la retraite flexible: une promesse a tenir
L’initiative «pour un âge de l’AVS flexible» permet de concrétiser, enfin, la retraite à la carte. Une promesse faite au peuple depuis plus de 10 ans! Il en va du respect de notre démocratie qui, selon Abraham Lincoln, consiste en «le gouvernement du peuple PAR le peuple» lui-même.
Or, en mai 2004, 2/3 des citoyennes et citoyens ont rejeté la 11ème révision de l’AVS qui prévoyait de relever l’âge de la retraite sans flexibilisation aucune. Et, entre 1998 et 2001, le peuple a montré son enthousiasme pour une retraite flexible et sociale à l’occasion de quatre scrutins sur des initiatives populaires concernant l’AVS: à titre d’exemple, en 2000, l’initiative «pour une retraite à la carte dès 62 ans» a été plébiscitée par 46% des votants. Or, le projet de 11ème révision bis reste sourd à l’appel du peuple: il ajourne la retraite à la carte à la future 12ème révision! Et les résultats calamiteux des récents débats au Conseil national ne nous laissent pas entrevoir un changement de direction.
Réaliste et réalisable
Sur le fond, cette initiative est plus réaliste que le projet du Conseil fédéral, et elle est tout à fait réalisable. Pourquoi plus réaliste? Parce qu’elle tient compte de la complexité des situations. A y regarder de près, l’espérance de vie n’augmente pas pour tout le monde de la même manière. D’abord, parce que nous ne sommes pas à égalité devant la maladie, l’invalidité et la mort. Ensuite, parce que la pénibilité de certains métiers, pas seulement dans le bâtiment, explique les grandes différences d’espérance de vie en bonne santé et d’espérance de vie tout court dans notre pays et ailleurs. Or, les possibilités actuelles de prendre une retraite anticipée ne répondent pas à ces constats: les études montrent que les bénéficiaires d’une telle retraite ne sont ni les personnes épuisées, ni les ouvrières et les ouvriers. Ce sont plutôt des gens qui ont, selon l’économiste Jean-Marc Falter, «des difficultés sur le marché du travail» (du chômage de longue durée aux restructurations menant à la retraite forcée). La deuxième catégorie de retraité-e-s précoces, ce sont les cols blancs en mesure de se l’acheter: 30% occupaient auparavant une fonction de direction ou de chef.
Retraite à la carte
Toujours selon M. Lincoln, la démocratie, c’est aussi le gouvernement POUR le peuple: celles et ceux qui n’ont pas le choix doivent donc pouvoir se retirer dans la dignité, sans avoir à subir une perte de rente. Et celles et ceux qui ont le choix doivent pouvoir continuer à prendre leur retraite selon leur désir, dès 62 ans, à 65 ans ou après. Dans ce but, l’initiative pour une retraite flexible propose des solutions adaptées à la diversité des cas. A l’opposé du relèvement inflexible proposé par la 11ème révision bis, elle prévoit des rentes complètes dès 62 ans pour toutes celles et tous ceux qui en ont besoin, soit aussi les personnes gagnant un salaire moyen qui ne leur donne pas droit, parfois à quelques francs près, aux prestations complémentaires. Et si l’initiative fixe un âge de référence à 65 ans (et que donc, elle n’abaisse pas l’âge de la retraite), elle promeut également des solutions adaptées à l’emploi des seniors et pourquoi pas à leur maintien, déjà encouragé aujourd’hui, sur le marché du travail au-delà de 65 ans, puisqu’elle demande l’octroi d’une rente partielle en cas de retraite partielle.
Une ruée vers l’or?
Ce projet est donc authentiquement libéral: il offre à chacun-e une vraie liberté de choix. Mais, contrairement au diable que d’aucuns peignent sur la muraille, cette liberté ne risque pas de déboucher sur la ruée vers l’or de l’AVS. Car, en fait d’or, le montant des rentes en Suisse reste modeste: il ne suffit pas, tout seul, à couvrir les besoins courants. Les travailleurs et travailleuses de 62 ans ne seront ni obligé-e-s, ni incité-e-s à prendre leur retraite sur le champ, d’autant moins si leur travail les satisfait. Il s’agit simplement d’offrir une porte de sortie minimale à celles et ceux qui sont au bout du rouleau, parmi lesquel-le-s, soit dit en passant, on trouve beaucoup de femmes, fatiguées des 15’330 doubles journées accomplies depuis leurs 20 ans!
Foin des épouvantails!
Les épouvantails doivent être remis en place, car ce projet est réaliste, et financièrement solide. La possibilité, pour toutes les personnes à petit et moyen revenu, de prendre une retraite anticipée sans réduction de rente est administrativement plus simple et donc moins coûteuse que toutes les solutions sociales individualisées ou les solutions de branche. En outre, l’AVS est en bonne santé financière. Quand le Conseil fédéral nous prédit le pire, gardons-nous donc de le croire: si l’on se base sur le message relatif à la 11ème révision, le gouvernement s’est trompé, dans ses prévisions catastrophistes, de 18,3 milliards de francsentre 2000 et 2007! Et, quoi qu’il en soit, le coût de ce projet est au besoin finançable par une modeste augmentation des cotisations salariales en faveur de l’AVS, de l’ordre de 0,3%, soit quelque 8 francs par mois. Un coût qui apparaît plus léger encore si l’on pense que cette initiative permettra de réaliser des économies dans d’autres branches des assurances sociales (AI, assurance chômage, aide sociale). Il est en tout cas loin de représenter une «charge financière insupportable» pour une AVS prête à faire, sans broncher, les frais de la réforme de l’imposition des entreprises…
Pour toutes ces raisons - et contrairement au Conseil des Etats qui a décidé ce matin de se boucher les oreilles – il faut soutenir l’initiative «pour un âge de l’AVS flexible». La population a tout à gagner de pouvoir prendre sa retraite quand elle en a besoin, quand elle le souhaite et quand elle peut encore en profiter. Car comme le disait Gandhi, «il faut apprendre à rester serein au milieu de l’activité et à être vibrant de vie au repos.»



