le present accouche de l'avenir
Mesdames, Chères collègues,
Soyez toutes les bienvenues à notre assemblée d’aujourd’hui qui, comme son nom l’indique, nous rassemble, nous réunit, nous unit. De cette union, qui fait la force, nous aurons bien besoin pour relever les grands défis qui se posent et qui se poseront demain, pour la prise en charge de la maternité. La Journée internationale des sages-femmes que nous venons de célébrer avait cette année pour slogan: «des sages-femmes, plus que jamais!». Car plus nombreuses, nous nous unirons pour défendre les spécificités, l’autonomie et la qualité de notre profession.
Plus (+) de sages-femmes, notamment dans le secteur ambulatoire, c’est aussi ce qu’il faudra, à l’avenir, pour faire face à la généralisation à tous les hôpitaux suisses des forfaits par cas liés au diagnostic, les fameux DRG. Dans les régions qui connaissent déjà ce régime – certaines d’entre vous l’expérimentez au quotidien – mais aussi dans les autres, les sages-femmes indépendantes qui assurent le suivi du post-partum à domicile sont surchargées. La faute à la réduction de la durée d’hospitalisation des accouchées.
Attention, cette réduction n’est, en soi, pas un problème. Bien au contraire, les spécialistes que nous sommes de la naissance physiologique, d’une naissance au plus près du corps, au plus près du cœur de la vie des gens, ne peuvent que se réjouir d’un retour plus précoce à la maison des mères et des nouveaux-nés en santé. Car quoi de mieux que la maison pour se réunir en famille, faire connaissance et trouver ses marques, dès le départ, dans son environnement quotidien? Sans oublier que le risque d’infection y est moindre et que les coûts générés par une structure hospitalière, superflue dans ces cas-là, s’en trouvent économisés.
Mais ce retour à la maison doit se faire à la condition que les femmes puissent compter sur un suivi post-natal assuré par les sages-femmes. Il n’est pas question de faire des économies sur le dos des mères et des bébés – ni d’ailleurs «sur le ventre» des femmes enceintes – au détriment de leur santé! La demande pour un tel suivi est d’ores et déjà au rendez-vous, puisqu’elle a bondi de 40% au cours des trois dernières années. Nous, sages-femmes, devons être en mesure d’y répondre. Charge aux directions sanitaires cantonales de donner à nos sections locales les moyens d’édifier de nouvelles structures pour la prise en charge ambulatoire! C’est fortes de cette conviction que nous avons soutenu la pétition pour des mesures d’accompagnement à l’introduction des DRG, pétition qui a été déposée au Palais fédéral le 1er décembre dernier, et que nous nous engageons pour que les DRG ne péjorent pas la situation des femmes enceintes et accouchées de notre pays. Parallèlement, il nous faudra aussi, bien sûr, réaménager et développer en conséquence l’activité des sages-femmes dans le domaine stationnaire.
Des sages-femmes, il en faut aussi plus que jamais afin de scruter et de freiner l’augmentation continue du taux de césariennes en Suisse. Loin de nous contenter d’attendre passivement le rapport sur les causes et les conséquences de ce phénomène, que le Conseil fédéral devrait rendre suite à l’approbation de mon postulat par le Conseil des Etats, nous avons insisté auprès de l’OFSP pour apprendre enfin qu’une étude rétrospective sur les indications des césariennes réalisées ces dix dernières années en Suisse va être lancée cet été et qu’une évaluation sera faite de la nécessité d’autres études plus larges. Nous savons aussi, sur la base d’études déjà réalisées par l’Observatoire suisse de la santé et par l’OMS, que la conduite de la prise en charge obstétricale par une sage-femme – en pleine collaboration avec les autres professionnel-le-s, cela va de soi – permet de mieux contrôler l’adéquation d’une césarienne.
Plus (+) de sages-femmes: cela signifie que, pour relever ces défis, il nous faut des effectifs suffisants et, dans ce but, assurer l’attractivité de notre profession. Cet objectif implique, entre autres, d’améliorer les conditions de travail, notamment d’obtenir une rémunération correcte de notre travail et de plaider pour la prise en charge de nouvelles prestations dont nous constatons, sur le terrain, la nécessité, comme l’entretien de conseil pendant la grossesse. Il implique aussi de valoriser la formation. A cet égard, je salue avec enthousiasme le début officiel de la formation généralisée des sages-femmes en HES dans toute la Suisse.
Chères collègues, comme vous le voyez et comme vous le savez, notre travail, en tant que membres du comité central, du secrétariat ou comme déléguées des sections locales, est éminemment politique. Nous qui travaillons dans l’intimité des femmes et des familles avons aussi un rôle totalement public, un rôle d’actrices et de partenaires de la politique de la santé. C’est d’ailleurs dans cet esprit que le groupe politique de santé de la FSSF a été constitué au printemps dernier.
Vous qui faites résonner les revendications des sages-femmes dans l’espace collectif, vous qui contribuez à une politique de santé soucieuse de l’intérêt général, soyez de tout cœur remerciées pour votre engagement essentiel. Chacune, vous mettez de votre énergie à promouvoir notre beau métier, qui, comme vous le savez, est un métier d’avenir! Et cet avenir, c’est aujourd’hui qu’il se prépare. Comme l’a écrit Voltaire, «le présent accouche, dit-on, de l’avenir.» Je nous souhaite donc une assemblée des déléguées qui nous permettra de mieux accoucher de l’avenir: celui de notre profession, celui des familles que nous accompagnons tout au long de l’année et celui de notre monde.



