grippe a (h1n1):
il y a des questions qui demangent

La gestion de la grippe H1N1 s’est-elle faite de manière transparente et démocratique? C’est ce que se demande l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Pour le savoir, elle a décidé de poser un certain nombre de questions critiques qui s’adressent surtout à l’OMS. Une investigation menée par la commission des questions sociales, de la santé et de la famille, que je préside.

  • Pourquoi l’OMS a-t-elle été si prompte à relever les niveaux d’alerte pandémique,alors que la nouvelle grippe apparaissait déjà bénigne? Le 11 juin 2009, sa directrice générale Margaret Chan décrétait que «tous les critères scientifiques définissant une pandémie de grippe sont réunis», tout en admettant qu’«au niveau mondial, la mortalité est faible.» Le même décalage s’observe dans le maintien, encore en vigueur, du seuil 6 de la pandémie.   
  • Pourquoi l’OMS a-t-elle modifié sa définition d’une pandémie juste avant d’en donner le titre à la grippe H1N1? Les critères relatifs à la gravité d’une épidémie en termes de nombre d’infections et de décès ont ainsi disparu en mai 2009.

  • Les liens de certains membres de l’OMS avec l’industrie pharmaceutique ont-ils influencé les décisions? Le passage à la phase 6 a permis aux contrats de commandes de vaccins – dont certains signés il y a longtemps – de devenir effectifs. 2009 fut, du coup, une année prospère pour les fabricants de vaccins, avec 7 à 10 milliards de bénéfices à la clé. Mais impossible d’analyser d’éventuels conflits d’intérêts: la composition du comité d’urgence qui a conseillé Mme Chan dans l’évaluation de la gravité demeure inconnue du public (à l’exception de son président).

  • La communication de l’OMS ne pèche-t-elle pas par manque de transparence et par excès de dramatisation? Le respect de la vie privée des experts du comité d’urgence doit-il l’emporter sur le droit des citoyen-ne-s d’être informés sur des décisions touchant à leur santé? Et que penser des accents dramatiques utilisés pour dépeindre le virus? L’OMS a brandi le spectre de la grippe espagnole de 1918. Mais comment comparer la situation prévalant après la Première Guerre Mondiale –  populations affaiblies, systèmes de santé misérables, absence d’antibiotiques –  avec celle de 2009, face à un virus peu dangereux?

  • Les Etats membres de l’OMS ont-ils agi de manière responsable? L’extrême précaution dont ils ont presque tous fait preuve a engendré d’énormes dépenses pour des antiviraux et des vaccins qu’il a fallu détruire. Et elle a insufflé un vent de panique inutile au sein de la population. La question est de savoir dans quelle mesure les Etats peuvent s’affranchir des recommandations. C’est ce qu’a fait par exemple la Pologne, en refusant l’achat de stocks massifs de vaccins.

En posant ces questions, il ne s’agit pas de prendre qui que ce soit en grippe. Surtout pas l’OMS, laquelle a du reste créé un comité indépendant chargé d’évaluer sa gestion de la pandémie d’ici à l’automne.(1) Mais il nous faut des réponses pour restaurer la confiance du public et assurer une gestion optimale en cas de vraie pandémie future. Pour y parvenir, un seul chemin: poser un diagnostic et prescrire, au besoin, une cure de transparence! La commission rendra son rapport à l’APCE fin juin. Reste un bon mois pour obtenir les réponses promises.

(1) A l’heure où j’écris ces lignes, on sait qu’un rapport intermédiaire sur le sujet devrait être transmis à Margaret Chan avant l’AG de l’OMS.

article paru dans la tribune de geneve, rubrique "l'invitee" - 21 mai 2010

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