l'union fait la force!
Je suis heureuse de vous voir réunies en nombre aujourd’hui, pour la suite de notre congrès. Ce congrès nous offre en effet une occasion précieuse de nous rencontrer, d’échanger sur nos expériences, de nous former aussi, en prenant, grâce aux spécialistes présents et présentes aujourd’hui, du recul sur des questions aussi diverses et importantes que le diagnostic prénatal, la place des pères, ou encore notre rôle en tant que sages-femmes consultantes.
Loin du tourbillon intense qui souvent caractérise l’exercice de notre profession, cette formation continue nous permet aussi d’accroître, d’affiner et de renforcer nos compétences, ce qui ne peut que contribuer à la reconnaissance de notre métier. Un métier qui reste numériquement marginal, mais qui doit justement garder ses spécificités, son autonomie, et être reconnu grâce à des prestations de haute qualité répondant aux besoins de la population.
C’est dans ce sens que je conçois le nouveau mandat de présidente de notre Fédération, qui m’a été confié hier. Bien sûr, je ne vois pas cette tâche de défense de notre métier comme relevant d’une seule personne, mais comme le résultat d’un travail d’équipe, avec un comité central représentatif et engagé, avec un secrétariat central efficace et compétent, sur lesquels je sais pouvoir d’ores et déjà compter. Pour celles d’entre vous qui n’étaient pas hier à l’assemblée des déléguées, j’aimerais me présenter, brièvement, histoire d’épargner celles qui m’ont déjà entendue!
Comme vous le savez, je mène depuis plusieurs années une double vie… Rassurez-vous, il n’y a rien de polémique là derrière, je fais simplement allusion à ma double casquette de sage-femme – que je porte depuis plus de 20 ans – et de parlementaire fédérale – que j’ai coiffée il y a 14 ans! Loin de s’exclure, ces deux expériences se complètent: elles me permettent de comprendre la réalité des sages-femmes sur le terrain et de faire entendre leur voix là où les décisions se prennent, sur des questions aussi diverses que la santé reproductive dans le monde ou le taux record de césariennes en Suisse.
Dans un contexte où les coûts de la santé font de plus en plus débat au niveau national, j’aimerais, en tant que présidente, renforcer encore la position de la Fédération comme actrice de la politique de la santé, en partenariat intelligent avec les autres professionnel-le-s concerné-e-s. L’accompagnement durant la grossesse, pendant et après la naissance me semble en effet être partie intégrante d’un système de santé orienté vers la santé publique et la prévention, prévention dont on sait qu’elle contribue précisément à réduire les coûts.
En remettant la personne humaine et la physiologie au milieu de la santé – comme on remet l’église au milieu du village – les sages-femmes ont, je crois, un rôle essentiel à jouer dans la redéfinition de notre système de santé qui, à l’heure actuelle, est davantage un système de maladie. En permettant aux parents de reconquérir leurs compétences et en misant, autant que possible, sur les processus naturels, nous, sages-femmes, défendons l’idée que la santé est l’affaire de toutes et de tous, et qu’elle est aussi une affaire d’écoute. En somme, nous travaillons dans l’esprit de la Charte de l’OMS dite «Charte d’Ottawa», selon laquelle, je cite, «la santé est engendrée et vécue dans les divers cadres de la vie quotidienne: là où l’on apprend, où l’on travaille, où l’on joue et où l’on aime. Elle résulte des soins que l’on s’accorde et que l’on dispense aux autres.» (1)
La naissance, évènement «banal» qui s’inscrit dans le cours normal d’une vie en santé, et à la fois moment toujours unique et imprégné d’amour, rejoint totalement cette vision de la santé. Mais dans d’autres domaines de la santé aussi, la population est demandeuse d’un accompagnement global, humain et en même temps capable d’intégrer les progrès médicaux, -on le voit à l’approche des votations sur les médecines complémentaires-.
C’est en communiquant les unes avec les autres, comme nous le faisons dans le cadre de ce congrès, que nous, sages-femmes, pourrons participer pleinement à l’élaboration d’un nouveau modèle de santé. Comme le dit Chantal Birman, sage-femme française, que je citerai pour conclure, «<les sages-femmes> savent que ce n’est qu’en s’unissant qu’elles deviennent plus fortes pour peser sur les politiques de la naissance et améliorer partout le respect des droits des femmes et la dignité de la vie familiale. Le projet des sages-femmes est bien alors celui d’une mondialisation de l’attention portée aux conditions de la naissance, dont dépend l’avenir des hommes.» (2)
(1) Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, OMS, 1986.
(2) Au monde, Chantal Birman. La Martinière, 2003, p.349.



