plutot que le merite,
la reconnaissance partagee

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les représentant-e-s des autorités politiques communales, cantonales et fédérales et judiciaires,

Mesdames et Messieurs,

Chères amies et chers amis de Veyrier et d’ailleurs,

De tout cœur, je vous remercie de l’honneur que vous me faites aujourd’hui en me décernant le Mérite. Cette distinction me touche beaucoup mais, n’en prenez surtout pas ombrage, je préfère au terme de mérite, bien qu’il soit sacré, celui de reconnaissance, une reconnaissance partagée.

Cette reconnaissance, c’est d’abord celle que vous me témoignez ce soir pour le travail politique que j’accomplis depuis mes débuts, ici, à Veyrier, où j’ai fait mes premiers pas en politique et où j’ai été élue conseillère municipale en 1983. Reconnaître la valeur d’un engagement quel qu’il soit, politique, associatif ou communautaire, cela se fait à l’aune de critères objectifs, sur la base des résultats obtenus et du chemin parcouru, tandis que la notion de mérite a quelque chose de plus centré sur la personne – or, le succès est toujours le fruit d’un travail collectif. Mais surtout, le mérite a une dimension arbitraire qui, en politique, est porteuse de dérives.

En ce début d’année qui voit entrer en vigueur la nouvelle Loi sur les étrangers, je pense par exemple à l’intégration au mérite. Le tri entre «bons» et «mauvais» migrants est désormais largement laissé à l’appréciation de la police des étrangers, chargée d’évaluer, sur des bases pour le moins floues, la volonté d’intégration des personnes migrantes. Si celle-ci est importante, n’oublions pas que l’intégration est à double sens: elle est aussi une mission essentielle de la société et de l’Etat, car comment s’intégrer dans un pays qui vous repousse? Cette question fait l’objet de travaux parlementaires à Berne, tandis que l’Observatoire genevois du droit d'asile et des étrangers vient de s’élargir à l’ensemble de la Suisse pour prévenir les dérapages et faire rempart contre l’arbitraire.

En plus d’ouvrir la porte à l’arbitraire, la notion de mérite sert parfois de justification aux inégalités sociales. Les privilégié-e-s ne devraient leur situation qu’à leur talent ou leur travail, bien fait pour celles et ceux qui n’en ont pas! C’est oublier que les êtres humains sont aussi déterminés par les circonstances de leur naissance et les conditions de leur jeunesse.  Pour cultiver ses dons et exprimer ses talents, chacun, chacune doit pouvoir trouver sa place au sein de la société. L'Etat doit se porter garant de cette place, pour les personnes migrantes, mais aussi pour les autres catégories de la population qui sont menacées d’exclusion: les personnes atteintes dans leur santé, celles qui sont au chômage, les plus démuni-es, les aîné-e-s ou les jeunes. Au-delà de mes idées politiques, ma conviction profonde est en effet que nous appartenons toutes et tous à une humanité indivisible, dont les membres ne sont pas plus ou moins humains, plus ou moins dignes de protection, plus ou moins titulaires de droits.

Concrètement, en 2008, après les votations du 24 février, le peuple se prononcera sur le contre-projet à une initiative qui, au prétexte fallacieux de baisser les primes, vise le démantèlement de notre système d’assurance maladie, certes imparfait, mais à vocation sociale. En cas de victoire, on ne soignerait plus que les malades qui le méritent, c’est-à-dire, en l’espèce, celles et ceux qui en ont les moyens.

A disserter sur la notion de mérite et ses dangers, je ne voudrais surtout pas oublier  de vous témoigner ma très grande reconnaissance pour celle que vous m’exprimez aujourd’hui en m’accordant le Mérite 2007. Et je vois comme un clin d’œil de la vie de partager ce Mérite avec le club de tennis de table, sachant que le seul club sportif auquel j’aie jamais adhéré est justement un club de tennis de table! Ce Mérite étant veyrite, je suis particulièrement touchée, non seulement parce que, comme je l’ai dit, mon parcours politique prend ses racines ici, mais aussi parce que j’ai vécu ici une bonne partie de ma vie d’adulte, dans ces années si marquantes qui ont vu la naissance et la prime jeunesse de mes enfants, et que j’y ai beaucoup de souvenirs et d’attaches. Tant et si bien d’ailleurs que les circonstances de la vie ont fait de moi une citoyenne de Veyrier et que je fais de mon mieux, depuis lors, pour porter haut les couleurs de notre commune. Comme quoi la reconnaissance et les racines sont importantes pour tout le monde, indépendamment du mérite…

«Le mérite console de tout» dit Montesquieu, l’un de mes auteurs préférés. Je serai quant à moi véritablement consolée le jour où nous parviendrons, dans le respect de notre Constitution, «à vivre ensemble (nos) diversités dans le respect de l’autre et l’équité, (…) sachant que seul est libre celui qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres». C’est dans le même sens que va Montesquieu – encore lui! – en affirmant, ce que je crois très fort, qu’«une injustice faite à un seul est une menace faite à tous».

En ce début d’année, prenons donc la résolution de nous engager ensemble pour une communauté et un pays où il fasse bon vivre et où chacune et chacun trouve sa place!

Vive Veyrier, vive Genève, vive la Suisse!

 

 

10 janvier 2008 - Discours prononce a l'occasion de la remise du merite 2007 de la commune de veyrier

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