Faire tomber les murs, pas les bombes

Lundi 16 Mai 2016
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Socialistes n°81
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Les attentats terroristes de Bruxelles, Paris et ailleurs ne font pas que des victimes directes. Souvent, la peur qu’ils suscitent vient épaissir la carapace identitaire et brouiller le discernement. En résultent l’exclusion de tout ce qui semble « étranger » (par opposition à « être suisse ») et de rapides amalgames entre terroristes et musulman·e·s, voire terroristes et réfugié·e·s. Bref, la violence des uns nourrit celle des autres. Et la crainte - légitime – pour nos droits et notre sécurité nous pousse à les dénier à celles et ceux qui, comme les réfugié·e·s, ont bien plus encore à craindre sur ce point. Car, rappelons-le, ils et elles sont à l’origine victimes - non vecteurs – de violence.

Monter les populations les unes contre les autres: c’est l’arme ultime des terroristes, une vraie bombe à retardement. Ne les laissons pas faire ! Soyons, au contraire, solidaires ! Solidaires de toutes les victimes, tout près de chez nous ou plus loin. Par exemple, en accueillant rapidement, sur sol suisse, 50’000 réfugié·e·s. C’est ce que demande l’appel lancé au Conseil fédéral par les milieux syndicaux, signé notamment par de multiples politiques et artistes.

Pour rappel, sur le contingent de 3’000 réfugié·e·s en provenance de Syrie que le Conseil fédéral avait annoncé vouloir accueillir, à peine 500 l’ont été à ce jour. Pourtant, la situation en Syrie n’est hélas pas près de s’arranger: si les négociations reprennent à Genève, c’est aussi le cas des violences sur place. Des violences, en passant, qu’aucune livraison d’armes au Proche-Orient en provenance de Suisse ne doit plus alimenter !

Bien sûr, la Suisse ne peut, à elle seule, accueillir tous ceux et celles qui fuient la guerre et autres souffrances, en Syrie et ailleurs. La solidarité doit être européenne et l’emporter sur les égoïsmes nationaux, qui s’abritent derrière des murs et sous des plafonds imposés. Mais l’Europe est dépassée par l’ampleur de la crise et son programme de répartition, à la peine. C’est malgré tout à bon escient que la Suisse y participe, qui s’est dite prête à accueillir 1’500 personnes (déduites du contingent de 3'000 !) parmi les dizaines de milliers bloquées sur sol européen, dans une détresse immense.

Cette détresse immense l’exige: la Suisse doit jouer son rôle humanitaire, à la hauteur de ses moyens ! Dans les années ’90, elle a ainsi accueilli 47’000 personnes en un an, qui se sont ensuite intégrées à la société helvétique. La Suisse doit aussi renforcer son soutien sur place, pour gérer mais aussi prévenir les crises. Et non tailler dans le budget de l’aide publique au développement, comme le veut la majorité de droite du Parlement fédéral…

Un espoir – parmi d’autres - dans ce sombre contexte: la mobilisation de la société civile suisse, le 28 février dernier, pour défendre les droits humains, contre l’initiative dite de mise en œuvre. L’expression d’une prise de conscience que nos droits et ceux des autres sont indissolublement liés ? Que les autres, c’est nous et réciproquement, dans notre humanité commune ? Espérons-le, car seule la solidarité permettra à l’humanité de triompher de la terreur. Un mur de plus qui chute, c’est une bombe de moins qui tombe.

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