Arretons l'escalade de christoph blocher!
Le 12 décembre, à Genève, c’est l’Escalade et ses déguisements. Cette année, à Berne, c’est aussi le jour de l’élection du Conseil fédéral. Et, Escalade ou pas, nous autres parlementaires avons le devoir de refuser la mascarade. Je veux parler de celle qui consisterait à réélire Christoph Blocher au gouvernement. Un acte dangereux, qui reviendrait à enfermer le Savoyard à l’intérieur des remparts.
L’attitude du personnage est simplement incompatible avec la fonction de Conseiller fédéral, qui plus est celle de Président de la Confédération. D’abord parce que M. Blocher, populiste guerrier, joue et rejoue la population contre la «classe politique». Selon lui, le peuple devrait pouvoir décider de tout, ce sans intermédiaire institutionnel. Le vrai peuple s’entend, donc pas les étrangers, dont le sort doit pouvoir se gérer directement par voie d’initiative et par le biais des boîtes aux lettres. La force d’une démocratie directe ne se fonde-t-elle pas plutôt sur la participation critique, mais respectueuse pour être constructive, de toutes et de tous à la vie politique?
Mais le personnage est anti-démocratique: il fait peu de cas des deux principes fondateurs de toute démocratie moderne, les droits humains et la séparation des pouvoirs. Ainsi, «la Convention des droits de l’homme, importante source du droit, est à ses yeux un texte secondaire.»1 Et, tout récemment, en convainquant ses collègues de ne pas suivre l’avis de droit du jurisconsulte concluant qu’il ne respecte pas la séparation des pouvoirs, Christoph Blocher la viole une fois de plus. «Il manipule ainsi l’exécutif (deuxième pouvoir) et attaque directement le travail parlementaire (premier pouvoir) pour gommer ses ingérences dans le domaine judiciaire (troisième pouvoir).2 Quel avenir pour la démocratie suisse, si ses bases mêmes s’effondrent?
Troisième problème avec Christoph Blocher: celui-ci n’aime pas la Suisse. Non content de menacer nos institutions, il s’attaque au ciment de notre pays, au principe de solidarité qui a permis à des groupes de cultures diverses de s’allier pour construire une histoire commune. M. Blocher est non seulement le chantre d’un parti qui met à mal le lien social, en dirigeant la peur des uns contre les autres. Il s’oppose aussi aux formes politiques du principe de solidarité: la concordance et la collégialité. Et pour cause, il se place au-dessus, en héros déclarant « Il n’importe pas de savoir si je crois ou non en Dieu. Il importe seulement que Dieu croie en moi.»3 Mais en héros incompris, menacé par ses ennemis étrangers et socialistes et qui menace à son tour «Si je ne suis pas réélu, je me vengerai!.»
Pourtant, pour toutes ces raisons, je ne le réélirai pas le 12 décembre, pas plus que je ne l’ai élu il y a quatre ans. Rien à voir avec ses idées politiques, que je ne partage pas. Loin de moi aussi l’idée de dénigrer l’électorat UDC, dont j’entends les craintes et les difficultés dans une société devenue dure à vivre et à comprendre. Non, mon seul but est de défendre la Suisse, telle que je la connais et l’aime, tout particulièrement en tant que Genevoise, dans sa diversité. Le poids des suffrages ne suffit pas à élire à une fonction suprême de notre pays quelqu’un qui le menace sérieusement. Le 12 décembre, gare, gare! Notre ennemi n’est pas savoyard. Il s’appelle Christoph Blocher et il nous faut stopper son escalade vers le pouvoir absolu qu’il recherche.
1 Extrait d’un article d’Andreas Gross paru dans Domaine public le 6 novembre 2007.
2 Extrait d’un article de François Nussbaum, paru dans Le Courrier du 4 décembre 2007.
3 Citation extraite d’un entretien accordé par Christoph Blocher à Helmut Hubacher en 1983, rapportée par André Gavillet dans Domaine public le 23 septembre 2007.



