Coût des IVG: un faux problème!

Dimanche 22 Septembre 2013
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Tribune de Genève

Les interruptions volontaires de grossesse (IVG) doivent continuer à être remboursées par l’assurance de base. Le Conseil des États l’a très clairement exprimé ce 9 septembre. Avant lui, le Conseil national avait, lui aussi, largement rejeté l’initiative « Financer l’avortement est une affaire privée ».

Portée par les milieux anti-avortement, cette initiative est trompeuse. Sous prétexte de réduire les coûts à charge de l’assurance-maladie, elle s’attaque au droit des femmes à la santé reproductive et à la liberté de choix. En effet, cette initiative ne permettrait PAS de diminuer les coûts induits par les IVG. Depuis l’entrée en vigueur du régime des délais - dont le financement par l’assurance de base fait partie intégrante -, le nombre d’IVG en Suisse a baissé et continue de baisser chez les très jeunes femmes. Entre 2005 et 2012, le taux d’avortements est ainsi passé de 6 à 4,5 pour mille. Un chiffre très bas en comparaison internationale, le plus bas d’Europe, même. Revenir à la situation légale antérieure ne contribuerait donc pas à la diminution du nombre d’IVG ni, partant, à celle de leur coût. Un coût qui, soit dit en passant, ne représente que 0,03% des quelque 25 milliards de francs annuels que pèse l’assurance obligatoire des soins. Soit, selon Alain Berset, « quelques centimes par mois ».

Loin d’alléger les coûts, le déremboursement des IVG risque au contraire de les gonfler : les femmes de condition modeste qui ne peuvent prendre en charge cette intervention opteraient alors pour d’autres méthodes, illégales, dangereuses pour leur santé et soustraites à toute mesure de prévention. Eriger des barrières financières dans l’accès à l’IVG reviendrait tout bonnement à ressusciter les faiseuses d’anges avec, à la clé, des coûts bien supérieurs. Des coûts financiers et humains. Selon la commission nationale d’éthique pour la médecine humaine, « le fait de faire dépendre une interruption de grossesse de la situation économique de la femme enceinte va à l’encontre des exigences élémentaires de justice ». Menacées dans leur intégrité, les femmes seraient aussi discriminées par rapport aux hommes, puisque désormais seules à assumer les coûts des IVG.

Cette initiative qui, de fait, s’attaque à l’avortement, est donc injuste autant qu’injustifiée. En 2002, le peuple suisse a soutenu à plus de 72% le régime des délais. À lui, à nous, lors de la votation à venir, de réaffirmer notre soutien à une loi qui a fait ses preuves ! À nous de voter NON à cette initiative et d’interrompre volontairement son parcours ! Un parcours qui se ferait dans le sens d’un inacceptable retour en arrière.