simple bon sens

L’initiative pour des lieux publics sans fumée a un objectif évident de santé publique. La constitution genevoise reconnaît la nécessité d’adopter des mesures efficaces contre l’exposition à la fumée du tabac. Une exposition dont il est reconnu, l’écran de fumée façon Rylander aujourd’hui dissipé, qu’elle «entraîne la maladie, l’incapacité et la mort» (1): chaque jour, en Suisse, une à trois personnes meurent de la fumée passive. Ce que les arguments fumeux de ses opposants rendent moins clair, c’est que cette initiative fait rimer santé et liberté.

D’abord parce que l’interdiction de fumer est limitée aux lieux publics: l’initiative ne grille pas la clope, chacun-e demeurant libre à l’extérieur. Et si d’aventure cette mesure incitait certain-e-s à tenter de leur plein gré le difficile sevrage, leur liberté individuelle s’en verrait grandie: le tabagisme reste une dépendance, que le Tribunal fédéral ne considère pas «comme une manifestation élémentaire de la personne humaine dont l’exercice est indispensable à son épanouissement.» (2)

Ce que l’initiative refuse, ce n’est pas la liberté de fumer, mais la cigarette du condamné, du condamné à s’enfumer sans avoir rien demandé. Ce condamné, c’est avant tout le travailleur ou la travailleuse de la restauration: si je choisis de boire mon expresso dans un bistrot non fumeur, le serveur du café d’en face ne peut aussi facilement refuser d’y travailler, sous peine de perdre son emploi. Chômage ou maladie? L’initiative le libère du dilemme.

Qui plus est, l’interdiction de fumer dans tout l’établissement préserve le libre jeu du commerce: les fumoirs, par ailleurs inefficaces, induisent une distorsion de la concurrence entre petits et grands établissements qui ont la place d’en construire. Et si l’interdiction de fumer s’étend à tous les établissements publics, c’est pour plus d’efficacité: même les libéraux en conviennent, l’Etat a pour rôle subsidiaire de pallier les déficiences du marché en matière de santé publique.

Les arguments des opposants partent donc en fumée. Dans un registre plus émotionnel, les détracteurs de l’initiative fustigent l’«hygiénisme» et le «politiquement correct» au nom d’une certaine nostalgie: celle des soirées où l’on refaisait le monde dans un écran de brouillard. Celle du temps où Gainsbourg imitait sans complexe son Dieu fumeur de havanes. Ne nous laissons pas prendre au piège de ce sentimentalisme: le temps du calumet de la paix entre fumeurs et non fumeurs est arrivé. Cette initiative nous permet d’atteindre ensemble un compromis respectueux des libertés et voué à améliorer la qualité de vie de toute la population. Il ne s’agit pas d’hygiénisme, mais de santé publique. Et il ne s’agit pas de mégoter sur le politiquement correct, mais de faire preuve de bon sens sur ce qui est, rappelons-le, une question de vie ou de mort.

 

(1) Constitution du canton de Genève, art.178b al.1.

(2) Décision du Tribunal fédéral du 28 mars 2007 rejetant un recours de droit public contre l’initiative.

 

 

9 fevrier 2008 - article paru dans la tribune de geneve

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