Centres résidentiels pour personnes dépendantes. Fermeture ?

Texte déposé

Dans le souci d'assurer la continuité des prestations offertes par les centres résidentiels pour personnes dépendantes (drogues et alcool), je prie le Conseil fédéral de bien vouloir répondre aux questions suivantes:
Le Conseil fédéral est-il, comme moi, d'avis qu'une volonté de rigueur budgétaire ne saurait, pour autant, mettre en péril la poursuite des activités thérapeutiques, visant notamment à l'abstinence, d'un grand nombre d'institutions résidentielles en faveur des personnes dépendantes?
Au moment de la constitution d'un groupe de travail chargé d'étudier le rapport entre l'invalidité et la dépendance, le Conseil fédéral ne pense-t-il pas qu'il est judicieux de donner suite à la demande de moratoire pour la mise en oeuvre de l'ensemble des modifications introduites ou prévues par l'AI dans sa pratique de subventionnement dans le domaine de l'aide aux toxicomanes, demande de moratoire formulée récemment par la Centrale de coordination nationale de l'offre de thérapies résidentielles pour les problèmes de drogue (COSTE)?

Développement

Depuis maintenant près de deux ans, l'OFAS subordonne toute prestation individuelle ou collective de l'AI à la preuve de l'invalidité des personnes séjournant en institution, se fondant sur la jurisprudence très restrictive du Tribunal fédéral des assurances.
Si cette nouvelle orientation correspond à un souci légitime d'unification dans la pratique d'attribution des subventions, et donc à une recherche de gestion rigoureuse des deniers publics, elle pose des problèmes importants aux institutions résidentielles pour personnes dépendantes (alcool et drogues). Ces problèmes deviennent quasiment insolubles quand les exigences de l'OFAS, notamment en matière de certificats médicaux, changent au fil des mois, de manière rétroactive.
L'exemple d'ARGOS, association d'aide aux personnes toxico-dépendantes qui gère deux institutions résidentielles à court et moyen terme, est, à cet égard, éloquent:
- En juin 1995, l'OFAS demande à ARGOS de produire, à partir de 1996, une attestation médicale pour ses résidents, attestant de leur invalidité. Aucun modèle n'est fourni, ARGOS établit un modèle d'attestation qui est remis à l'OFAS, pour information. L'OFAS n'émet aucun contrordre.
- En juin 1996, une circulaire de l'OFAS propose un exemple d'attestation médicale en précisant, cependant que "les médecins sont libres de délivrer tout autre type d'attestation d'atteinte à la santé déterminante pour l'AI". ARGOS ne change pas ses certificats médicaux, n'ayant toujours pas reçu de préavis négatif à leur propos.
- En septembre 1997, l'OFAS indique à ARGOS que les certificats médicaux produits en 1996 ne lui permettent pas d'établir l'état d'invalidité de ses résidents et répond négativement aux demandes de subventionnement des années 1995 (!) et 1996.
- En novembre 1997, enfin, suite à l'intervention d'ARGOS, l'OFAS renonce à l'exigence de nouvelles attestations médicales pour 1995 mais maintient sa demande pour 1996 et 1997, pour toutes les personnes entrées à partir de juin 1996. Tant en raison de l'effet rétroactif de la demande que de la brièveté des séjours dans l'une de ses institutions (3 mois au maximum), il est impossible à ARGOS de retrouver le domicile actuel de tous ses anciens résidents et/ou de demander aux médecins de retrouver leurs patients pour obtenir décharge les déliant du secret médical, le tout dans un délai d'un mois. Il s'ensuivra vraisemblablement pour ARGOS un non - subventionnement par l'OFAS de l'ordre de 300 000 francs par année, pour 1996 et 1997.
ARGOS n'est pas la seule organisation en difficulté. Nombreuses sont les organisations qui voient leur subventionnement gravement compromis et, avec lui, la poursuite de leurs activités.

Réponse du Conseil fédéral 02-03-1998

Le Conseil fédéral tient beaucoup à trouver des voies permettant de maintenir une offre différenciée dans le domaine des dépendances. Cependant, il n'est pas toujours justifié de financer le domaine relevant des dépendances avec des ressources provenant de l'assurance-invalidité (AI). Cette constatation a conduit à réexaminer la pratique de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS). Jusqu'en 1996, ce dernier a versé des contributions d'assurance provenant des ressources de l'AI à des institutions d'aide en cas de dépendance, sans vérifier dans chaque cas particulier si la majorité des personnes séjournant dans lesdites institutions étaient réellement invalides au sens de la LAI. L'OFAS procède actuellement à cette vérification au nom de l'égalité de traitement applicable à toutes les institutions. Ce faisant, l'OFAS suit la jurisprudence constante du Tribunal fédéral des assurances (TFA) qui a arrêté à plusieurs reprises que la dépendance en soi ne constitue pas une atteinte à la santé au sens de la LAI.
L'exemple de l'institution ARGOS illustre le fait que l'OFAS a clairement fait connaître son intention de vérification et qu'il n'a pas pris de mesures rétroactives. C'est ainsi que l'institution ARGOS a été prévenue par écrit en juin 1994 déjà - et non en juin 1995, comme le dit l'interpellation - que dorénavant, il faudrait produire un certificat médical attestant que l'atteinte à la santé dont souffre un résident relève de l'AI. Vu certaines incertitudes relatives à la forme des certificats médicaux, l'OFAS a fait une concession à ARGOS en renonçant aux certificats médicaux de l'année 1995. Cette attitude est conforme à sa pratique, soit, dans le doute, de trancher en faveur de l'institution.
L'OFAS n'a pas non plus constamment modifié ses instructions, il s'est borné à les préciser. En effet, il s'est avéré, au vu des premières expériences faites avec les certificats médicaux reçus, que ces attestations, faute d'informations détaillées, ne permettaient pas au service médical de la division AI de l'OFAS de procéder à une vérification adéquate. L'OFAS a donc rédigé un modèle de certificat, à la demande de diverses institutions, et l'a envoyé à toutes les institutions, par lettre circulaire de juin 1996. Les réactions parvenues à l'OFAS l'ont incité à préciser encore le certificat modèle au début de 1997, en collaboration avec l'Office fédéral de la santé publique. La dernière version assortie d'informations destinées au corps médical a été envoyée aux institutions par lettre circulaire de juin 1997.
Le Conseil fédéral répond comme suit aux questions posées:
1. La pratique de l'OFAS suit la jurisprudence du TFA; elle n'est pas le fruit d'une politique d'économies. Le Conseil fédéral est cependant conscient que la pratique révisée de l'OFAS pourrait mettre des institutions thérapeutiques en difficulté.
Comme il tient à maintenir une offre différenciée de l'aide aux personnes dépendantes, il cherche de nouvelles sources de financement. Le DFI a donc mis en oeuvre les mesures suivantes:
- Mandat a été donné à un expert externe d'éclaircir dans un avis de droit si les possibilités actuelles de subventionnement par toutes les assurances sociales, compte tenu de la législation et de la jurisprudence actuelle, sont réellement épuisées.
- Création d'un groupe d'experts chargé de faire le point des connaissances actuelles dans le débat scientifique associant le droit et la socio-psychiatrie et portant sur la relation entre dépendance et invalidité, de discuter les bases de la jurisprudence du TFA sous l'angle matériel et médical et, le cas échéant, d'élaborer de nouvelles bases de décision.
Les rapports de ces groupes d'experts devraient être disponibles d'ici le second semestre de 1998. On pourra alors envisager les suites à donner et leurs conséquences.
2. La COSTE a demandé un moratoire jusqu'à ce que les résultats des travaux d'experts soient connus et que la réforme de la péréquation financière porte ses fruits. La question de la péréquation financière n'a pas encore été tranchée à l'échelon politique; d'éventuels changements ne seront vraisemblablement pas suivis d'effets avant 2002 au plus tôt. Il n'est pas concevable que l'AI, en qualité d'assurance sociale, continue encore si longtemps à appliquer une pratique qui ne place pas toutes les institutions sur pied d'égalité et qui ne correspond pas à la jurisprudence actuelle. Le DFI examine actuellement une réglementation transitoire pour les années d'exploitation 1997 et 1998.

Déclaration auteur/auteurs : partiellement satisfait

Chronologie:
20-03-1998 CN La discussion est reportée.
22-12-1999 En suspens depuis plus de deux ans; classement.

10 décembre 1997 - Interpellation - 97.3580

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