la sage-femme est l'avenir de l'homme
De tout cœur, je vous remercie de m’avoir choisie pour présider cette Fédération que nous formons ensemble. Je me réjouis de travailler, en partenariat avec vous, à ce poste passionnant, au sein d’une organisation professionnelle féminine qui allie expérience – c’est tout de même la plus ancienne du genre en Suisse! – compétence et modernité.
Expérience, compétence et modernité: ces qualités s’appliquent aussi au métier de sage-femme lui-même. Notre expérience c’est, en plus de notre formation et de notre pratique personnelles, celle qui nous vient de notre histoire ancestrale commune. Celle des femmes qui, depuis toujours, transmettent la vie, et de celles qui les accompagnent dans cette aventure, aventure toujours répétée et pourtant chaque fois unique.
Notre compétence, c’est une qualité indispensable pour faire face aux imprévus – heureux ou moins heureux – inhérents à toute grossesse, tout accouchement, toute suite de couches. C’est aussi une énergie nécessaire à défendre le rôle, la qualité et le savoir de notre profession qui nous a longtemps valu, parce qu’avant tout nous sommes femmes, d’être appelées sorcières ou matrones et qui, aujourd’hui encore, doit sans cesse affirmer sa place.
La modernité, c’est ce qui caractérise notre métier à l’heure où, face à certains flagrants délits d’inhumanité, la population a besoin d’un accompagnement global, respectueux de la personne et de son corps, et à la fois capable d’intégrer les progrès techniques. Oui, aujourd’hui, plus que jamais – pour paraphraser Aragon – «la sage-femme est l’avenir de l’homme»!
Ce magnifique métier de sage-femme est bien ancré dans le concret, car quoi de plus terre-à-terre, ou plutôt, de plus chair-à-chair, que le liquide amniotique, les urines ou le laitmaternel? Mais notre métier est aussi chargé de symboles, de mystère et d’impalpable. Comme l’écrit Chantal Birman, sage-femme française, dans son sublime livre Au monde, «à l’accouchement (…), une sage-femme accompagne cet instant de dépassement de soi qui précède celui de la succession des générations et fonde l’ordre des choses humaines.» Rien de moins! Ce métier si complet, si beau, j’ai la chance de le pratiquer depuis plus de 20 ans et je serai ravie d’en défendre désormais les intérêts dans toute la Suisse.
En parallèle à mon activité professionnelle de sage-femme, vous le savez, je mène depuis plusieurs années une activité politique, devenue comparable à un métier depuis que je siège au Parlement fédéral. Loin de s’exclure, ces deux expériences se complètent: elles me permettent de comprendre la réalité des sages-femmes sur le terrain et de faire entendre leur voix là où les décisions se prennent.
A l’heure où, comme l’actualité brûlante vient nous le rappeler, les pressions financières pèsent de plus en plus sur le domaine de la santé – et notamment sur les tarifs – il me semble crucial de renforcer la position de la Fédération en tant qu’actrice et partenaire de la politique de la santé. L’accompagnement durant la grossesse, pendant et après la naissance est en effet partie intégrante d’un système de santé orienté vers la santé publique et la prévention. Il s’agit aussi de défendre une profession qui reste numériquement marginale, mais qui doit justement garder ses spécificités, son autonomie, et être reconnue grâce à des prestations de haute qualité répondant aux besoins de la population.
En tant que sages-femmes, nous nous engageons pour l’amélioration des conditions de la naissance: nous donnons du temps, de l’espace, et nous mettons nos connaissances au service du respect de la physiologie – du moins autant qu’il est possible – nous travaillons à renforcer les compétences des parents et nous collaborons, en réseau, avec les autres professionnel-le-s de la santé. La naissance, moment si important dans la vie de chacune et chacun, mérite le respect, l’estime et l’engagement de l’ensemble des spécialistes, au-delà des corporatismes étroits et contre-productifs.
Bien sûr, je ne conçois pas ces diverses tâches comme relevant d’une seule personne, mais comme le résultat d’un travail d’équipe, avec un comité central représentatif et engagé, avec un secrétariat central efficace et compétent. J’aimerais dire un grand bravo aux membres du comité et du secrétariat qui s’engagent au service de notre profession. C’est d’ailleurs parce que je sais pouvoir compter sur les personnes déjà actives dans ces instances que j’ai pu envisager, malgré un emploi du temps chargé, de remplir le mandat de présidente que vous venez de me confier.
Au chapitre des remerciements figurent évidemment aussi ceux adressés à notre présidente sortante, Lucia Mikeler Knaack. Chère Lucia, je te remercie pour tout le travail accompli au service de la Fédération, que tu as su représenter efficacement et dignement, ainsi que pour ta contribution à l’amélioration de l’accompagnement des mères, des enfants et des pères autour de la naissance.
Et merci encore à chacune d’entre vous de me donner l’opportunité de rejoindre en un seul mandat les deux branches de mon parcours: le métier de sage-femme et l’engagement pour le changement. Quand on y réfléchit, ces deux aspects sont finalement très proches, car la sage-femme est au centre de la naissance, du renouveau, de l’avenir.
Autrement dit, et pour reprendre encore une fois les mots de Chantal Birman, «parce que nous sommes les femmes du commencement, pythies vigilantes, sourcières de vie, nous, sages-femmes, avons le devoir d’espoir au monde pour résister aux découragements qui le submergent.» C’est là tout le bien que je nous souhaite, et je me réjouis, aujourd’hui, de la naissance d’une nouvelle aventure à vos côtés!



