12ème Prix solaire
J’ai le plaisir d’apporter aujourd’hui le salut
et les félicitations du Parlement fédéral, à l’occasion
de la remise du 12e prix solaire, à toutes celles et tous
ceux qui oeuvrent pour les énergies renouvelables à Genève
et en Suisse.
Comme vous le savez sans doute, notre pays peut s’enorgueillir
d’avoir inscrit en tête de sa constitution, à son
article 2, aussi bien le développement durable que la conservation
durable des ressources naturelles comme buts de la Confédération.
L’article 89 de cette même Constitution, en vigueur
depuis 1990, dispose que la Confédération « fixe
les principes applicables à l’utilisation des énergies
indigènes et des énergies renouvelables et à la
consommation économe et rationnelle de l’énergie » et
qu’ elle « favorise le développement des techniques énergétiques,
en particulier dans les domaines des économies d’énergie
et des énergies renouvelables ».
En ancrant ces dispositions dans notre loi fondamentale,
nous avons pris en compte la thèse qu’avançait,
il y a 15 ans déjà, la commission présidée
par l’ancienne présidente du gouvernement norvégien,
Mme Brundtland, selon laquelle le développement durable
est une manière de permettre à tous les êtres
humains vivant actuellement sur terre de satisfaire leurs besoins
sans compromettre les possibilités des générations
futures.
Depuis la conférence de Rio, nous avons commencé à apprendre à agir
de manière durable et un nouveau critère de décision
a été introduit dans les principes qui régissent
nos actions quotidiennes, celui du bien-être des générations
futures. C’est une révolution.
La votation fédérale du 24 septembre 2000 aurait été l’occasion
de mettre en pratique ce beau principe. Malheureusement, l’on
sait que ni l’initiative pour le centime solaire ni les articles
constitutionnels « pour l’encouragement des énergies
renouvelables » et « relatif à une redevance
incitative » n’ont passé le cap de ce scrutin.
Ce rejet a fait dire à mon collègue le conseiller
aux Etats Eugen David que si, jusqu’en 1998, nous étions à la
pointe de l’industrie et de la technologie des énergies
renouvelables le non de septembre 2000 avait compromis cette situation
enviable.
Mais ne restons pas sur cette éclipse de soleil ! Car il
y a des combats politiques – et non des moindres – qui
ne sont pas gagnés du premier coup et qui doivent être
remis sur le métier sans relâche. Le 1er vice-président
du Conseil national, Yves Christen, est l’auteur d’une
motion demandant que le montant destiné à promouvoir
les énergies renouvelables soit porté à 100
millions. Notre collègue a eu raison de rappeler que l’énergie
solaire est restée en panne en raison du rejet des taxes énergétiques
mais aussi du froid engendré par la volte-face américaine
face aux engagements de Kyoto au sujet du changement climatique
et de la réduction des émissions de gaz à effet
de serre.
Ces mêmes engagements du Protocole de Kyoto obligent pourtant
la Suisse, comme l’Union européenne, à diminuer
de 8% ses émissions de CO2 jusqu’en 2010. En attendant,
nous consommons encore 85% d’énergie non renouvelable
et nous rejetons plus de 40 millions de tonnes de CO2 par année
dans l’atmosphère. De plus, l’an dernier, la
consommation d’énergie a augmenté de 2%, le
parc automobile s’est une fois encore accru et la consommation
de mazout a grimpé de 5%, en partie en raison d’un
hiver rigoureux. C’est dire combien il est nécessaire
de suivre cet avertissement de M. Robert Priddle, directeur de
l’Agence internationale de l’énergie, qui signalait
récemment qu’il fallait améliorer le rendement
au niveau de l’utilisation de l’énergie, recourir
davantage aux sources d’énergie renouvelable et développer
des systèmes de transport durables.
Les faits sont têtus. On sait que la demande d’énergie
a été multipliée par 14 depuis le début
du siècle alors que la population de la terre n’a été multipliée
que par 5. C’est dire la nécessité impérieuse
d’une diversification des sources d’énergie.
Plus de 80 % de l’énergie utilisée aujourd’hui
dans le monde provient de gisements épuisables, qu’ils
s’agisse de charbon, de pétrole ou de gaz ainsi que
d’uranium. Par opposition, les énergies fournies par
le soleil, le vent, les chutes d’eau, la croissance des végétaux,
les marées ou la chaleur de la terre sont renouvelables.
L’énergie hydraulique, l’énergie solaire,
l’énergie de la biomasse, l’énergie géothermique,
l’énergie éolienne ont donc toutes leur place
dans notre avenir énergétique.
Aujourd’hui, c’est le solaire qui retient notre attention
: le soleil qui produit 386 milliards de milliards de mégawatts – vous
m’excuserez de n’avoir pas trouvé le temps de
les compter moi-même ! Bien que distant de 150 millions de
kilomètres de notre planète, le soleil est assurément
notre plus grande source d’énergie. La puissance reçue
annuellement à la surface du globe va de 85 à 290
watt par mètre carré. Si cet écart est important,
il n’empêche aucune région du globe de bénéficier
d’énergie solaire.
On peut dès lors se demander s’il existe un droit
au soleil. Dans l’Etat américain du Nouveau-Mexique,
il existe un Solar Right Act qui assimile le droit au soleil au
droit de propriété. La récupération
de l’énergie solaire ne va pas de soi en milieu urbain.
Il est nécessaire de susciter des volumétries nouvelles,
des agencements et des types d’occupation des locaux nouveaux,
des modes de relations originaux entre le bâti et l’environnement,
en somme une nouvelle architecture, comme cela se fait dans les
bâtiments solaires Minergie.
La remise du Prix solaire constitue une occasion bienvenue
de mettre en valeur les bâtiments et constructions des pionniers
en matière d’utilisation rationnelle de l’énergie
et du recours à l’énergie solaire. Il permet
de montrer qu’il est possible de construire des bâtiments
et des logements dans lesquels il ne sera quasiment pas nécessaire
de recourir à des énergies non renouvelables. Ce
prix offre ainsi la possibilité d’encourager les entreprises
de construction à prendre en considération les principes
du développement durable dans tous leurs projets. Il donne
enfin une visibilité à l’engagement de quelques
uns, entreprises ou personnes particulières, qui devrait
encourager l’ensemble de la population et de l’économie
suisses à prendre en considération leurs propres
responsabilités en matière de développement
durable. Seule l’attitude responsable de chaque personne
permettra en effet d’atteindre les objectifs que nous nous
sommes fixés et que le récent sommet mondial sur
le développement durable de Johannesburg nous a judicieusement
rappelés, à savoir le recul de la pauvreté et
la lutte contre la dégradation de l’environnement.
«
La vérité est comme le soleil. Elle fait tout voir
et ne se laisse pas regarder » disait
Victor Hugo. Regardons donc, plutôt que le soleil, le travail qui nous
attend pour laisser aux locataires de la terre qui viendront après nous
un lieu de vie de qualité en aussi bon état que nous l’avons
nous-mêmes reçus. Et bravo aux personnes et entreprises primées
aujourd’hui qui ont compris qu’elles avaient un rôle à jouer
et qui ont accepté de prendre leurs responsabilités.



