VIH/SIDA en Suisse : actualités et particularités
Comparée à d'autres pays industrialisés, la Suisse compte un nombre important de personnes séropositives ou vivant avec le sida. En Suisse, le premier cas de sida fut diagnostiqué en 1981 et, depuis 1985, des services étatiques et des organisations non gouvernementales s'engagent activement pour combattre cette maladie. On pourrait presque parler d'une forme d'union nationale qui a permis de définir un consensus sur les objectifs à atteindre. Ceci est d'autant plus remarquable que la Suisse connaît autant de systèmes de santé qu'elle a de cantons (soit 26) et que ce résultat a pu être atteint grâce à la mobilisation de toute la population qui s'est sentie concernée par cette problématique. On a donc recouru aux prescriptions de la Loi sur les épidémies � qui, elle, est fédérale � et à diverses ordonnances (obligation de déclaration du VIH et du sida, collecte de données sur le virus de l'immunodéficience humaine, tests obligatoires de dépistage du VIH dans le sang, les produits sanguins et les transplants avant toute utilisation pour un receveur potentiel) pour mettre sur pied une campagne nationale qui a porté ses fruits jusqu'au début des années 2000 puisqu'elle a permis de diminuer considérablement aussi bien les cas de sida déclaré que les nouveaux tests VIH positifs. Cette campagne était essentiellement axée sur la prévention et sur la recherche.
Présentation de l'évolution de la situation : voir graphiques
Ainsi, comme vous pouvez le constater, le nombre des nouvelles infections par le VIH diagnostiquées entre 1992 et 2000 était en régression. Depuis 2001, on assiste à un retournement de la tendance. Le nombre de personnes infectées a commencé à augmenter (+7,7%). Cette hausse s'est amplifiée en 2002, avec une augmentation de 25,5% par rapport à l'année précédente. L'augmentation du nombre d'infections est forte tant chez les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) (37%) que chez les hétérosexuels (27%). Les chiffres de l'année 2003 traduisent une stabilisation au niveau de ceux de 2002, mais la situation demeure préoccupante. Les groupes de populations les plus touchées demeurent les HSH, suisses dans leur grande majorité, ainsi que les personnes hétérosexuelles de pays à forte prévalence, notamment issus de la région de l'Afrique subsaharienne.
Face à cette situation épidémiologique préoccupante, l'Office Fédéral de la Santé Publique (OFSP) et le Conseil fédéral considèrent que l'effort de prévention du sida doit être maintenu. Ils entendent répondre à cette recrudescence par le « Programme national VIH et sida 2004-2008 », adopté par le Conseil fédéral le 26 novembre 2003. Le programme comporte les trois champs d'activité principaux « Prévention », « Thérapie et conseil » ainsi que « Solidarité ».
La prévention s'inscrit principalement dans les trois domaines de risques de transmission du virus. Pour la transmission par les rapports sexuels , elle s'insère à la fois dans la prévention des infections sexuellement transmissibles et dans l'éducation sexuelle avec deux messages-clés : safer sex et, par conséquent, utilisation du préservatif.
Ainsi, par exemple, depuis 1987, l'OFSP et l'Aide suisse contre le sida informent régulièrement, par la campagne nationale STOP SIDA , toutes les personnes vivant en Suisse sur le VIH/sida et les possibilités de protection contre une infection au VIH.
La campagne est basée sur la stratégie d'apprentissage. Le but de STOP SIDA consiste à renforcer la perception du risque, vise à l'adaptation des comportements et à l'adoption par personne de mesures adéquates de protection contre une infection au VIH.
La campagne n'a jamais basé sa stratégie sur des scénarii véhiculant des messages de peur, de menace ou d'horreur. Elle a toujours essayé de s'appuyer sur des faits scientifiques pour distinguer les circonstances potentiellement dangereuses pour une infection au VIH des circonstances sans risque.
Partant du principe que la mission de l'Etat ne consiste pas à porter de jugement sur les pratiques sexuelles des individus, la campagne a évité de mélanger les questions de santé publique aux valeurs morales.
Depuis ses débuts, la campagne se focalise sur le préservatif comme unique moyen pratique et fiable pour prévenir des infections au VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles. Si le message de prévention n'a pas changé, les types de campagnes varient à raison d'un par année.
Pour la prévention du risque de transmission par injection de drogues , la Suisse a développé une politique de la drogue dite des 4 piliers dont le chapitre prévention à bas seul d'accès, c'est-à-dire destiné aux personnes les plus fragiles, à savoir celles qui n'étaient pas encore prêtes à entrer dans une démarche d'abstinence, s'est attaché à permettre aux personnes toxico-dépendantes de traverser leur phase d'accoutumance en subissant le moins de dommages possibles sur les plans physique, psychique et social. Et donc de survivre ( safer use ).
Dans ce cadre-là, on a développé partout la possibilité d'acquérir du matériel d'injection dans les pharmacies. Il existe également de nombreux points d'échange de matériel d'injection, une volonté de développer les programmes de substitution de l'héroïne par la méthadone, des lieux où les personnes peuvent venir s'injecter leur produit dans de bonnes conditions d'hygiène et même, dans certaines conditions, des programmes de prescription médicale d'héroïne.
Au chapitre « thérapie et conseil », il s'agit surtout de reconnaître que l'accès à l'une comme à l'autre doit être garanti, les maîtres mots étant ici promotion de la qualité de la vie et toutes les mesures propres à exercer une influence favorable sur la morbidité et la mortalité chez les personnes déjà infectées par le VIH.
Il est important de relever la nécessité d'un conseil en prévention individuel et le fait qu'un test de dépistage devrait toujours être volontaire et associé à un entretien-conseil individuel.
Quant à la solidarité , il s'agit ici aussi bien d'encourager la solidarité avec les personnes malades, de développer l'égalité entre personnes infectées et non infectées, de prévenir la discrimination et la stigmatisation, de supprimer les inégalités au travail et dans les assurances sociales et de promouvoir la solidarité internationale.
Ainsi, en 2001, le monde vivait sa vingtième année à l'ère du sida. Dans les pays en voie de développement, on a alors constaté que l'épidémie s'avérait malheureusement beaucoup plus virulente que ce que l'on avait imaginé. On a alors déjà dû multiplier par trois les estimations du nombre de victimes faites en 1991 pour l'Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, on estime que 10 millions de personnes seront infectées par le VIH en Inde et en Chine, si rien n'est fait pour endiguer la progression de l'épidémie. Ni le monde ni la Suisse ne sont, sans doute, à même de vivre une telle catastrophe sanitaire sans en subir des répercussions.
Une politique efficace contre le sida est une condition du développement, en lien étroit avec la lutte contre la pauvreté. Afin de favoriser une plus grande prise de conscience, la Suisse a choisi d'intégrer la prévention du VIH/sida à ses projets de coopération au développement.
Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria est appelé à jouer un rôle de premier plan dans ce domaine. L'OMS et ONUSIDA sont aussi des acteurs essentiels. Ces trois organisations sont toutes situées à Genève. A la demande du Fonds, le gouvernement suisse a pris, au mois de septembre 2003, une importante décision de principe: le Fonds mondial a reçu le statut d'organisation internationale. La Suisse est heureuse de renforcer ainsi son appui au Fonds. En tant que Genevoise, je suis particulièrement fière que Genève abrite cette organisation, devenant ainsi la capitale mondiale de la lutte contre le sida.
Pour l'essentiel, le « Programme national VIH et sida 2004-2008 » est l'�uvre des actrices et acteurs du domaine VIH/sida qui en ont élaboré les contenus au cours d'ateliers. Selon une habitude bien établie en Suisse, il a ensuite été soumis à une vaste consultation et finalisé en fonction des différentes prises de position écrites et il constitue ainsi une base commune pour la lutte contre le sida en Suisse : en effet, ce travail développe toute son efficacité si et seulement si toutes les personnes actives dans le domaine orientent leurs activités d'après une stratégie développée en commun et basée sur le consensus. Une des grandes réalisations du nouveau programme réside dans le fait que, au-delà de l'effort commun au niveau du contenu, certains rôles et compétences pour la mise en oeuvre des objectifs nationaux ont été négociés dès la phase de développement du programme.
Les objectifs nationaux formulés, contraignants pour l'administration fédérale, constituent des balises pour le travail de tous les acteurs du domaine VIH/sida suisse. En vertu de la loi sur les épidémies de 1970, il incombe à l'OFSP et aux cantons, de veiller à ce que le nombre de nouvelles infections baisse à nouveau.
La mise sur pied de ce programme et de ceux qui l'ont précédé a, bien évidemment, donné lieu à nombre d'interventions parlementaires qui ont porté aussi bien sur la politique de la drogue que sur le contenu des campagnes d'information, sur les tests de dépistage obligatoire ou la protection des données.
Le dernier débat en date porte sur la proposition faite par certains milieux d'effectuer un test de dépistage obligatoire pour toutes les personnes entrant en Suisse dans le cadre de la loi sur l'asile. Il va sans dire qu'une telle proposition n'est pas sans susciter de nombreuses questions notamment politiques et éthiques. Mais le débat ne fait que commencer alors que le combat contre la maladie, lui, ici comme ailleurs, doit absolument continuer.
Liliane MAURY PASQUIER
Coordonnatrice VIH/sida de la section suisse



