Fausses couches et morts périnatales : limitons les dégâts
Bien sûr, la mort fait partie de la vie. Elle en est, pour certain-e-s, la fin immuable et, pour d'autres, cette issue qui n'est autre que le passage d'un état à un autre. Mais, quoiqu'il en soit, elle est, pour toutes et tous, la terminaison de cette existence que nous avons en commun. Au-delà, nous ne pouvons avoir que quelques certitudes et, le cas échéant, des convictions, une foi voire un pressentiment.
Oui, la mort intervient inéluctablement au terme de la vie de tout être humain.
Or, même si cette vie a été longue et bien remplie, même si la personne qui s'éteint a laissé sur son chemin nombre de proches aimés et de souvenirs marquants, qu'elle peut ainsi partir dans la sérénité d'une vie accomplie, la mort � synonyme de séparation et de « plus jamais », synonyme aussi d'impuissance à l'empêcher � est difficile à accepter.
Mais que dire quand, plutôt que la mort d'une personne qui a vécu tous les jours de sa vie, d'une personne qui a fait son temps, comme le dit la sagesse populaire, c'est la mort d'un être nouveau ou même pas né à laquelle il faut se confronter, celle d'un être tout de promesses qui ne seront pas tenues, celle d'un petit porteur de rêves qui ne seront pas réalisés !
Que dire, que faire, que devenir devant l'inacceptable ?
Quand l'inimaginable survient, comment dire ce que l'on ressent dans cette société dans laquelle nous vivons et qui fait tout le possible, en temps normal, pour cacher la mort qui remet en cause tout type d'organisation humaine, cette société qui nie cet événement à la fois privé et universel qui perturbe le rythme des activités humaines ?
Face à la perte d'un enfant, tout à la fois imaginaire et incarné, comment vivre cette douleur pour qu'elle ne s'enkyste pas, pour qu'elle ne devienne pas la pierre qui empêche de remonter respirer à la surface de l'eau, pour qu'elle ne détruise pas toute perspective et tout projet de vie ?
En tant que femme et mère d'êtres enfantés vivants, je sais, de l'intérieur, que la vie va avec la mort et qu'il faut pouvoir faire son deuil pour continuer à donner la vie, avec l'envie de vivre qu'il faut avoir pour y mordre à pleines dents.
En tant que sage-femme, je sais d'expérience que le premier souffle peut être si semblable au dernier dans sa fragilité, que tout battement de c�ur est un miracle et que la vie, tour à tour cadeau et fardeau, ne se décrète pas. Je sais aussi, sans rien y comprendre, que vie et mort sont indissolublement liées. Et encore que la mort peut rendre malades les vivant-e-s qui ne s'en remettent pas.
En tant que politicienne dont l'expérience de vie fonde les convictions et nourrit l'engagement, je sais que la parole peut guérir parce que parler est plus bénéfique que cacher, parce que s'appuyer sur quelqu'un, pendant une période donnée, est moins destructeur et coûteux à long terme que tourner seul-e dans son coin, noyé-e dans sa tristesse et sa solitude, voire sa culpabilité.
Bien sûr, le combat contre la mort périnatale est un combat qui doit se mener dans le cadre d'une prise en charge obstétricale et pédiatrique du plus haut niveau. Nous avons la chance de disposer, en Suisse, des moyens financiers et humains pour limiter au maximum l'irruption de la mort dans ces vies balbutiantes.
Mais, puisque, malgré tout, nous ne parviendrons jamais à empêcher complètement ni les naissances ni les morts trop prématurées, puisque la mort comme la vie reste un mystère sur lequel nous n'aurons jamais entièrement prise, nous devons nous donner les moyens d'accompagner au mieux les parents, les frères et s�urs, les familles frappées par la perte d'un enfant même pas ou nouveau-né. Ce n'est pas du luxe, ce n'est pas du superflu, c'est juste un acte de vie, prévention de complications mortelles à la longue, c'est juste pour ne pas laisser éteindre à jamais, avec l'enfant perdu, l'étincelle de vie de ses proches. Oui, se préoccuper de l'accompagnement en cas de fausse couche et de mort périnatale, c'est s'occuper de la vie.
C'est pour cela que j'ai accepté d'être la marraine de l'Association pour la promotion de conseil et d'accompagnement professionnels lors de fausse couche et de mort périnatale.
C'est pour cela que j'espère vivement que l'association trouvera les fonds nécessaires à son développement au service des familles dans le deuil et la souffrance et que je lui souhaite longue vie.
Liliane Maury Pasquier
Conseillère nationale
Contact : Association pour la promotion de conseil et d'accompagnement professionnel lors de fausse couche ou de mort périnatale
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