Asile: il faut accueillir plus et vite

Jeudi 12 Mai 2016
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le Temps
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Les attentats terroristes de Bruxelles, Paris et ailleurs ne font pas que des victimes directes. Souvent, la peur qu’ils suscitent vient épaissir la carapace identitaire et brouiller le discernement. En résultent l’exclusion de l’« étranger » et des amalgames entre terroristes et musulman·e·s, voire terroristes et réfugié·e·s. Bref, la violence des uns nourrit celle des autres. Et la crainte – légitime – pour nos droits et notre sécurité nous pousse à les dénier à celles et ceux qui, comme les personnes réfugiées, ont bien plus à craindre sur ce point. Monter les populations les unes contre les autres : c’est l’arme ultime des terroristes, une vraie bombe à retardement. Ne les laissons pas faire : soyons, au contraire, solidaires ! Solidaires de toutes les victimes, tout près de chez nous ou plus loin. Par exemple, en accueillant rapidement, sur sol suisse, 50’000 réfugié·e·s. C’est ce que demande un appel lancé au Conseil fédéral.

Les réfugiées et réfugiés, notamment syriens, fuyant l’horreur de la guerre, méritent secours et protection. Les pays voisins de la Syrie portent aujourd’hui une responsabilité disproportionnée dans leur accueil : les réfugiées et réfugiés syriens représentent ainsi un quart de la population du Liban. Dans ces pays se posent en outre certains problèmes d’accès à la protection pour les réfugié·e·s. Nombre d’entre eux ont donc tenté d’accéder à l’Europe continentale, notamment par la voie des Balkans occidentaux. Mais la fermeture des frontières plus au nord a eu un effet domino, conduisant ces pays à s’entourer de barrières. Résultat : la route des Balkans est aujourd’hui quasi fermée, alors que le flux de réfugié·e·s en Grèce ne fléchit pas. Quelque 100’000 personnes, dont de nombreux  enfants[1], sont piégées aux portes de l’Europe, exposées aux trafiquants d’êtres humains et autres passeurs. La Grèce, dont le système d’asile ne peut gérer cette situation, les place en détention. Et leur renvoi vers la Turquie, consacré par le récent accord entre ce pays et l’UE, ne va pas sans poser problème sous l’angle du droit européen et du droit international.

Et la Suisse dans tout ça ? Sur le contingent de 3’000 réfugié·e·s en provenance de Syrie que le Conseil fédéral a annoncé vouloir accueillir, à peine 500 l’ont été à ce jour. Bien sûr, la Suisse ne peut, à elle seule, accueillir tous ceux et celles qui fuient la guerre et autres souffrances. La solidarité doit être européenne et l’emporter sur les égoïsmes nationaux, qui s’abritent derrière des murs et sous des plafonds imposés. Las, l’Europe est dépassée par la crise et son programme de répartition, à la peine – c’est malgré tout à bon escient que la Suisse y participe, qui s’est dite prête à accueillir 1’500 personnes (déduites du contingent de 3’000 !) –. En lieu et place de la répartition sont adoptées des mesures unilatérales et bricolées, qui tiennent du déni de responsabilité. Emblématique d’un nombrilisme irresponsable, la décision de la commune argovienne d’Oberwil-Lieli rencontre un écho à une autre échelle : la Commission européenne propose de faire payer les pays refusant la répartition automatique des demandeurs et demandeuses d’asile. Permettre aux riches d’acheter leur tranquillité : est-ce là le supplément d’équité tant nécessaire au système de Dublin ?

Les pays du continent européen ont une obligation morale à accueillir les réfugié·e·s et un intérêt à éviter que cette crise ne devienne une catastrophe pour le Proche-Orient. Deux millions de personnes, si l’on répartit bien, ce n’est pas grand-chose pour un continent peuplé de 800 millions ! Le 20 avril, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a ainsi adopté trois résolutions[2] appelant les pays d’Europe à honorer leurs engagements. Nous devons, de manière équitable, coordonnée et solidaire, accueillir plus de réfugié·e·s. La Suisse, notamment, doit jouer son rôle humanitaire, à la hauteur de ses moyens ! Elle doit aussi renforcer son soutien sur place, pour gérer et prévenir les crises. Et non tailler dans le budget de l’aide publique au développement, comme le veut la majorité du Parlement fédéral… Un vrai message d’espérance est porté par le geste du pape François, revenu de Lesbos le 16 avril avec trois familles de réfugié·e·s. Sachons nous en inspirer, car seule la solidarité permettra à l’humanité de triompher de la terreur. Un mur de plus qui chute, c’est une bombe de moins qui tombe.

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[1] L’an dernier, quelque 300'000 enfants sont arrivés en Europe, dont beaucoup n’étaient pas accompagnés.

[2] Résolution 2107, 2108 et 2109 (2016).