Préparer un avenir vivable : deux fois oui aux initiatives antinucléaires le 18 mai !
Le 18 mai prochain va nous donner une nouvelle occasion de nous
prononcer sur un sujet finalement relativement connu
de la population suisse : l’énergie nucléaire et l’usage
que notre pays souhaite en faire dans un avenir plus ou moins proche.
Comme nous avons déjà mené un débat
de ce type il y a une dizaine d’années, beaucoup de
choses ont déjà été dites à ce
sujet et nombre de personnes ont certainement leur opinion quasiment
arrêtée sur la réponse qu’elles donneront
aux deux initiatives.
Pour une partie de la population, ce sont les côtés
négatifs du nucléaire qui l’emportent et ils
sont nombreux : risque d’accident grave et son cortège
de conséquences à très long terme, contamination
radioactive due à l’activité au quotidien,
problèmes de transport et de stockage des déchets,
retraitement des déchets pour en tirer du plutonium encore
plus dangereux, utilisable notamment à des fins militaires,
vieillissement des centrales actuelles, …
Pour les autres, c’est renoncer à l’énergie
nucléaire qui entraînerait des difficultés
insurmontables mais leurs arguments sont d’un tout autre
ordre : mise en cause de notre bien-être – qui, soit
dit en passant, n’est certainement pas proportionnel à la
quantité d’énergie que nous consommons – dépendance énergétique,
coûts, affaiblissement économique.
D’un passé dépassé…
Disons-le tout net, je suis de longue date et irrémédiablement
convaincue que l’énergie nucléaire est une énergie
du passé, non seulement parce qu’elle est basée – comme
d’autres il est vrai – sur un combustible dont les
réserves sont limitées mais surtout parce qu’elle
a été mise au point dans une vision prométhéenne
du développement, sans comptes à rendre ni à l’environnement
ni à l’être humain, dans un temps d’avant
le déluge.
Depuis, sachant que l’erreur est humaine, nous avons appris,
du moins en théorie, que la terre est notre capital et que,
si nous voulons pouvoir en profiter, nous devons faire fructifier
ce capital et non le dilapider, nous avons globalement défini
les principes du développement durable qui est, par définition,
incompatible avec l’énergie nucléaire.
Il n’est pas de campagne électorale ces derniers temps
au cours de laquelle on n’a pas abordé le thème
de l’insécurité et notre société est,
peut-être pas si paradoxalement qu’il n’y paraît,
effectivement très soucieuse des risques individuels ou
collectifs, alimentaires ou géographiques, supposés
ou réels. Or, si vivre est un risque – et je suis
bien placée comme sage-femme pour savoir qu’avant
même de naître on court le risque de mourir – tout
est question d’échelle et de maîtrise. Sans
du tout mettre en cause l’engagement des personnes qui travaillent
dans les centrales nucléaires à réduire au
maximum les risques d’accidents, je pense quant à moi
qu’aucun risque n’est comparable à celui que
représente l’utilisation de l’énergie
atomique non seulement à cause du nombre de victimes potentielles
mais aussi en raison de la durée de ses effets sur la vie.
Une chose est de mettre en danger la sécurité d’un
grand nombre de personnes – comme le ferait la rupture d’un
grand barrage évoquée par les opposant-e-s aux initiatives
pour minimiser les risques des centrales nucléaires – une
autre est l’atteinte pour de nombreuses décennies à un
environnement soudain devenu plus qu’hostile, invivable.
Je ne suis personnellement pas prête à prendre un
tel risque.
…à un avenir possible !
Sachant que les intérêts économiques, même
d’un petit nombre, ont plus de poids que la réflexion
responsable et le souci du plus grand nombre de maîtriser
tout à la fois leur environnement et leur avenir, il faudra
donc bien dire oui le 18 mai à l’initiative « Sortir
du nucléaire » parce que sans contraintes – et
je le regrette – nous n’assisterons pas à une
reconversion en douceur de notre approvisionnement énergétique
et qu’une contrainte légale et raisonnée est
de beaucoup préférable à une obligation accidentelle,
soudaine et lourde de conséquences.
Nous avons la chance de vivre dans un pays dans
lequel 60% des besoins en électricité sont couverts par
l’énergie hydraulique, nous avons la chance d’avoir
vu se développer nombre d’autres sources d’énergie
alternative. Profitons-en ! Engageons-nous dans les énergies
de l’avenir, investissons dans un futur porteur d’espérance,
créateur d’emplois décentralisés, un
futur dont nous gardons la maîtrise, première garantie
de cette sécurité à laquelle nous aspirons.
La 2e initiative « Moratoire plus » doit permettre
aux personnes effrayées par une décision qu’elles
peuvent juger trop brutale ou trop lourde de conséquences – et
les grands moyens engagés dans la campagne des opposant-e-s
aux initiatives ont de quoi nourrir ces craintes – de garder
la maîtrise de l’utilisation et du recours à l’énergie
nucléaire ces 10 prochaines années et nous donne
donc un délai supplémentaire pour entamer un vrai
tournant dans notre politique énergétique. A mi-chemin
entre un blanc-seing pour continuer sur cette voie dangereuse du
recours à l’atome et un renoncement décisif,
cette initiative doit aussi être soutenue par l’électorat
car elle permet, finalement, au peuple d’avoir le dernier
mot quant à l’utilisation des centrales actuelles,
en toute connaissance de cause.



