Une assurance invalidité adaptée à l'évolution de notre société
Ayant la chance d' être en général en bonne santé , je n'ai fait l'expérience d'un séjour en milieu hospitalier que lors de la naissance de mes enfants et c'est à ces occasions que je me suis trouvée confrontée à une restriction de mon autonomie, ne serait-ce que par rapport aux horaires (du réveil, des repas, des visites). C'est certainement par ce type d'expériences personnelles que l'on peut le mieux approcher du vécu des personnes handicapées, vivant en institution et subissant, de ce fait, les horaires qui leur sont imposés.
Pour des personnes qui, en dehors de leur handicap, sont en bonne santé , il peut être très difficile de d épendre ainsi de décisions qui ne sont pas les leurs. Soucieux de mieux prendre en compte les capacités des personnes concernées, le Parlement a décidé , lors de la 4ème révision de la Loi sur l'assurance invalidité (dispositions transitoires, lettre b), de développer des projets pilotes permettant de tester d'autres modèles d'utilisation de la rente pour impotents, pour d é velopper l'autonomie et la responsabilité des personnes handicapées. C'est dans ce cadre-là que s'inscrit le « projet pilote budget d ' assistance » qui vous a été pré senté dans le numéro précédent et que je soutiens activement car cette réorientation est, à mes yeux, emblématique du sens dans lequel l ' AI doit évoluer, vers une meilleure prise en compte de personnes qui ne sont pas des numéros, pas que des handicapés, mais qui sont toutes autant de personnalités singulières avec leur caractère, leurs compétences et leurs aspirations.
Il est également un autre domaine de l'assurance invalidité qui devrait mieux tenir compte des « ressources humaines » , c'est celui de l'intégration. A l'heure actuelle en effet, on voit trop souvent des personnes mises au bénéfice d'une rente AI parce qu'on n'a rien fait pour empê cher la survenance de l'invalidité , ou sorties du monde du travail parce que trop lentes, trop âgées ou trop fragiles.
Il existe pourtant un certain hombre de mesures qui pourraient déjà être prises - la 4ème révision de l'AI a introduit la possibilité de développer des « projets pilotes pour l'engagement d'assurés invalides » - ou à prendre, dans le cadre de la 5ème révision annoncée. telles que des incitations pour les employeurs, à engager des personnes handicapées, des mesures de réadaptation beaucoup plus offensives et précoces, etc.
Last but not least, puisque l'argent est le nerf de la guerre, un mot encore concernant la situation financière de l'AI.
En effet, si l'on ne veut pas que le déficit actuel de cette assurance entraîne une pression grandissante sur les prestations fournies et empêche une évolution nécessaire vers une meilleure prise en compte des besoins et des ressources des personnes handicapées, il faut absolument améliorer la situation financière aussi bien de l'AI que de la Confédération.
Pour cela, le peuple a d éjà eu la sagesse de refuser le paquet fiscal soumis à votation le 16 mai dernier et qui aurait considérablement puisé dans les caisses publiques. Malheureusement, à la même date, l ' augmentation de la TVA en faveur de l ' AVS et de l ' AI a é galement été refusée. Il faudra donc rapidement revenir avec une solution acceptable pour soutenir l ' AI :TVA uniquement pour l ' AI ? solution mixte TVA-cotisation salariale ? peu importe mais il faut des moyens supplémentaires que nous ne pourrons trouver que si celles et ceux qui connaissent bien le domaine de l ' invalidité font mieux connaître à la fois la réalité des personnes handicapées et le travail qu ' elles accomplissent.



