voie de fete
Je suis heureuse de fêter aujourd’hui avec vous les 10 ans de Voie-F et vous remercie de m’associer à cet événement. Car cet anniversaire est un événement, et ce à plus d’un titre.
D’abord, parce qu’il permet de célébrer l’immense travail accompli, sur le terrain, par des associations telles que Voie F. Ainsi, en véritable pionnière, Voie F a ouvert la voie à la formation de base des femmes peu ou pas qualifiées. Dès 1998, elle a aussi défriché le chemin menant à la réinsertion professionnelle de femmes qui, au bénéfice d’une formation, souhaitent reprendre le travail après une pause choisie ou imposée. Ce n’est qu’à la suite de Voie F, en 2001, que le Parlement fédéral a voté une loi destinée à encourager, par le biais de subventions, la formation de ces femmes aux fameuses TIC, autrement dit «technologies de l’information et de la communication».
Ouvreuse de voie, Voie F est aussi là pour faire entendre la voix de celles qui, trop souvent, sont vouées au silence. Les femmes avec peu ou pas de qualifications professionnelles, parmi lesquelles beaucoup de femmes migrantes, trouvent à Voie F plus qu’une écoute: un espace où formuler leurs compétences, où dialoguer avec les autres, où dire leur projet de vie. L’insertion ou la réinsertion de ces femmes dans notre société, c’est aussi cela que nous célébrons aujourd’hui!
En œuvrant à remettre en mouvement ces femmes qui autrement seraient sur une voie de garage, Voie F mêle aussi sa voix au concert de toutes celles et tous ceux qui s’engagent pour l’intégration des minorités, quelles qu’elles soient. De toutes celles et tous ceux qui adoptent une logique de cohésion plutôt que d’exclusion. Nouvellement ancré dans la Loi fédérale sur les étrangers, le concept d’«intégration» est un peu le «mot à la mode», ce qui peut devenir dangereux. Ce terme ne doit surtout pas servir d’alibi, ni rester une coquille vide, ni, encore pire, devenir synonyme d’assimilation totale, méritoire et forcée! Processus dynamique, «page en train de s’écrire» selon Amin Maalouf, processus réciproque aussi, et réciproquement enrichissant, l’intégration est aujourd’hui prise en charge de façon très concrète par les associations.
Un travail d’autant plus précieux que la sacrosainte concurrence et la méfiance des extrémistes minent – ou tentent de miner – ce qu’il nous reste de solidarité. Créer des groupes sociaux de plus en plus imperméables les uns aux autres, isoler les individus, dissoudre ce qui les relie : en appliquant ces recettes, vous obtiendrez une société où la peur domine et dans laquelle personne ne se reconnaît plus. Voie F travaille à l’inverse de ce courant destructeur, elle ouvre un espace d’échange dans ce contexte de repli sur soi, et c’est une raison de plus de la fêter!
J’y vois enfin un motif supplémentaire: en s’engageant pour la formation des femmes, Voie F permet à celles-ci de trouver leur voie professionnelle, mais aussi de tracer leur voie tout court, de s’insérer durablement dans la société aux niveaux tant culturel qu’économique, politique que social. Dans une civilisation qui, plus que jamais, repose sur la culture, la connaissance et le savoir, la formation est la clé: l’acquisition et le développement de savoirs et de compétences tout au long de la vie deviennent indispensables. Aujourd’hui, pour reprendre les mots de l’écrivain et peintre français d’origine russe Wladimir Wolf Gozin, «cesser d’apprendre, c’est cesser de vivre.» Dans ce contexte, la reconnaissance de l’expérience acquise hors cursus officiel joue un rôle essentiel. Voie F, c’est aussi cette passerelle entre le savoir ignoré et le savoir reconnu, c’est, au-delà d’un espace de formation, un lieu où l’on reprend confiance en ses capacités, un lieu où l’on apprend à savoir que l’on sait!
Pour les 10 années à venir, la voie s’annonce, comme toujours, semée d’embûches. Mais gageons que Voie F saura les surmonter! C’est en tout cas ce que je lui souhaite de vive voix, en ce grand jour anniversaire. Aujourd’hui, plus que jamais, montrons-nous optimistes et faisons entendre nos voix en fête!



