Préparer un avenir vivable: deux fois OUI aux initiatives antinucléaires le 18 mai!

Mercredi 16 Avril 2003
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Argumentaire pour les votations du 18 mai 2003

Le 18 mai prochain va nous donner une nouvelle occasion de nous prononcer sur un sujet finalement relativement connu de la population suisse : l’énergie nucléaire et l’usage que notre pays souhaite en faire dans un avenir plus ou moins proche. Comme nous avons déjà mené un débat de ce type il y a une dizaine d’années, beaucoup de choses ont déjà été dites à ce sujet et nombre de personnes ont certainement leur opinion quasiment arrêtée sur la réponse qu’elles donneront aux deux initiatives.

Pour une partie de la population, ce sont les côtés négatifs du nucléaire qui l’emportent et ils sont nombreux : risque d’accident grave et son cortège de conséquences à très long terme, contamination radioactive due à l’activité au quotidien, problèmes de transport et de stockage des déchets, retraitement des déchets pour en tirer du plutonium encore plus dangereux, utilisable notamment à des fins militaires, vieillissement des centrales actuelles, …
Pour les autres, c’est renoncer à l’énergie nucléaire qui entraînerait des difficultés insurmontables mais leurs arguments sont d’un tout autre ordre : mise en cause de notre bien-être – qui, soit dit en passant, n’est certainement pas proportionnel à la quantité d’énergie que nous consommons – dépendance énergétique, coûts, affaiblissement économique.

D’un passé dépassé…

Disons-le tout net, je suis de longue date et irrémédiablement convaincue que l’énergie nucléaire est une énergie du passé, non seulement parce qu’elle est basée – comme d’autres il est vrai – sur un combustible dont les réserves sont limitées mais surtout parce qu’elle a été mise au point dans une vision prométhéenne du développement, sans comptes à rendre ni à l’environnement ni à l’être humain, dans un temps d’avant le déluge.
Depuis, sachant que l’erreur est humaine, nous avons appris, du moins en théorie, que la terre est notre capital et que, si nous voulons pouvoir en profiter, nous devons faire fructifier ce capital et non le dilapider, nous avons globalement défini les principes du développement durable qui est, par définition, incompatible avec l’énergie nucléaire.
Il n’est pas de campagne électorale ces derniers temps au cours de laquelle on n’a pas abordé le thème de l’insécurité et notre société est, peut-être pas si paradoxalement qu’il n’y paraît, effectivement très soucieuse des risques individuels ou collectifs, alimentaires ou géographiques, supposés ou réels. Or, si vivre est un risque – et je suis bien placée comme sage-femme pour savoir qu’avant même de naître on court le risque de mourir – tout est question d’échelle et de maîtrise. Sans du tout mettre en cause l’engagement des personnes qui travaillent dans les centrales nucléaires à réduire au maximum les risques d’accidents, je pense quant à moi qu’aucun risque n’est comparable à celui que représente l’utilisation de l’énergie atomique non seulement à cause du nombre de victimes potentielles mais aussi en raison de la durée de ses effets sur la vie. Une chose est de mettre en danger la sécurité d’un grand nombre de personnes – comme le ferait la rupture d’un grand barrage évoquée par les opposant-e-s aux initiatives pour minimiser les risques des centrales nucléaires – une autre est l’atteinte pour de nombreuses décennies à un environnement soudain devenu plus qu’hostile, invivable. Je ne suis personnellement pas prête à prendre un tel risque.

…à un avenir possible !

Sachant que les intérêts économiques, même d’un petit nombre, ont plus de poids que la réflexion responsable et le souci du plus grand nombre de maîtriser tout à la fois leur environnement et leur avenir, il faudra donc bien dire oui le 18 mai à l’initiative « Sortir du nucléaire » parce que sans contraintes – et je le regrette – nous n’assisterons pas à une reconversion en douceur de notre approvisionnement énergétique et qu’une contrainte légale et raisonnée est de beaucoup préférable à une obligation accidentelle, soudaine et lourde de conséquences.
Nous avons la chance de vivre dans un pays dans lequel 60% des besoins en électricité sont couverts par l’énergie hydraulique, nous avons la chance d’avoir vu se développer nombre d’autres sources d’énergie alternative. Profitons-en ! Engageons-nous dans les énergies de l’avenir, investissons dans un futur porteur d’espérance, créateur d’emplois décentralisés, un futur dont nous gardons la maîtrise, première garantie de cette sécurité à laquelle nous aspirons.

La 2e initiative « Moratoire plus » doit permettre aux personnes effrayées par une décision qu’elles peuvent juger trop brutale ou trop lourde de conséquences – et les grands moyens engagés dans la campagne des opposant-e-s aux initiatives ont de quoi nourrir ces craintes – de garder la maîtrise de l’utilisation et du recours à l’énergie nucléaire ces 10 prochaines années et nous donne donc un délai supplémentaire pour entamer un vrai tournant dans notre politique énergétique. A mi-chemin entre un blanc-seing pour continuer sur cette voie dangereuse du recours à l’atome et un renoncement décisif, cette initiative doit aussi être soutenue par l’électorat car elle permet, finalement, au peuple d’avoir le dernier mot quant à l’utilisation des centrales actuelles, en toute connaissance de cause.