Gripen: évitons le crash!

Mardi 15 Avril 2014
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Espress et Tribune de Genève

Investir près de 10 milliards de francs dans un avion de papier qui, même s’il décolle un jour, sera inutile à notre défense ? C’est la proposition faite au peuple suisse, le 18 mai, avec la loi sur le fonds d’acquisition de 22 avions de combat Gripen.

Cette erreur d’aiguillage risque de coûter très cher aux contribuables que nous sommes : 3,126 milliards à l’achat, puis plus du triple de cette somme pour l’exploitation et l’entretien des avions. Des milliards qui manqueront pour répondre aux urgences en matière de logement et de formation, de transport et de sécurité sociale. Mais aussi pour faire face aux vrais risques militaires (terrorisme, cyberrisques…) et investir dans la politique de paix : une nécessité pour la crédibilité de la Genève internationale.

La dépense est d’autant plus risquée que le Gripen E n’existe que sur le papier : des douzaines de ses composants doivent encore être développés. Or, la Suisse devrait avancer 40% du prix d’achat ! En outre, l’achat compensatoire de Pilatus suisses par Saab, constructeur suédois des Gripen, est loin d’atteindre les cimes promises : au lieu de 50 avions, les discussions ne portent plus que sur une vingtaine d’appareils. La relation de confiance avec notre partenaire a du plomb dans l’aile… 

Surtout, l’achat de nouveaux avions de combats n’est aujourd’hui pas nécessaire : les forces aériennes existantes suffisent à remplir les tâches de police et de défense du ciel. Les 32 F/A-18, récemment rénovés pour 400 millions de francs, sont tout à fait à même de mener à bien leur mission ces prochaines décennies. Si l’Autriche possède 15 appareils pour sa police du ciel, la Suisse, avec plus du double, doit pouvoir assurer la sienne ! D’ailleurs, en 2010, le Conseil fédéral ne recommandait pas l’achat de nouveaux avions de combat durant cette législature.

Avant d’acheter de nouveaux avions, il faut définir clairement le mandat actuel de l’armée et en particulier de l’armée de l’air. Sans quoi les milliards investis seront juste perdus dans les airs. Et même si l’on veut renforcer l’armement contre une fort peu probable attaque militaire classique, il y a quelque chose de grippé dans le modèle du Gripen : en matière de sécurité aérienne, il ne satisfait pas aux exigences minimales d’armasuisse et est moins performant que le F/A 18.

Bref, cet achat risque de faire exploser les coûts pour un avion qui n’a pas encore volé et qui n’empêchera guère le ciel de nous tomber sur la tête ! Il ne s’agit pas de voter pour ou contre l’armée, mais juste de faire un choix sensé. C’est pourquoi, comme nombre de nos compatriotes de diverses appartenances politiques – droite y compris -, je vous invite à voter NON.