Pour une politique d'asile humaine

Vendredi 28 Octobre 2016
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socialistes n°83

En Suisse, les cas de renvois « Dublin » foulant aux pieds les motifs humanitaires et le regroupement familial se multiplient ces derniers temps. Le renforcement de la droite dure au Parlement fédéral n’y est pas pour rien.

En cette période de crise migratoire, le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) multiplie les décisions de non-entrée en matière à l’encontre de requérant·e·s d’asile déjà passés par un pays européen (intégré dans l’espace Dublin). Des décisions qui, bien souvent, tiennent du zèle administratif plutôt que de la prise en compte des situations individuelles - qui est pourtant à la base du principe de l’asile ! -.

Or, le Règlement Dublin laisse aux États membres une marge de manœuvre : l’article 17 offre la possibilité de déroger aux critères d’application, « notamment pour des motifs humanitaires et de compassion, afin de permettre le rapprochement de membres de la famille ». Le SEM semble avoir « oublié » cette option, qui permet d’ouvrir une procédure d’asile ou au moins d’admission à titre provisoire. Sans parler des autorités des différents cantons qui se content d’exécuter les décisions, sans remettre leur bien-fondé en question.

Témoin, l’exemple récent de la famille Musa, déchirée par le renvoi en Croatie de trois jeunes frère et sœurs syriens, seul le benjamin ayant pu rester à Genève, où vivent leurs oncles et tantes. Encore plus récemment, un jeune Erythréen victime de torture dans son pays a été renvoyé en Italie, alors qu’il souffre de stress post-traumatique et bénéficie du soutien de son frère à Genève.

Ces décisions ne tiennent compte ni des liens familiaux ni de l’état de santé des personnes concernées. Même quand il s’agit de femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher. Une autre famille syrienne, la famille Algoush, aurait ainsi dû être renvoyée alors que la mère, enceinte de son quatrième enfant, était sur le point d’accoucher.

De plus en plus automatiques, ces renvois donnent la nausée. Il arrive aussi que des familles avec enfants soient expulsées en cours d’année scolaire, ce qui ne se produisait pas avant. Avant, c’était avant qu’une nouvelle majorité de droite décomplexée s’installe au Parlement et incite la Suisse à profiter du système Dublin pour durcir sa politique d’asile. Alors qu’à l’origine, ces accords ont essentiellement été conclus pour empêcher des requérant·e·s d’asile de déposer une demande dans plusieurs pays - but qui a été largement atteint et hélas souvent détourné -.

Aux violations des principes humanitaires et du droit d’être ensemble s’ajoutent les conditions parfois proches de la maltraitance dans lesquelles s’effectuent les renvois, y compris les retours « volontaires ». Notre pays ne gagne rien à mener cette politique : c’est une situation de « lose-lose », qui aboutit à salir la tradition d’accueil de la Suisse et à imposer une nouvelle séparation à des personnes déjà éloignées de leurs proches restés au  pays.

La formidable mobilisation de collectifs de citoyennes et citoyens solidaires a permis, dans certains cas, d’éviter le pire. Mais il s’agit de « bricolages » au cas par cas, fragiles et incertains. La Suisse peut et doit faire mieux : tout en s’impliquant dans une réforme du système d’asile européen, notre pays doit pratiquer dès aujourd’hui une politique humaine, au niveau de la Confédération et des autorités cantonales. Au lieu de renvoyer aveuglément des femmes, des hommes et des enfants vers le désespoir, la Suisse doit leur offrir une promesse d’espoir, une terre d’asile.