d'une realite multiple
a une politique coherente
L’avenir de la politique suisse en matière de drogues paraît à première vue bien sombre. La montée de l’UDC et de ses visions simplistes laisse craindre le pire, de même que la recherche de solutions rassurantes aux agressions de la vie moderne qui concourt à renforcer le recours aux méthodes autoritaires. Mais, à y regarder de plus près, les raisons de se montrer optimiste sont bien réelles: le chemin est déjà amorcé vers une politique rationnelle et globale des dépendances et il semble heureusement difficile d’envisager un complet retour en arrière, malgré les nombreux obstacles.
Touchant au plus intime de l’humain, à ses angoisses existentielles et à sa quête d’absolu, la question des drogues a toujours donné lieu à des débats fortement emprunts d’idéologie et de croyances culturelles. Résultat: une politique parfois stupéfiante, basée sur une vision caricaturale et truffée d’incohérences. Ainsi, on a pu voir les Chambres fédérales accepter de dépénaliser l’absinthe et, le même jour, refuser d’entrer en matière sur une révision de la Loi sur les stupéfiants (LStup) qui intégrait la question du cannabis. Entre substances illégales et produits tolérés – voire célébrés, à l’image du «petit vin blanc» qui fait pourtant des ravages – se dessine la même ligne de partage irrationnelle et moralisatrice qui sépare l’abstinence totale de la déchéance absolue. Or, la réalité est infiniment plus complexe et doit être abordée comme telle. Une complexité qui n’exclut en rien et qui au contraire exige une approche cohérente. Dans la pratique, cette gestion pragmatique des problèmes de dépendances est à l’œuvre depuis le début des années nonante. Si elle peine à s’ancrer dans la législation, elle se fraye tout de même un chemin au niveau fédéral.
La lutte contre les dépendances fait partie intégrante des thèmes de santé publique. Notre Constitution donne mandat au législateur de veiller à la bonne santé de la population, que l’abus de produits psychoactifs compromet clairement. Cette lutte contre les dépendances est orchestrée de manière efficace par la politique des quatre piliers que sont la prévention (en particulier auprès des jeunes), le traitement, l’aide à la survie et la répression (de tous les individus sans scrupules qui amassent des fortunes sur le dos des personnes dépendantes). Entre laisser-faire et mise sous tutelle, la politique des quatre piliers adoptée par le Conseil fédéral en 1994 doit permettre d’intervenir en fonction de chaque situation, en misant sur les ressources et possibilités réelles des individus. Même si le dispositif est loin d’être parfait, cette approche a fait la preuve de son efficacité, là où elle est réellement mise en oeuvre. Par exemple, la prescription d’héroïne a des effets positifs sur la diminution de la consommation. (1) Chanvre à part?
Les nouveautés, en substance
Mesures de répression et anti-dépression
«Politique des dépendances», le terme est lâché. Car au-delà de leur diversité, les différentes substances présentent des points communs dans la dépendance qu’elles engendrent et ses symptômes: atteinte à la santé et désintégration sociale. Certes, dans un premier temps, la révision de la LStup et le soutien à l’initiative-chanvre paraissent plus réalisables. Mais, à moyen terme, l’objectif d’une politique intégrative et intégrée paraît indispensable. Par «intégrative», j’entends une politique transversale, qui intègre toutes les substances psychoactives, ainsi que les dépendances non liées à des substances, afin de prévenir, soigner, limiter les dégâts et organiser la répression pour chacune de ces problématiques. Et par «intégrée», je veux dire que la politique des drogues met en jeu d’autres politiques, qui doivent insérer la question des dépendances dans leur champ de compétence. Ainsi, des mesures de répression s’ancrent aussi bien dans la Loi sur la radio-TV (interdiction de la publicité) que dans la Loi sur les maisons de jeu (interdiction d’entrée dans les casinos). Et la prévention touche à des politiques aussi diverses que celles de la famille, de la formation ou de l’égalité, qui toutes visent à créer les conditions cadres pour le bien-être de l’ensemble des membres de la société. Ce n’est pas une hallucination!
S’ENGAGER AVEC FERMETE En conclusion, ces prochaines années, la lutte sera âpre pour ancrer dans la loi une politique pourtant consacrée par la pratique. La montée d’un parti dont la diabolisation et la pensée binaire sont les outils de prédilection semble peu propice à la mise en place d’une politique pragmatique, libérale et pluridimensionnelle. La réalité est pourtant bien présente, qui nous oblige à agir. On peut toujours moraliser, mais la vraie immoralité consisterait à ne pas agir face à la situation actuelle. Certain-e-s, au sein des partis de la droite classique ont hélas tendance à suivre l’UDC. Pas facile, dans ce contexte, de trouver des compromis pour avancer vers une politique cohérente. Idée suisse
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1 Voir l’étude Incidence of heroin use in Zurich, Switzerland: a treatment case register analysis, “Lancet“ 2006.
2 Cet article a été rédigé avant l’examen de cet objet par le Conseil des Etats
3 Al’heure où j’écris cet article, elle a fait l’objet de débats mais n’a pas encore été soumise au vote.
4 Voir le rapport de la CFLD, «Psychoaktiv.ch»
5 Entre mise sous tutelle et laisser-faire, papier de position du PSS pour une politique en matière de dépendances du 21 novembre 2006, page 24.
6 En lieu et place des quatre commissions actuelles: celles des maisons de jeu, pour les questions relatives aux drogues, pour les questions relatives à l’alcool et pour la prévention du tabagisme.
7 Constitution fédérale suisse, préambule.
8 Extrait d’un article de Sylvie Arsever publié dans Le Temps.



