Les pauses d'allaitement enfin rémunérées

Samedi 15 Décembre 2012
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Tribune de Genève

C’était le dernier grain de sable. Après l’entrée en vigueur du congé maternité national en 2005, seule la question de la rémunération des pauses d’allaitement faisait encore obstacle à l’adhésion de la Suisse à la Convention de l’OIT sur la protection de la maternité. Un obstacle qui sera balayé suite à la décision, prise ce 12 décembre par le Conseil des États  – à l’instar du National en septembre -, de ratifier cette convention. Cette décision fait suite à mon initiative parlementaire déposée en 2007 déjà. Elle autorise le Conseil fédéral à modifier l’ordonnance pour que le temps de travail consacré à l’allaitement soit enfin rétribué. Depuis longtemps déjà, la loi suisse permet à la femme qui allaite durant la première année de son enfant d’y consacrer du temps sur son activité professionnelle. Ne manquait plus qu’à préciser que ce temps est rémunéré. Ce sera désormais chose faite.

C’est un petit pas pour la Suisse – une petite modification, au maigre impact économique - mais un grand pas pour les femmes concernées : celles, tributaires de leur salaire intégral et confrontées à des employeurs peu conciliants, pour qui reprise du travail signifiait obligatoirement fin de l’allaitement. En tant que sage-femme, combien ai-je vu de mères déchirées entre le désir de continuer à allaiter leur bébé encore petit et la nécessité de reprendre une activité professionnelle après quatorze ou seize semaines, dans un monde du travail généralement peu enclin à favoriser l’allaitement ? La plupart des mères cessent d’ailleurs d’allaiter, parfois à contrecœur, au moment de reprendre le chemin du « boulot ». Ce alors que l’OMS, les pédiatres et bien d’autres recommandent l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois.

Cette avancée favorisera la conciliation des vies familiale et professionnelle, ainsi que la santé des enfants et de leurs mères. La santé constitue du reste la première rubrique de cette convention de l’OIT, qui vise à assurer une protection étendue à toutes les femmes salariées. Un texte ratifié à ce jour par 26 États. 26 États seulement, du fait que les pays nordiques connaissent des dispositions « trop » généreuses, quand d’autres n’ont tout simplement pas de système de sécurité sociale. Ce n’est heureusement pas le cas de la Suisse qui, en rejoignant les premiers États parties à cette convention, réaffirmera son attachement aux instruments de l’OIT. Un signal particulièrement important pour la Genève internationale, qui accueille le siège de cette organisation – où la Suisse cherche d’ailleurs à renforcer son rôle -. Autrement dit, la décision prise ce mercredi à Berne profitera aux jeunes « Ève » et aux jeunes « Adam » aussi bien qu’à Genève !