11e révision : non au démantèlement de l'AVS
Seul un non déterminé à la 11 e révision peut empêcher la destruction programmée de cette assurance sociale
Pour la première fois dans un demi-siècle d'histoire de l'AVS, la révision soumise au vote populaire le 16 mai prochain ne contient que des éléments de régression. Contrairement aux promesses du Conseil fédéral, elle n'offrira pas l'accès à la retraite anticipée pour les petits et moyens revenus et péjorera particulièrement la situation des personnes les plus défavorisées.
En effet, la 11 e révision prévoit essentiellement des mesures d'économies qui touchent
l'ensemble des personnes retraitées et au bénéfice d'une rente AI avec l'étalement de la compensation du renchérissement,
toutes les veuves avec enfant(s), puisque leur rente sera réduite de 80 à 60%,
les veuves sans enfant qui perdent tout droit à une rente et, last but not least,
toutes les femmes qui devront travailler une année supplémentaire alors que l'égalité est loin d'être réalisée aussi bien dans le monde du travail que dans la répartition des tâches à l'intérieur du foyer.
Si l'on regarde d'un peu plus près quelles seraient les conséquences de ces diverses modifications, on constate, par exemple, que l'adaptation du rythme des rentes tous les 3 ans au lieu de tous les 2 ans, qui apparaît à première vue comme de peu d'importance, signifie tout de même le report d'une année, pour l'ensemble des personnes retraitées, du versement d'une somme de 300 à 600 francs, selon le montant de la rente (selon les chiffres de la dernière adaptation au renchérissement intervenue en 2003). Or, il se trouve que, sur un montant de 1'055 francs par mois (rente minimale), 25 francs de plus ou de moins ne sont pas négligeables, sans compter que cette adaptation ralentie induirait de telles pertes non seulement une fois mais tout au long de la retraite et qu'ainsi l'AVS s'éloignerait encore plus de son mandat constitutionnel qui consiste à couvrir les besoins vitaux d'une manière appropriée. Avec 1'055 francs par mois, qui peut honnêtement le croire ! Les mêmes réflexions peuvent également être faites à propos des rentières et rentiers AI qui, particulièrement avec une rente minimale, se trouvent déjà actuellement dans une situation très précaire.
La situation des veuves ne serait pas plus rose : malgré l'amélioration du montant des rentes pour orphelin-e-s � dont le versement cesse dès la fin de la formation � il faut constater que les veuves d'un certain âge se retrouveront le plus souvent dans une situation très difficile. Si, dans le meilleur des cas, elles ont eu un ou des enfants, il y a fort à parier qu'elles n'auront le plus souvent pas exercé d'activité professionnelle à plein temps, pour s'occuper de leur famille, qu'elles n'auront pas mené de véritable carrière professionnelle et que le faible montant de la rente de veuve (de 633 à 1'266 francs mensuels) ne leur permettra même pas, par exemple, de continuer à vivre dans leur logement. Quant à celles qui n'ont pas eu d'enfant et qui deviennent veuves pas loin de leur 60 e anniversaire, comme c'est le plus souvent le cas, même si elles ont exercé une activité professionnelle, ce sera là aussi surtout à temps partiel car les moeurs ne reconnaissent pas depuis très longtemps aux femmes mariées le droit à l'exercice d'un métier à plein temps. Et à 59 ou 62 ans, qui va oser prétendre que ces femmes vont pouvoir, sans difficulté, trouver un emploi ou augmenter leur taux d'activité ? Ce serait de la mauvaise foi.
Quant à la possibilité de prendre une retraite anticipée, elle est accordée sans aucune modulation en fonction du revenu. Comment voulez-vous qu'une personne puisse vivre, à 62 ans, d'une retraite mensuelle de 888 francs, la rente minimale étant amputée de 167 francs ! Même une rente moyenne s'avérerait insuffisante avec ses 1'359 francs (perte mensuelle de 278 francs). Ainsi, alors que de récentes études ont pourtant démontré une inégalité flagrante des catégories socio-professionnelles devant l'invalidité et la mort, on veut ainsi continuer de discriminer les personnes les plus défavorisées en les forçant à dépendre de l'assurance-chômage, de l'AI ou de l'aide sociale, quand elles ne sont plus en état de travailler, alors que d'autres, plus chanceuses, pourront s'offrir des parachutes dorés et/ou des ponts d'un 2 e pilier bien doté. Cela n'est tout bonnement pas acceptable.
Pendant ce temps, la majorité du Conseil fédéral et du parlement, brandit la menace démographique, sans tenir compte des leçons rassurantes de l'histoire, et n'attend qu'un oui à la 11 e révision, assorti d'un refus de financement complémentaire par le biais de la TVA, pour continuer son entreprise de démantèlement : augmentation de l'âge de la retraite à 67 ans pour commencer, suppression de l'indice mixte (ce qui diminuerait encore plus le montant des rentes), inscription des prestations complémentaires, payées par les cantons, dans la constitution, histoire de se sentir libre de baisser encore plus les rentes. Le programme est annoncé, à nous d'en empêcher la réalisation, pendant qu'il en est encore temps.
Liliane Maury Pasquier
Conseillère nationale



