La Pentecôte
Mesdames et Messieurs,
Chères sœurs et frères en Jésus-Christ,
« Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix,
mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il
va ». Ces paroles que Jésus adresse à Nicodème
sont les premières annonciatrices du mystère de l’Esprit,
Esprit de vie, souffle de Dieu, Esprit de Dieu, Souffle de vie.
Du souffle, il en a fallu aux apôtres et aux disciples de
Jésus, il y a près de 2'000 ans, 50 jours après
la Pâque, à Jérusalem. C’est là qu’ils
s’étaient rassemblés, ayant perdu Celui qui était
leur maître, Celui pour lequel ils avaient tout quitté,
devenus orphelins de leur guide, certainement dépassés
par les événements, habités par la crainte
d’un environnement hostile et d’un avenir plus qu’incertain.
Oui, ce jour-là et tous autres jours de leur vie, il leur
en a fallu du souffle pour oser affirmer leur foi et partir annoncer
cette Bonne Nouvelle suffisamment dérangeante, révolutionnaire
même, pour que certaines et certains de ces premiers chrétiens
le payent de leur vie.
Du souffle, même si c’est à un autre niveau,
il vous en a fallu à vous, églises chrétiennes
de Suisse, pour organiser ensemble cette fête de la Pentecôte
ainsi que le projet « Un ange passe » à Morat
et pour annoncer cette Bonne Nouvelle que vous avez reçue
en partage. Du souffle, il vous en faudra encore pour cesser vos
querelles de chapelles, pour avancer sur le chemin de l’œcuménisme,
toutes et tous convaincus que « l’union fait la force » et
que notre monde a besoin d’un vrai message de fraternité.
Du souffle, il vous en a fallu à vous, chanteuses et chanteurs
de toutes ces chorales qui résonnent autant à nos
oreilles qu’à nos âmes, dans tous les styles,
dans toutes les langues de la Pentecôte et du monde, porteuses
du rythme de la vie, riches des rimes et des harmonies. Du souffle,
il vous en faudra encore pour continuer à chanter, sur tous
les tons et à tous les octaves, cette musique de paix et
de vie.
Du souffle, il en a fallu aux créatrices et aux créateurs
de cette expo.02 pour permettre qu’elle voie le jour et affronter
les vents contraires, les problèmes de financement et les
visions contradictoires : foire ou fête ? marché ou
rencontre ? consommation ou réflexion ? c’est finalement
maintenant à nous d’écrire sur cette page presque
blanche la réponse à ces questions, c’est à nous
qu’il faudra du souffle pour que cette réponse soit
forte et audacieuse.
Oui, du souffle, il nous en faudra à nous toutes et tous
qui habitons en Suisse ! Du souffle pour prendre le temps de nous
connaître, de savoir qui nous sommes et d’où nous
venons, pour reconnaître nos forces et nos faiblesses et
admettre que nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les autres,
humains comme eux, « frères humains » comme
le disait François Villon – auquel on pardonnera d’avoir, à cette époque,
oublié les sœurs – donc membres d’une même
famille, avec les devoirs de solidarité et de responsabilité que
cela implique. Du souffle pour tenir nos promesses et partager
nos richesses avec les générations présentes
et futures, d’ici et d’ailleurs, en acceptant, lors
des votations de septembre prochain, la Fondation Suisse solidaire.
Du souffle pour « donner à manger et à boire » à celles
et ceux qui en ont besoin, c’est-à-dire partager les
richesses de la terre avec l’ensemble de ses colocataires,
du souffle pour « accueillir les étrangers »,
c’est-à-dire ne pas se barricader dans une forteresse
occidentale égoïste, du souffle pour « prendre
soin des malades », c’est-à-dire ne pas perpétuer
le mythe de l’éternelle jeunesse et le culte du corps
sans âme, et enfin du souffle pour « visiter les prisonniers »,
c’est-à-dire ne pas tolérer l’exclusion.
Si l’on peut accepter de chercher son souffle – car
la recherche est un chemin toujours synonyme de mouvement, même
si l’on fait parfois des pas en arrière – on
a besoin de souffle pour vivre. A vous toutes et tous ici rassemblés,
je vous souhaite donc de faire le plein de ce souffle de vie.



