Ecopop: une initiative nocive, sous des dehors sucrés et aguicheurs!

Mercredi 07 Mai 2014
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Espress

Ecopop : un nom léger comme le popcorn et pétillant comme le champagne. Mais ne nous y laissons pas prendre : avec son initiative, Ecopop avance des mesures massue, à coup de taux fixes et rigides, qui ne mettraient à la fête ni la Suisse, ni les autres pays concernés. Cette initiative est en fait aussi dangereuse qu’un alcopop : sous des dehors sucrés et aguicheurs, elle dissimule – mal -  des effets potentiellement nocifs.

Ainsi, sous couvert de préservation des ressources naturelles, l’initiative durcit encore et, en outre, rigidifie le contingentement de l’immigration. Avec les risques que l’on sait pour notre économie et les problèmes que cela pose dans le domaine de l’asile, notamment. Autre danger de cette initiative, elle entend capter et figer 10% de la coopération internationale au développement exclusivement pour le planning familial, dans les pays pauvres à taux de fécondité élevé.

Certes, la planification familiale, et notamment l’accès à la contraception, est une composante pertinente de la coopération dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive. D’ailleurs, cet instrument est déjà utilisé, au besoin, dans le cadre de programmes sanitaires de base. Il fait notamment partie des activités menées par le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), auquel la Suisse contribue. La santé sexuelle et reproductive englobe donc la planification familiale. Mais elle ne saurait s’y réduire !

Si l’on regarde par exemple les Objectifs du Millénaire pour le Développement, plusieurs sont en lien direct avec la santé sexuelle et reproductive, de l’amélioration de la santé maternelle à la lutte contre le VIH/SIDA, sans oublier la réduction de la mortalité infantile. On ne parle pas ici que de planning familial ! En outre, le renforcement des droits reproductifs est connecté à d’autres OMD, tels que l’autonomisation des femmes, l’éducation pour toutes et tous et l’élimination de l’extrême pauvreté. Car comment parler de planification familiale à des femmes qui sont dans la survie ? Comment permettre aux femmes une vraie liberté de choix sans leur offrir des perspectives de vie autres que la seule maternité ? Et à quoi bon donner des moyens de contraception à des femmes analphabètes ?

Parce que les autres composantes de la coopération au développement en général et de la promotion de la santé sexuelle et reproductive en particulier sont importantes, pour les questions de fécondité comme pour le développement dans son ensemble, concentrer ainsi les moyens sur la planification familiale est absurde. En outre, le seuil de 10% (qui, selon Caritas Suisse, correspond à plus de 200 millions de francs par an, sur la base du crédit cadre 2013-2016) nuirait à la souplesse et à l’efficacité de notre coopération internationale, laquelle s’adapte aux besoins des différents pays.

L’étroitesse de vue dont cette initiative fait montre est décidément alarmante. La planification familiale ne mène pas forcément à avoir moins d’enfants, mais à choisir d’en avoir ou pas, en toute connaissance de cause.  Or, ce vrai choix-là n’est possible que si certains prérequis en matière de santé, de formation, d’emploi et de sécurité sociale sont remplis. Avec cette initiative, Ecopop sape les efforts de la coopération suisse en matière de développement durable et de lutte contre la pauvreté, qui englobe tous ces objectifs. Raison pour laquelle il nous faut crever la bulle et refuser de boire de cette eau-là en rejetant l’initiative.