Quelques fruits du 5e Forum Social Mondial
Sous l'égide de la Communauté suisse de travail des œuvres d'entraide et d'E-changer, une délégation suisse a, une fois encore, été mise sur pied dans le cadre du 5 e Forum social mondial (FSM) qui était de retour, après son escale indienne, dans la ville brésilienne de Porto Alegre qui l'a vu naître.
Les journalistes, syndicalistes, parlementaires et collboratrices/-teurs d'ONG membres, comme moi, de cette délégation ont ainsi eu la possibilité non seulement de participer au FSM mais aussi, à travers des tables rondes et des visites de projets soutenus par les œuvres d'entraide suisses, de mieux appréhender aussi bien la réalité du Brésil et de sa population de 180 millions d'habitant-e-s que la qualité et l'impact de la coopération au développement et, notamment, du travail fourni par les volontaires que continue d'engager une ONG comme E-changer.
Il est bien évidemment impossible de rendre compte ici de toute la richesse de ce voyage, de ces rencontres, de ces témoignages et d'un FSM organisé en 11 espaces thématiques, eux-mêmes construits autour de plus de 2000 activités, qui vont de la défense des biens communs de la terre et du peuple à la construction d'un ordre démocratique international, en passant par l'économie solidaire, la lutte contre la guerre ou les droits humains, sans oublier, pour la première fois, un espace dédié à une réflexion sur la création artistique ou un autre à l'éthique et à la spiritualité.
Je me contenterai donc de donner quelques coups de projecteur sur une partie des éléments que je retiens de ces 10 jours au Brésil, en toute subjectivité, dans le but de nous permettre de continuer ici réflexions et actions initiées là-bas, comme autant de fruits du FSM et de ses à-côtés.
En compagnie de Corinne Dobler, journaliste volontaire d'E-changer depuis 4 mois auprès du Mouvement des femmes paysannes (MMC), nous avons eu la possibilité de rencontrer ces femmes et de visiter leurs villages de la région de Torres, à 100 km au nord de Porto Alegre. Avec le slogan « continuer la lutte, défendre la vie », elles sont actives comme paysannes dans des projets tels que préservation des semences traditionnelles, reforestation de parcelles, promotion de l'agriculture biologique – et la comparaison de visu entre leurs bananeraies où les bananiers poussent parmi toute une variété de plantes et de fleurs, et les bananeraies « classiques », brunes et sèches, brûlées par les herbicides, plaide clairement en faveur d'une culture plus respectueuse de la vie ! – et lutte contre les OGM ou contre les cultures trop intensives, comme celle du riz.
Elles ont également mis sur pied des « pharmacies familiales » dans lesquelles elles fabriquent des élixirs, à base des plantes cueillies dans la forêt ou cultivées aux abords de leurs maisons, contre tous les maux les plus fréquents. Elles dispensent ces médicaments traditionnels aux personnes qui viennent les trouver, parfois sur recommandation d'un médecin, contre une petite contribution mais sans but lucratif.
Ces femmes se revendiquent également haut et fort d'un féminisme qui se nourrit de la fierté, aussi bien cultivée que leurs terres, tirée de leurs connaissances et de leur travail en réseau et qui leur permet d'affronter, quand c'est nécessaire, les hommes de leurs familles qui envisagent de céder aux sirènes des OGM !
Dans un pays et une culture encore très imprégnés de machisme, ce n'est pas là le moindre de leurs courages ! Et les mouvements sociaux, d'ici et de là-bas, seraient bien inspirés de réaliser, pas seulement en paroles mais par des actes, une intégration des femmes et de leurs compétences, à tous les niveaux de la société, pour qu'un autre monde, plus solidaire, plus égalitaire, plus respectueux de la terre et de la diversité de la vie, soit possible.
Le programme du FSM a été construit, pour la première fois dans cette ampleur, sur la participation et l'autogestion, depuis la consultation anticipée qui a permis de déterminer les thématiques principales jusqu'à la faculté laissée aux organisations de proposer leurs conférences et leurs ateliers, seules ou en s'associant à d'autres.
J'ai eu l'occasion d'assister à un exemple très concret de cet esprit de collaboration et d'autogestion et je dirais même de partage quand deux séminaires organisés parallèlement, dans des tentes voisines sur des thèmes susceptibles d'intéresser un même public – le processus de Pékin+10 en lien avec les Objectifs de développement du millénaire, d'une part, et le lancement d'une campagne pour la défense des droits des femmes qui défendent les droits humains et qui sont, de ce fait, particulièrement vulnérables – se sont finalement déroulés successivement dans le même lieu, pour permettre à l'ensemble des intervenant-e-s et de l'auditoire de bénéficier d'une traduction simultanée.
Il y a là une belle leçon de collaboration plutôt que de concurrence dont nous pourrions certainement nous inspirer dans notre travail.
Au vu des foules qui s'y rassemblent, le FSM est le lieu idéal pour récolter des signatures ou pour lancer des actions mondiales. C'est ainsi que Porto Alegre a vu la naissance, cette année, d'une campagne mondiale contre la pauvreté, à laquelle le président Lula a apporté son soutien, une manière heureusement moins hollywoodienne et caritative que celle du WEF de Davos de rappeler qu'il est possible d'agir contre la pauvreté.
De son côté, la CIDSE (Coopération internationale pour le développement et la solidarité), alliance de 14 œuvres d'entraide d'Europe et d'Amérique du Nord dont l'Action de Carême et Pain pour le Prochain, a lancé une autre campagne dans le but de rappeler à la communauté internationale les engagements qu'elle a pris, il y a 5 ans, en adoptant les Objectifs de développement du millénaire qui prévoient, notamment, de réduire la pauvreté de moitié d'ici à 2015. Malgré ces promesses, quasiment rien n'a été fait et, au moment où Kofi Annan doit présenter un rapport intermédiaire sur ce processus, il faut absolument que les gouvernements mettent en œuvre un vrai programme de réalisation : doubler le montant de l'aide publique au développement, effacer la dette des pays les plus pauvres, instaurer des relations commerciales plus équitables, ce ne sont pas les solutions qui manquent mais bien la volonté politique de les mettre en place.
Cette campagne repose sur l'envoi de cartes postales à Tony Blair, en sa qualité de chef d'Etat hôte du prochain sommet du G8, et, pour chacun des pays dans lesquels une ONG est active, aux chefs de gouvernement ou aux ministres de l'économie, à Joseph Deiss pour la Suisse. Pour plus de renseignements et/ou pour commander des cartes postales : www.actiondecareme.ch ou 021.617.88.81. A vos stylos !
J'espère que, de ces exemples, vous comprendrez que le Forum social mondial n'est pas la grande foire stérile décrite dans certains médias mais bel et bien un lieu d'échange et de refondation du monde.
Liliane Maury Pasquier
Conseillère nationale



