Là où mène l'obsession de l'abus

Jeudi 17 Juillet 2014
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Tribune de Genève - Courrier des lecteurs

Le drame de cette famille syrienne refoulée vers l’Italie via la Suisse et qui pleure son bébé mort-né n’en finit pas de m’inspirer honte et colère.

Dans de nombreux médias – dont la Tribune -, on minimise l’affaire. Ici, on parle de simple « fausse couche », alors que cette mère était enceinte de plus de 7 mois. Là, on écrit que, certainement, ce bébé était mort bien avant l’accouchement. Peut-être même avant de traverser la Suisse, bref, not in our backyard ! Sous-entendu : l’événement, somme toute banal, était inévitable… Ouf, la conscience est sauve !

Comme si la vie de la mère, elle aussi, n’avait pas été en danger. Comme si perdre les eaux et du sang ne représentait pas une urgence médicale totale (c’est la sage-femme qui vous le dit !). Une faute des gardes-frontière suisses, accusés par le père d’avoir ignoré ses alertes, « ne peut pas être exclue », nous dit-on.

Au-delà, fausse et fautive est la route empruntée par la Suisse face à l’« étranger » : le règne du soupçon, l’obsession de l’abus mènent à la déshumanisation de l’autre (un Syrien, ce n’est rien !) et à une inhumanité que les fonctionnaires ne font qu’appliquer avec zèle. Ce qui évoque de bien mauvais souvenirs…

Charge maintenant à l’enquête de faire toute la lumière, mais aussi aux médias de ne pas diluer la responsabilité collective en usant d’euphémismes et de détours. Ce qui, assurément, relèverait de la double faute.