La santé, c'est votre travail

Lundi 21 Novembre 2016
Type d'activité: 
discours/exposé
Source: 
Remise des diplômes de la Haute école de santé de Genève

Je tiens tout d’abord à vous adresser mes sincères félicitations pour le diplôme que vous allez recevoir tout à l’heure. Ce diplôme vient en effet couronner votre travail de ces dernières années et votre motivation à apprendre. Or, cette soif de se former pour mieux comprendre et mieux agir sur le monde qui nous entoure, c’est ce qui permet à chacune et chacun d’entre nous d’apporter sa propre pierre à la construction de notre société. Dans le cadre de vos futurs engagements professionnels, mais aussi personnels, associatifs, politiques ou autres, vous serez les actrices et acteurs d’un changement social qui est toujours en marche.

Ce changement est particulièrement marqué dans le domaine que vous avez choisi, celui de la santé, à tel point que je parlerais même de bouleversement. Les systèmes de santé suisse et occidentaux doivent faire face aux défis nouveaux que posent le vieillissement de la population et la multiplication des maladies chroniques, alors que menace une pénurie de professionnel·le·s de la santé, du moins dans la médecine de premier recours, donc notamment d’infirmières et d’infirmiers. C’est ce grand écart entre, d’un côté, l’augmentation, la transformation et la complexification des besoins en soins et, de l’autre, la raréfaction de certaines et certains professionnels de la santé, le tout sous forte pression financière, qui a mené à l’adoption récente, par les chambres fédérales, de la Loi sur les professions de la santé (LPSan).

Cette loi instaure, au niveau national, l’accréditation obligatoire des filières d’études des hautes écoles spécialisées. Elle fixe ce faisant des exigences uniformes pour la formation du personnel de santé, notamment pour les bachelors de sage-femme, en nutrition et diététique, en physiothérapie et en soins infirmiers. La technique en radiologie médicale n’est hélas pas incluse dans cette règlementation, pas plus que le cycle master (sauf pour l’ostéopathie). La LPSan règle en outre l’exercice de ces professions sous la propre responsabilité professionnelle de la personne concernée et instaure un registre des professionnel·le·s de la santé.

Le but de cette loi, c’est précisément d’éviter une pénurie de personnel soignant qualifié, en délimitant des compétences claires et uniformes, ce qui devrait notamment permettre de favoriser la mobilité intercantonale et la reconnaissance des diplômes étrangers. La loi vise aussi à améliorer la sécurité des patientes et des patients, en soumettant l’exercice d’une profession de la santé à autorisation ainsi qu’à des devoirs professionnels et des mesures disciplinaires. La loi est en quelque sorte parallèle à, et cohérente avec celle sur les professions médicales universitaires.

Cette cohérence est très importante dans le cadre de notre système de santé actuel, qui doit décloisonner les formations pour favoriser l’interprofessionnalité. Un bel exemple de cette interprofessionnalité s’est concrétisé autour de la réalisation, en 2014, de la brochure d’information sur la césarienne, qui a été mise au point par des sages-femmes, des pédiatres, des néonatologues et des anesthésistes. Vous avez la chance de vous être formé·e·s au sein d’une haute école, la HEdS Genève, qui favorise dès le début la coopération entre les étudiantes et étudiants des différentes filières, autour d’objectifs communs et partagés. Mais qui dit coopération ne dit pas dilution des responsabilités, puisque votre formation a aussi visé à vous donner les clés d’une pratique autonome et responsable. 

Ces outils, affûtés au cours des années que vous avez passées ici, sont extrêmement importants pour répondre aux exigences de responsabilité fixées par la LPSan, mais aussi aux nouveaux modèles de prise en charge thérapeutiques qui sont l’avenir de la santé en Suisse. Je pense bien sûr aux réseaux de soins intégrés ou aux programmes de gestion des maladies. Ces modèles doivent permettre d’ouvrir la voie à une médecine de qualité, centrée sur l’intérêt des patientes et des patients et, en même temps, économique. Et aux professionnel·le·s de la santé que vous êtes, ces modèles promettent une pratique innovante, attractive et riche en possibles… à condition de pouvoir être organisés de manière indépendante des assureurs !

En vous préparant à une pratique à la fois autonome et collaborative, votre formation vous donne tous les atouts pour exercer des activités de promotion de la santé, de prévention, de traitement, de maintien et de réhabilitation, dans votre domaine de spécialisation et dans une perspective de santé globale plutôt que de simple assurance contre la maladie. Vous qui avez choisi un métier de soins à l’autre, vous avez une responsabilité particulière à faire vivre le lien social, y compris celui qui nous unit aux personnes les plus vulnérables, parce que démunies, parce qu’étrangères, ou autre. Notamment, la prévention et la promotion de la santé auprès de ces personnes ainsi que la réduction des inégalités dans l’accès aux soins sont des enjeux majeurs pour notre société aujourd’hui traversée par de profondes divisions.

La santé est votre travail, celle de vos futures patientes et patients, mais aussi, plus largement, celle de notre société. Tout comme elle est le travail des femmes et des hommes politiques qui prennent soin de ce qui, toutes et tous, nous relie. Sur ce magnifique chemin de vie qui s’ouvre à vous, je vous souhaite le meilleur ! Je vous encourage, hommes et femmes, à conjuguer carrière professionnelle et vie familiale avec une implication égale et partagée. Vous, mesdames, à poursuivre votre parcours professionnel y compris vers les postes à responsabilité, en dépit des obstacles. Vous, messieurs, à faire votre place dans des métiers encore largement « féminins ».

Et chacune, chacun, je vous encourage, dans un système de santé à la croisée des chemins, à vous poser cette question : quelle direction lui donnerez-vous ? Pour reprendre le mot de Francis Blanche, je vous souhaite non seulement de changer le pansement, mais aussi de penser le changement… et de l’incarner !