Des places d'accueil extra-familial : une nécessité pour les enfants, leurs familles et la société
C'est un secret de polichinelle, la société suisse prend très peu en compte la situation des familles, selon l'opinion encore largement répandue qui consiste à penser que la famille est une affaire strictement privée, comme le choix d'avoir un ou des enfants ou encore la manière de s'en occuper.
Ceci explique certainement pourquoi la Suisse ne consacre qu' 1,1% de son PNB à la politique familiale alors que la moyenne européenne est de 1,7%. Si on compare la Suisse aux autres pays européens, on constate qu'elle arrive en 16 e position sur 17 en matière de congé maternité et qu'elle est au dernier rang pour ce qui concerne la prise en charge des enfants. Il n'y a que pour les allocations familiales qu'elle occupe le milieu du classement.
La situation n'est pas meilleure en ce qui concerne l'accueil extra-familial des enfants d'âge préscolaire ou scolaire alors que le développement de places d'accueil extra-familial est une nécessité pour de nombreuses raisons. Je me contenterai de vous en exposer quelques-unes tant économiques que relatives au développement des parents comme des enfants.
Le taux d'activité des femmes n'a cessé d'augmenter ces dernières années, passant de 34% en 1980 à 45% en 1998 et c'est ainsi que 6 mères d'enfants de moins de 15 ans sur 10 sont actuellement actives, à temps partiel ou à temps plein. Ce sont ainsi près de 650'000 enfants qui ont une mère exerçant une activité lucrative alors qu'il existe en Suisse seulement environ 50'000 places pour leur prise en charge pré- ou para-scolaire. Que font-ils quand leurs parents sont absents ?
Cette augmentation de l'activité professionnelle des femmes constitue un véritable changement de société. Il est notamment dû :
- à la meilleure formation professionnelle dont bénéficient les femmes et
-
aux modifications rapides dans le monde du travail, entraînant de plus grandes difficultés de réinsertion après une interruption de l'activité professionnelle.
Mais les femmes qui exercent une activité professionnelle sont confrontées à nombre de difficultés nouvelles qui expliquent certainement en partie la diminution massive des grandes familles et l'augmentation des enfants uniques. L'insuffisance de places d'accueil extra-familial n'est en effet pas comblée par une aide provenant de l'intérieur de la famille : les grands-parents vivent souvent plus éloignés de leurs petits-enfants qu'auparavant, quand ils ne sont pas encore eux-mêmes actifs professionnellement et le nombre important de divorces limite également la possibilité de recourir à un membre de la famille elle-même divisée.
De plus, quand on les interroge, selon l'enquête sur la population active réalisée en 1995, on apprend que, parmi les femmes qui n'exercent pas d'activité professionnelle et qui ont des enfants de moins de 15 ans, la moitié exerceraient une activité professionnelle si le problème de la garde de leur(s) enfant(s) était résolu. Quand on pense à l'investissement nécessaire aux études et à la formation dont ces femmes ont bénéficié pour acquérir une profession, quand on considère leurs regrets voire leur frustration de ne pas pouvoir exercer une activité extérieure au foyer, on ne peut que penser que nous gaspillons ainsi des ressources qui seraient fort utiles à l'ensemble de la communauté.
Enfin, last but not least, dans notre société en mutation, de plus en plus d'enfants � parce qu'ils sont enfants uniques (40% des enfants) ou parce qu'ils ont des frères et s�urs nettement plus âgés ou nettement plus jeunes, dans ces fameuses familles recomposées � grandissent dans un environnement d'adultes.
Dans ce contexte, les offres d'accueil pour les enfants ne représentent pas seulement une possibilité d'activité professionnelle pour les parents mais également, et ce n'est pas le moindre de ses avantages, la possibilité d'un développement harmonieux avec l'expérimentation possible de la vie en groupe, de la vie entre pairs que sont les enfants entre eux. L'insuffisance de place d'accueil représente, de ce point de vue également, une lacune qu'il convient de combler le plus vite possible.
Plus de places d'accueil : un programme d'impulsion fédéral
La création de lieux d'accueil extra-familial est avant tout du ressort des communes et des cantons qui ont souvent besoin de la pression des associations de parents pour agir, ce d'autant plus qu'une telle création n'est bien évidemment pas gratuite.
Afin de permettre aux parents d'exercer leur activité professionnelle, il convient d'offrir des places d'accueil pour les tout-petits jusqu'à l'âge scolaire, mais aussi des horaires scolaires coordonnés et une possibilité de prise en charge de la journée entière, avec la pause de midi et jusqu'au soir.
Pour donner un coup de pouce à la création de nouvelles institutions de prise en charge en dehors du cadre familial � qu'il s'agisse de crèches, de jardins d'enfants, d'associations de parents de jour ou de cantines scolaires � le Parlement vient d'accepter, lors de sa session d'automne, un programme d'impulsion qui devrait permettre de créer environ 40'000 places d'accueil extra-familial en 8 ans et qui fait suite à une initiative parlementaire � malheureusement revue à la baisse � de ma collègue, la conseillère nationale socialiste zurichoise Jacqueline Fehr.
Plus de places d'accueil : toute la société concernée
La balle est maintenant dans le camp des autorités locales, cantonales et communales, mais aussi des entreprises qui sont encore trop rares à contribuer à la prise en charge extra-familiale des enfants. J'ose espérer que les résultats de l'étude qui est rendue publique aujourd'hui contribueront à donner un coup d'accélérateur salutaire au développement de structures de qualité.



