un remede urgent pour remettre l'ai sur pied

L’Assurance invalidité: une grande malade sous perfusion de l’AVS. Sa dette de 13 milliards de francs augmente d’1,4 milliard supplémentaire chaque année, un montant assumé par l’assurance vieillesse. Avec l’AI, c’est un pilier de notre sécurité sociale qui chancèle: 99% de la population la considère comme une institution essentielle. Le remède urgent pour la remettre sur pied : un financement additionnel par le biais d’un relèvement temporaire des taux de la TVA, soumis au vote le 27 septembre prochain.

Brutalement. C’est ainsi que handicap ou maladie chronique peuvent s’inviter dans l’existence de tout un chacun. A la naissance, à la suite d’un accident ou de l’irruption d’une maladie, ces risques majeurs de la vie nous concernent toutes et tous. L’AI, c’est une réponse sociale et solidaire à ces risques, une réponse organisée selon le principe d’assurance: tout le monde cotise, tout le monde peut en bénéficier. Si le projet soumis au vote prévoit une hausse – minime – d’impôts, il semble donc équitable de mobiliser l’ensemble de la population dans l’intérêt de chacune et chacun.

Car, en effet, qu’est-ce que l’AI, sinon une œuvre sociale qui transforme le souci égoïste – et bien légitime – de se protéger soi-même des conséquences d’une atteinte majeure à la santé en élan collectif de solidarité? C’est ainsi que les prestations versées à celles et ceux qui en ont besoin sont financées grâce aux contributions de celles et ceux qui pourraient en avoir besoin un jour. La devise historique de la Suisse, «un pour tous, tous pour un» prend ici un sens très concret.

En vertu de ce principe d’assurance, la hausse de la TVA sur laquelle nous voterons le mois prochain se justifie pleinement. En outre, comparés à une hausse bienvenue des recettes de 1,1 milliard, les effets secondaires de ce projet sont limités. Le relèvement prévu de la TVA est modeste, temporaire (restreint à sept ans) et, surtout, proportionnel: seulement +0,1% pour le taux réduit qui s’applique aux biens de consommation. Une hausse qui ne suffit d’ailleurs malheureusement pas à assainir totalement l’AI.

Ce projet est d’ailleurs soutenu par tous les partis – à l’exception de l’UDC, et encore, un certain nombre des parlementaires fédéraux de ce parti, conscients de son importance pour l’ensemble de la société, le soutiennent ! – et porté par tous les milieux – tant syndicaux qu’économiques. Il permettra de stopper l’endettement de l’AI, afin que celle-ci puisse poursuivre sa mission essentielle: garantir un minimum vital et assurer l’intégration des personnes en situation de handicap ou malades chroniques. En outre, ce projet fait d’une pierre deux coups: il prévoit la création d’un fonds AI séparé de l’AVS, qui doit actuellement assumer la dette de l’AI. Une séparation qui garantira la pérennité du versement des rentes AVS.

Bien sûr, la situation économique actuelle n’est pas favorable à ce projet. Crise oblige, et afin de soutenir au maximum le pouvoir d’achat jusqu’à fin 2010, le Parlement a donc décidé de reporter d’une année l’entrée en vigueur de ce projet: en cas d’acceptation, la TVA sera relevée de 2011 à 2017. Cela dit, c’est précisément en période de basse conjoncture que nous devons pouvoir compter sur des assurances sociales en pleine forme: les personnes handicapées sont les premières victimes d’un marché du travail hostile et il est plus que jamais crucial de soutenir le pouvoir d’achat de toutes et tous pour relancer l’économie. Sans oublier que, si nous avons pu trouver des milliards pour venir en aide à une banque en détresse, la décence voudrait que nous fassions de même pour soutenir non seulement nos concitoyen-ne-s les plus fragiles mais aussi la cohésion nationale qui fait notre force.

Dans un contexte où les assurances sociales sont toutes sous pression dans la Berne fédérale, il s’agit de ne pas frapper les personnes les plus démunies d’une double peine. La chasse aux quelques abus conduit trop souvent à punir l’immense majorité de personnes dont l’existence digne dépend réellement de cette assurance. Comme si le fait de les priver de rentes allait gommer leur handicap…Soit dit en passant, l’assainissement de l’AI par des mesures d’économie uniquement exigerait d’épargner 2,2 milliards de francs, donc de réduire les rentes d’environ 40% et par là-même de renvoyer à l’assistance sociale des dizaines de milliers de personnes et de familles. Une honte pour notre pays!

La vraie maladie qui gangrène notre société, c’est peut-être bien celle-ci: le soupçon généralisé, l’individualisme au stade terminal. Soigner cette maladie risque de prendre du temps… Remettre l’AI sur pied, en revanche, implique simplement, dans un premier temps, de dire OUI le 27 septembre au financement additionnel!

paru dans le temps le 24 août 2009

Créé par netteo