20 ans de l'IDHEAP : la gestion publique, cela s'apprend
Voilà
20 ans, en octobre 1982, que quelques personnes,
certainement un peu aventureuses, ont décidé
de développer la formation académique
et la recherche en administration publique, poussées
par la conviction qu'on ne gère pas une
entreprise publique de la même manière
qu'une entreprise privée et qu'il y a donc,
en la matière, des connaissances à
acquérir et des compétences à
développer.
20 ans, 300 mastères et 700 certificats
plus tard, on peut donner raison à ces
aventuriers de la première heure et les
féliciter pour le chemin parcouru. Les
pionniers convaincus se sont faits convaincants,
l'IDHEAP a permis l'approfondissement de questions
pertinentes dans des domaines aussi divers que
le fédéralisme, l'Europe, la statistique,
la gestion des systèmes de l'information,
les politiques sociales, locales, communales,
du sport ou de l'environnement. Et ça n'est
pas la variété des thèmes
de mémoire présentés aujourd'hui
qui me démentira.
Cherchant à répondre aux besoins
des collectivités publiques, l'IDHEAP a
aussi su créer des instruments à
leur disposition et participer, à l'occasion,
à leur réorganisation. Le bilan
est donc globalement positif et, dans la mesure
où les administrations publiques doivent
s'adapter constamment à l'évolution
de la société et aux nouvelles tâches
auxquelles elles doivent faire face, l'IDHEAP,
arrivé à l'âge adulte, donc
bien loin de celui de la retraite, semble promis
à un avenir rempli de nouveaux défis.
Du point de vue du parlement que je représente
ici, je dirai que les 20 années écoulées
ont été marquées par une
double difficulté dans le domaine de la
gestion publique.
La première est celle qui a vu coïncider
augmentation des déficits publics et volonté
d'introduire une nouvelle manière de gérer
les administrations publiques. Le new public management,
du fait de sa conjonction avec la nécessité
de réduire les dépenses, a hérissé
nombre de parlementaires qu'on a eu tôt
fait de qualifier de réactionnaires alors
qu'ils n'étaient , le plus souvent, que
préoccupés de la qualité
et du sens de ce service public qui est, avant
tout, un service au public. De telles querelles
stériles occultent pourtant ce qui est
certainement le plus important à mes yeux
c'est-à-dire que l'on doit développer
l'autonomie et la capacité du personnel
de répondre aux besoins de la population,
que l'on doit promouvoir la transparence et une
politique d'information au sein du service public
et que, pour réussir, tout projet de réforme
doit être tout à la fois conforme
à l'intérêt général,
prenant en compte les usagères et les usagers,
et précédé d'une démarche
démocratique favorisant la participation
des collaboratrices et collaborateurs. Tout projet
de réforme doit également bénéficier
des moyens nécessaires à sa mise
en �uvre.
La deuxième difficulté pour un parlement
est certainement le risque de déficit démocratique.
En effet, s'il revient à l'exécutif
de gérer les administrations publiques
au niveau opérationnel, c'est bien au parlement,
directement issu d'une élection populaire,
qu'il appartient de définir les politiques
publiques et d'apporter la légitimation
démocratique aux mandats de prestation
et autres directives données à l'administration.
Et je dois reconnaître qu'à l'heure
actuelle la définition des buts à
atteindre comme le contrôle du mandat ou
la vérification de l'adéquation
des moyens alloués passent encore trop
comme des aspects techniques, dénués
de signification politique, comme neutralisés,
et ne donnent pas lieu, au sein des parlements,
aux vrais débats de fond qu'ils mériteraient.
Peut-être que l'on peut voir là les
conséquences de l'absence d'une réelle
formation ou, au moins, d'une sensibilisation
des parlementaires à ces questions mais
je dois admettre que, tant que l'on ne rediscutera
pas fondamentalement la question du parlement
de milice tel qu'on le conçoit en Suisse,
une amélioration sera difficile à
trouver�à moins que l'on ne tente, vous
et nous, de mettre sur pied un programme de formation
spécifique aux parlementaires communaux,
cantonaux et fédéraux. Il y a certainement
là une idée à creuser.
En conclusion et puisque nous célébrons
un anniversaire important, vous me permettrez
de former des v�ux pour votre avenir.
Convaincue par la nécessité des
collaborations, par la richesse des échanges
et par l'apport des réseaux, je vous souhaite
de pouvoir développer vos contacts avec
les universités les plus proches, certes,
en Suisse romande, mais aussi un peu plus lointaines,
en Suisse alémanique, en Europe et ailleurs.
Je vous souhaite d'obtenir l�accréditation
européenne à laquelle vous aspirez
et qui devrait vous permettre de renforcer votre
assise.
Préoccupée par la faible représentation
des femmes, à mesure que l'on monte dans
la hiérarchie � et ceci est malheureusement
vrai aussi bien pour les universités que
pour les administrations publiques � je vous souhaite
de contribuer à une représentation
plus équitable des sexes chez vous comme
chez nous, par une politique ciblée de
formation et d'information et par des mesures
d'encouragement spécifiques aux femmes.
Nous aurions tout à y gagner !
Soucieuse enfin de bénéficier de l'apport d'instituts de formation indépendants et critiques, je vous souhaite de développer des réflexions originales, loin des courants dominants, à distance de la pensée unique et de l'uniformisation.



