l'Exercice de la tendresse

Mercredi 01 Octobre 2008
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Vie protestante GE

Max Weber définit le pouvoir politique comme «le monopole de la violence légitime», nécessaire à faire régner l’ordre dans un monde violent. La violence étatique s’entend essentiellement au sens symbolique: fixer des règles pour éviter que la liberté des un-e-s n’empiète sur celle des autres. Mais la légitimité de cette «violence» rencontre elle-même des limites: les droits humains et les principes constitutionnels. A l’heure où violence et insécurité sont au cœur des débats, la lutte contre ces phénomènes passe d’abord par l’action exemplaire de l’Etat en la matière. Or, que voit-on en 2008?

L’inscription des «tasers» dans la Loi sur l’usage de la contrainte, la position très frileuse de la délégation suisse lors des négociations de la Conférence de Dublin sur l’interdiction des bombes à sous-munition ou encore l’achat projeté d’avions de combat pour plus de 2 milliards de francs: autant d’exemples récents qui illustrent le débat  sur la «violence officielle». Il ne s’agit pas de nier la nécessité d’une certaine violence étatique ni d’affaiblir la police et l’armée mais de garantir leur légitimité (et leur efficacité).

Impossible de nier que la violence existe dans la société. Mais pour mieux la contrer, il nous faut déconstruire l’image alarmiste rendue par les médias. La violence des jeunes, par exemple, est largement amplifiée: en réalité, le taux de criminalité a baissé en Suisse depuis 25 ans. Et, s’il y a bel et bien des violences, il existe aussi une violence profonde, sociale, existentielle, dont on ne parle pas assez, celle d’un monde concurrentiel et individualiste, qui dissout le lien social. L’un des résultats souvent tus de ce dénuement vital, c’est le taux élevé de suicides des jeunes ou quand la violence se retourne contre soi-même. Si nous devons limiter l’accès aux armes, comme le propose une initiative populaire, il s’agit plus profondément de neutraliser l’envie de s’en servir, en construisant une société solidaire.

Mais, au-delà de la lutte contre la violence, nous devons aussi nous engager pour la paix, dans la conviction portée par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme: celle de la «dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine». Cette conviction, Jésus-Christ l’a vécue dans sa solidarité avec les exclus et les plus faibles. Il est aussi une grande figure de  la non-violence, cette résistance active qui l’a poussé à pardonner à ses propres bourreaux, cette attitude combattive qui n’exclut pas la colère mais qui la fait fructifier.

A un tout autre niveau, le pouvoir politique, loin du «monopole de la violence», doit selon moi permettre l’exercice de l’humanisme et de la tendresse envers l’Autre. Dans un cadre souvent très dur, il doit s’inspirer du cœur, dont personne n’a le monopole.