Des rues pour tous

Mardi 19 Décembre 2000
Type d'activité: 
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Flyer du comité d'initiative

Des rues pour tous ? D'abord la vie pour toutes et tous !

Les habitantes et habitants des Pâquis ont dû, avec le soutien des autorités, se battre pendant 10 ans pour obtenir la réalisation de « Tout doux les Pâquis », 10 ans de décisions en procédure, de recours en appel, 10 ans pendant lesquels les véhicules automobiles ont continué à péjorer la qualité de la vie de ce quartier et à provoquer des accidents aux conséquences toujours néfastes.

Heureusement, nous aurons, le 4 mars prochain, une occasion unique d'éviter à d'autres habitantes et habitants d'autres quartiers de Genève ou d'autres localités suisses de devoir attendre aussi longtemps la réalisation de leurs souhaits : l'initiative « Rues pour tous » nous donne cette possibilité rare.
Nous devons accepter cette initiative au nom de la vie et au nom de sa qualité.
L'initiative nous permet de choisir si nous voulons accorder la priorité à la sécurité et à la qualité de la vie ou si nous préférons lâcher la bride aux fougueux chevaux qu'abritent nos moteurs. Il ne s'agit pas d'interdire les déplacements automobiles, il ne s'agit pas non plus de les compliquer tellement qu'ils en deviendraient impossibles ni de limiter l'accès des routes à certaines catégories d'utilisateurs.
Il s'agit simplement de remettre l'église au milieu du village : c'est la vie qui est essentielle, bien avant les coûts très relatifs des mesures à prendre pour la protéger ou la pseudo-rapidité des déplacements.
Le Conseil fédéral et tous les experts sont d'accord sur un point : les limitations générales de vitesse diminuent sensiblement le nombre d'accidents que ce soit par une homogénéisation du flux du trafic ou par un abaissement des vitesses de collision dû à un raccourcissement des distances de freinage. Ainsi, la distance de freinage diminue de moitié entre 50 km/h et 30 km/h. Du coup, la gravité des dommages causés baisse considérablement. Un piéton renversé par une voiture à 50 km/h a 50% de risque de décéder. A 30 km/h, ses chances de survie sont de 90%.
En 1999, 2807 piétons ont été blessés et 115 tués. Ces morts et ces blessés ne sont pas inéluctables !
Les chiffres varient selon les sources mais il est certain que le nombre de piétons blessés ou tués peut diminuer de moitié avec la mise en application de l'initiative « Rues pour tous ». Nous devons refuser de penser que les accidents de la route sont le résultat d'une fatalité contre laquelle on ne peut rien. Toute mort est une mort de trop. Tout blessé est un blessé de trop.
Les trois principaux arguments invoqués contre l'initiative sont les coûts d'aménagement qu'elle entraînerait, l'impossibilité de la mettre en oeuvre et les ralentissements qu'elle induirait sur les déplacements en ville. Regardons d'un peu plus près la pertinence de ces arguments.
Dans tous les autres domaines de l'activité humaine, on s'active à repousser les limites de la mort et à combattre les effets de la maladie. On investit des centaines de millions et même des milliards de francs pour tenter de soigner des maladies et prévenir des décès prématurés. Et là, tout à coup, on trouve que les mesures - efficaces - proposées sont trop coûteuses. C'est tout de même un peu fort. Les piétons, les cyclistes, les enfants et les personnes âgées sont les plus fragiles des usagers de la route. Ils ont droit à plus de mesures de protection.
Ces mesures de protection coûteraient environ un milliard de francs, somme amortie en deux ans déjà grâce aux économies réalisées sur les frais de traitement médical consécutifs aux accidents, sans même parler des conséquences humaines dont le coût est impossible à chiffrer.
Le mal est connu, ce n'est pas l'automobile mais son usage déraisonnable et irraisonné. Le remède est connu : c'est la diminution de la vitesse dans les quartiers d'habitation. Refuser l'initiative sous prétexte que les automobilistes ne respecteront pas la limite du 30 km/h c'est non seulement baisser les bras mais juger a priori que les automobilistes n'ont ni tête pour réfléchir ni coeur pour se soucier des autres usagers de la route. Les automobilistes ne sont - quoiqu'en disent les associations qui représentent leurs soi-disant intérêts - ni des imbéciles ni des asociaux. Ils sont sensibles aux campagnes d'information, soucieux de sécurité et d'économie et fort intéressés à savoir par exemple qu'ils ne « perdront » qu'une minute sur un déplacement d'un quart d'heure en zone d'habitation. Pourquoi ? et bien, tout simplement, parce que les automobilistes ce sont vous et moi, tour à tour conducteur ou conductrice de voiture mais aussi piéton-ne, cycliste et usagèr-e des transports publics. N'oublions pas qu'avant d'être automobiliste, tout individu naît bipède, devient piéton et le restera, pour peu qu'on lui prête vie !
Je n'ai pas - ou presque - parlé des effets positifs de « Rues pour tous » sur la qualité de la vie. Ils ne sont pourtant pas moins importants et sautent aux yeux : diminution du bruit (en passant de 50 à 30, le bruit diminue autant que si le trafic avait été réduit de moitié) et de la pollution, diminution également de l'agressivité et plus grande convivialité puisque les deux trottoirs d'une rue ne sont plus séparés comme les deux rives d'une rivière en furie. Et c'est à ces bienfaits que vont désormais goûter les Pâquisard-e-s.
Sans hésitation aucune, le 4 mars, acceptons l'initiative « Rues pour tous ». Pour une fois, les enjeux de notre vote sont extrêmement concrets et donc simples à visualiser. Nous pouvons, par notre seul bulletin de vote, sauver des vies et nous permettre les uns aux autres de mieux vivre.
Aller de l'avant, ce n'est pas rouler toujours plus et toujours plus vite. Le progrès consiste bien plutôt à garantir à chacune et chacun de bonnes conditions de vie et à leur permettre de profiter de leur vie le plus longtemps possible.