Remise du 12e Prix solaire (Genève)

Vendredi 11 Octobre 2002
Type d'activité: 
discours/exposé
Source: 
Remise du 12e Prix solaire

J’ai le plaisir d’apporter aujourd’hui le salut et les félicitations du Parlement fédéral, à l’occasion de la remise du 12e prix solaire, à toutes celles et tous ceux qui oeuvrent pour les énergies renouvelables à Genève et en Suisse.
Comme vous le savez sans doute, notre pays peut s’enorgueillir d’avoir inscrit en tête de sa constitution, à son article 2, aussi bien le développement durable que la conservation durable des ressources naturelles comme buts de la Confédération. L’article 89 de cette même Constitution, en vigueur depuis 1990, dispose que la Confédération « fixe les principes applicables à l’utilisation des énergies indigènes et des énergies renouvelables et à la consommation économe et rationnelle de l’énergie » et qu’ elle « favorise le développement des techniques énergétiques, en particulier dans les domaines des économies d’énergie et des énergies renouvelables ».
En ancrant ces dispositions dans notre loi fondamentale, nous avons pris en compte la thèse qu’avançait, il y a 15 ans déjà, la commission présidée par l’ancienne présidente du gouvernement norvégien, Mme Brundtland, selon laquelle le développement durable est une manière de permettre à tous les êtres humains vivant actuellement sur terre de satisfaire leurs besoins sans compromettre les possibilités des générations futures.
Depuis la conférence de Rio, nous avons commencé à apprendre à agir de manière durable et un nouveau critère de décision a été introduit dans les principes qui régissent nos actions quotidiennes, celui du bien-être des générations futures. C’est une révolution.
La votation fédérale du 24 septembre 2000 aurait été l’occasion de mettre en pratique ce beau principe. Malheureusement, l’on sait que ni l’initiative pour le centime solaire ni les articles constitutionnels « pour l’encouragement des énergies renouvelables » et « relatif à une redevance incitative » n’ont passé le cap de ce scrutin. Ce rejet a fait dire à mon collègue le conseiller aux Etats Eugen David que si, jusqu’en 1998, nous étions à la pointe de l’industrie et de la technologie des énergies renouvelables le non de septembre 2000 avait compromis cette situation enviable.
Mais ne restons pas sur cette éclipse de soleil ! Car il y a des combats politiques – et non des moindres – qui ne sont pas gagnés du premier coup et qui doivent être remis sur le métier sans relâche. Le 1er vice-président du Conseil national, Yves Christen, est l’auteur d’une motion demandant que le montant destiné à promouvoir les énergies renouvelables soit porté à 100 millions. Notre collègue a eu raison de rappeler que l’énergie solaire est restée en panne en raison du rejet des taxes énergétiques mais aussi du froid engendré par la volte-face américaine face aux engagements de Kyoto au sujet du changement climatique et de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Ces mêmes engagements du Protocole de Kyoto obligent pourtant la Suisse, comme l’Union européenne, à diminuer de 8% ses émissions de CO2 jusqu’en 2010. En attendant, nous consommons encore 85% d’énergie non renouvelable et nous rejetons plus de 40 millions de tonnes de CO2 par année dans l’atmosphère. De plus, l’an dernier, la consommation d’énergie a augmenté de 2%, le parc automobile s’est une fois encore accru et la consommation de mazout a grimpé de 5%, en partie en raison d’un hiver rigoureux. C’est dire combien il est nécessaire de suivre cet avertissement de M. Robert Priddle, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, qui signalait récemment qu’il fallait améliorer le rendement au niveau de l’utilisation de l’énergie, recourir davantage aux sources d’énergie renouvelable et développer des systèmes de transport durables.
Les faits sont têtus. On sait que la demande d’énergie a été multipliée par 14 depuis le début du siècle alors que la population de la terre n’a été multipliée que par 5. C’est dire la nécessité impérieuse d’une diversification des sources d’énergie. Plus de 80 % de l’énergie utilisée aujourd’hui dans le monde provient de gisements épuisables, qu’ils s’agisse de charbon, de pétrole ou de gaz ainsi que d’uranium. Par opposition, les énergies fournies par le soleil, le vent, les chutes d’eau, la croissance des végétaux, les marées ou la chaleur de la terre sont renouvelables. L’énergie hydraulique, l’énergie solaire, l’énergie de la biomasse, l’énergie géothermique, l’énergie éolienne ont donc toutes leur place dans notre avenir énergétique.
Aujourd’hui, c’est le solaire qui retient notre attention : le soleil qui produit 386 milliards de milliards de mégawatts – vous m’excuserez de n’avoir pas trouvé le temps de les compter moi-même ! Bien que distant de 150 millions de kilomètres de notre planète, le soleil est assurément notre plus grande source d’énergie. La puissance reçue annuellement à la surface du globe va de 85 à 290 watt par mètre carré. Si cet écart est important, il n’empêche aucune région du globe de bénéficier d’énergie solaire.
On peut dès lors se demander s’il existe un droit au soleil. Dans l’Etat américain du Nouveau-Mexique, il existe un Solar Right Act qui assimile le droit au soleil au droit de propriété. La récupération de l’énergie solaire ne va pas de soi en milieu urbain. Il est nécessaire de susciter des volumétries nouvelles, des agencements et des types d’occupation des locaux nouveaux, des modes de relations originaux entre le bâti et l’environnement, en somme une nouvelle architecture, comme cela se fait dans les bâtiments solaires Minergie.
La remise du Prix solaire constitue une occasion bienvenue de mettre en valeur les bâtiments et constructions des pionniers en matière d’utilisation rationnelle de l’énergie et du recours à l’énergie solaire. Il permet de montrer qu’il est possible de construire des bâtiments et des logements dans lesquels il ne sera quasiment pas nécessaire de recourir à des énergies non renouvelables. Ce prix offre ainsi la possibilité d’encourager les entreprises de construction à prendre en considération les principes du développement durable dans tous leurs projets. Il donne enfin une visibilité à l’engagement de quelques uns, entreprises ou personnes particulières, qui devrait encourager l’ensemble de la population et de l’économie suisses à prendre en considération leurs propres responsabilités en matière de développement durable. Seule l’attitude responsable de chaque personne permettra en effet d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés et que le récent sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg nous a judicieusement rappelés, à savoir le recul de la pauvreté et la lutte contre la dégradation de l’environnement.
« La vérité est comme le soleil. Elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder » disait
Victor Hugo. Regardons donc, plutôt que le soleil, le travail qui nous attend pour laisser aux locataires de la terre qui viendront après nous un lieu de vie de qualité en aussi bon état que nous l’avons nous-mêmes reçus. Et bravo aux personnes et entreprises primées aujourd’hui qui ont compris qu’elles avaient un rôle à jouer et qui ont accepté de prendre leurs responsabilités.