de partage. Ce qui n’est pas le cas d’autres communes, notamment genevoises, qui refusent d’abriter des foyers. L’expérience presingeoise gagnerait à être davantage partagée afin, si possible, d’en convaincre certaines ! Si j’évoque cette question de l’asile en ce soir de fête nationale, c’est aussi parce qu’aujourd’hui, vivre en Suisse, c’est vivre dans le monde, en solidarité avec tous les êtres humains. Parce qu’aujourd’hui, vivre la Suisse, c’est perpétuer sa tradition humanitaire et contribuer à la paix entre les pays, mais aussi au sein même du nôtre.

En effet, je le constate et le déplore, l’État islamique et en particulier les attentats terroristes de Paris, Bruxelles, Nice et ailleurs ne font pas que des victimes directes. Souvent, la peur – légitime – que ces actes odieux suscitent vient épaissir la carapace identitaire, brouiller le discernement et semer la discorde dans les sociétés occidentales. On se retrouve à opposer « être suisse » et « étranger », ou à mettre dans le même sac « terroristes » et « musulmans », voire « terroristes » et « réfugiés » ! À titre de – triste - exemple, les actes racistes envers les membres de la communauté musulmane en Suisse ont bondi l’an dernier. Cette cristallisation et cette exclusion sont largement récupérées et attisées par les partis de la droite dure, en Suisse et ailleurs. La violence terroriste est ainsi le détonateur d’une violence sociale, plus sournoise, qui menace le fondement même de la société helvétique, à savoir son unité dans la diversité.

Nous pouvons et devons désamorcer cette bombe à retardement, en cessant de stigmatiser « les autres » et en opposant à la terreur la solidarité, qui est bien plus solide. Je suis Charlie, je suis Aylan, je suis ma voisine musulmane, nous sommes les autres et réciproquement, dans notre humanité commune. Puisse ceci engager les femmes et les hommes à « se prêter les uns aux autres n’importe quels secours, appui et assistance » ! Ces mots ne sont pas de moi, mais ils figurent dans le Pacte fédéral de 1291. Un peu plus récente, la Constitution fédérale, dans son Préambule, dit l’importance de garder « un esprit de solidarité et d’ouverture au monde » et nous rappelle que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ».

Mille ans et beaucoup plus, dans cet esprit de solidarité : c’est ce que je souhaite à Presinge, au canton de Genève, à la Suisse, à l’Europe et au monde ! En attendant, c’est à vous que je souhaite, dans un temps plus immédiat, une belle fête et une bonne soirée !

Discours prononcé à Presinge le 1er août 2016