Procédure d'asile et évaluation de l'âge osseux

Texte déposé

Afin de ne pas mettre trop longtemps en cause la nécessaire protection de dizaines de requérants d'asile mineurs, le Conseil fédéral est prié de mettre tous les moyens à disposition de la Commission suisse de recours en matière d'asile (CRA) pour que celle-ci puisse rapidement juger des recours pendants en matière d'évaluation radiologique de l'âge osseux.

Développement

Dans sa réponse à la question ordinaire 99.1176 du 13 décembre 1999, le Conseil fédéral ne remet pas en question la fiabilité et donc l'utilisation de l'examen radiologique d'évaluation de l'âge osseux. Il ressort toutefois de sa réponse que la seule étude scientifique sur laquelle il se base se contente de constater qu'il existe un décalage significatif entre les standards G&P et l'âge chronologique moyen observé sur un petit groupe d'adolescentes et d'adolescents (dix au maximum par année d'âge) de divers groupes ethniques nord-américains.
Or, ce décalage (en moyenne cinq mois chez les garçons et dix mois chez les filles) ne peut être généralisé aux adolescentes africaines et adolescents africains. De plus, même pour les Etats-Unis, la base statistique de cette étude est trop réduite pour que ses valeurs soient reprises telles quelles, sans les entourer d'un large intervalle de confiance. Enfin, même s'il y avait coïncidence des moyennes, ces chiffres ne pourraient pas être appliqués tels quels à la détermination de la majorité compte tenu de la différence d'un sujet à l'autre, car on doit disposer d'une marge de sécurité qui est inexistante vers le haut (par le fait que nous sommes au bout de l'échelle des âges osseux).
Pour ces motifs, la CRA est saisie de plusieurs recours contre l'utilisation de l'âge osseux comme preuve de l'âge chronologique.
L'expérience montre cependant que la CRA peut prendre de six mois à deux ans pour résoudre une question de principe telle que celle-ci. Or, pendant ce temps, de nombreux jeunes subissent une telle procédure (comme les chiffres du Conseil fédéral permettent de le penser) et risquent de se voir, arbitrairement, privés de leur droit à une protection particulière et donc de faire l'objet d'une mesure de renvoi immédiat, faute d'avoir pu interjeter recours dans le très court délai de 24 heures. S'agissant de jeunes qui sont peut-être mineurs, une telle incertitude est inacceptable. Il est donc hautement souhaitable que le Conseil fédéral, sans préjuger sur le fonds et donc en respectant la séparation des pouvoirs, mette les moyens nécessaires à disposition de la CRA pour qu'elle puisse rendre sa décision au plus vite sur ce sujet délicat.

Prise de position du Conseil fédéral 31-05-2000

La nouvelle loi sur l'asile du 26 juin 1998 tient compte de la situation particulière des requérants d'asile mineurs et non accompagnés à travers des garanties de procédure supplémentaires. Ainsi, il existe un intérêt public certain à établir le plus rapidement possible l'âge chronologique d'un requérant d'asile mineur non accompagné. L'établissement de cet âge doit se faire avec la meilleure sûreté possible afin d'appliquer les règles de droit qui correspondent à la situation. C'est pourquoi le Conseil fédéral est aussi d'avis que les recours déposés par des mineurs non accompagnés auprès de la Commission suisse de recours en matière d'asile (CRA) doivent trouver une issue rapide.
Du point de vue administratif, la CRA est placée sous la surveillance du Conseil fédéral et sous la haute surveillance de l'Assemblée fédérale. Toutefois, il s'agit d'une autorité judiciaire qui rend ses décisions en toute indépendance et qui n'est soumise qu'à la loi.
Le Conseil fédéral a tenu compte de la révision de la loi sur l'asile et du grand nombre de recours déposés en nommant six juges extraordinaires à la CRA le 24 février 1999 et en prolongeant leur mandat le 10 novembre 1999 jusqu'au 31 mars 2001. En outre, il convient de relever que d'après les indications de la CRA, la durée du traitement des recours déposés par des mineurs non accompagnés dépend bien plus des nécessaires mesures d'instruction à diligenter que d'un manque de personnel.
Par conséquent, le Conseil fédéral estime actuellement inopportun de prendre des mesures supplémentaires.

Déclaration du Conseil fédéral 31-05-2000
Le Conseil fédéral propose de rejeter le postulat.

Chronologie:
22-03-2002 En suspens depuis plus de deux ans; classement.

22 mars 2000 - Postulat - 00.3093

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