Il Cielo sopra i bambini
Madame la Présidente du Conseil d’Etat,
Mesdames, Messieurs,
Je suis particulièrement heureuse de vous apporter aujourd’hui
le salut des autorités fédérales à l’occasion
de l’inauguration de l’exposition « Le ciel au-dessus
des enfants » et cela pour deux raisons principales.
Je tiens en effet, d’une part, à vous remercier de
m’avoir ainsi donné l’occasion – de justesse
puisque mon année présidentielle se termine lundi
prochain – de prendre part à une manifestation dans
la Suisse italienne en ma qualité de présidente du
Conseil national.
D’autre part, parce qu’il s’agit là d’une
cause pour laquelle je me suis engagée depuis de nombreuses
années, je vous suis reconnaissante de me donner l’occasion
de redire ici, avec vous, que les enfants ont des droits inaliénables
mais malheureusement trop souvent violés. Cette journée
internationale des enfants doit nous permettre non seulement de
prendre conscience de la réalité à travers
le monde mais aussi de voir de quelle manière nous pouvons
améliorer les choses.
La réalité est bien évidemment multiforme
: les enfants des pays industrialisés sont généralement
mieux lotis que les autres, même si les abus sexuels dont
ils sont victimes semblent prendre de plus en plus d’ampleur,
ils ont la plupart du temps accès à l’école
et savent ce que jouer veut dire. Les enfants des pays du sud,
c’est-à-dire le plus grand nombre, sont eux touchés
massivement par l’exploitation de leur travail ou de leur
corps et les chiffres publiés par l’OIT sur ce sujet
font froid dans le dos. Pouvez-vous vous imaginer ce que représentent
245 millions d’enfants exploités à travers
le monde et, parmi eux, 171 millions qui effectuent une activité dangereuse
ou encore 8 millions – soit plus que le nombre total de personnes
habitant la Suisse – soumis aux pires formes de travail (travail
forcé, qui est une forme d’esclavage, prostitution,
production de matériel pornographique, sans même parler
de l’enrôlement dans des conflits armés).
Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas rester indifférents
face à ce problème qui nous concerne : un enfant
privé d’enfance devient un adulte dépourvu
d’humanité, avec tous les risques que cela comporte
quant au développement de la violence et des conflits et à l’embrasement
de régions entières, forcément dangereux pour
l’ensemble de la planète.
Si la pauvreté est la première cause du travail et
de l’exploitation des enfants, le travail des enfants existe
aussi parce que les grandes entreprises délocalisent dans
les zones où la main-d’œuvre coûte moins
cher et où la législation sur le travail est moins
sévère ou moins contrôlée, dans le but
de produire toujours à plus bas prix. Si les entreprises
délocalisent, c’est aussi parce que les consommatrices
et consommateurs que nous sommes ne se soucient, le plus souvent,
que de payer le moins possible pour les objets que nous souhaitons
acquérir, notamment les vêtements que nous portons,
les jeux et jouets que nous offrons à nos enfants, les tapis
qui décorent nos salons.
Cette constatation, loin de nous décourager, doit plutôt
nous montrer de quelle manière nous pouvons agir, ici et
maintenant, contre le travail des enfants :
- Comme consommatrices et consommateurs, nous avons la responsabilité mais aussi la possibilité de faire pression sur les entreprises, en exigeant qu’elles produisent en respectant leurs responsabilités sociales, en boycottant, si nécessaire, celles qui font la sourde oreille, en effectuant nos achats de manière consciente et éclairée, comme nous en avons l’occasion grâce à des actions telles que celles menées par la campagne «Clean Clothes – pour des vêtements produits dans la dignité» ou par la fondation «Step» qui fournit un label des tapis vendus en Suisse.
- Comme citoyennes et citoyens, nous pouvons soutenir les ONG actives dans ce domaine, encourager la DDC et toutes les instances étatiques concernées à continuer leur action d’aide au développement en mettant l’accent prioritaire sur la lutte contre la pauvreté et l’accès de tous les enfants à l’école et à la formation ; nous pouvons insister auprès des autorités politiques pour qu’elles acceptent enfin d’augmenter le montant de l’aide publique au développement au niveau de 0,7% du PIB, comme le recommande l’ONU depuis de nombreuses années.
Nous pouvons enfin, comme vous le faites en organisant
cette exposition et les diverses manifestations
que vous mettez sur pied pendant tout l’hiver sur ce même thème,
nous engager concrètement pour que ce problème reste
un sujet d’actualité et trouve, grâce à cela,
les solutions qu’il mérite.
Merci de votre engagement ! Merci d’aider les enfants à ne
pas craindre que le ciel leur tombe sur la tête, de leur
permettre de jouer, comme nous l’avons tous fait, à trouver
dans les nuages des formes d’animaux ou de visages, merci
de nous aider à construire l’avenir.



