Messieurs les présidents...

Il y a maintenant de nombreuses années, l'écrivain et chansonnier français Boris Vian, dans une très belle chanson, s'adressait au gouvernement de son pays :

"Monsieur le Président, disait-il,

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être,

Si vous avez le temps."

Du temps, les gouvernements en ont peut-être moins qu'avant puisque c'est une carte postale que nous leur écrivons aujourd'hui.

Du temps, les gouvernements n'en ont en tout cas plus beaucoup pour tenir les engagements qu'ils ont pris il y a 5 ans.

Messieurs les Ministres - et Mesdames, même s'il y en a fort peu, Messieurs les Présidents,

je vous adresse cette carte postale pour vous dire que la pauvreté extrême vécue par plus d'un milliard de personnes est une violence terrible faite à l'humanité tout entière, pour vous dire que la mort évitable d'un seul enfant en bas âge, que la mort évitable d'une seule femme en couches est une violence terrible et scandaleuse faite à chaque être humain solidaire.

Bien sûr, vous le savez déjà puisque vous vous êtes engagés à le combattre grâce aux Objectifs de développement du millénaire.

Il faut maintenant sans faute tenir vos promesses, Messieurs les Présidents et vous, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, qui avez en partage la responsabilité de vos pays, vous devez assumer votre fonction. Il en va de votre crédibilité et de votre honneur.

Vous n'avez plus que 10 ans pour effacer - non pas alléger, non pas moduler - la dette des pays les plus pauvres qui s'engageront à affecter les ressources ainsi libérées à la lutte contre la pauvreté.

Vous avez moins de 10 ans pour doubler vos contributions à la coopération au développement.

Vous devez cesser maintenant de reprendre d'une main ce que vous avez donné de l'autre.

Monsieur le Président de mon pays, Monsieur le Ministre de l'économie,

Même si la Suisse n'est pas en reste pour ce qui concerne la remise de la dette, même si elle s'est engagée à atteindre 0,4% du PIB consacré à l'aide publique au développement d'ici à 2010, de sérieuses menaces planent sur cet objectif pourtant très modeste. Ainsi, il est question de soustraire 1 milliard de nos francs au budget de la coopération au développement pour financer des projets dans les pays de l'Est nouveaux membres de l'Union européenne et ceci dans le cadre des accords bilatéraux récemment conclus. Cela n'est pas acceptable ! Ce ne sont pas les pays et les populations les plus pauvres qui doivent payer pour un accord qui profitera aux pays les plus riches. Non, c'est plutôt du côté des banques et des autres secteurs économiques avantagés par ces accords que nous devons nous tourner pour trouver ce milliard.

De même, et à l'instar d'autres pays, la Suisse doit en finir, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre de l'économie, avec l'hypocrisie de sa politique. D'un côté, elle dit qu'elle s'engage à contribuer à ces Objectifs de développement du millénaire, elle tient de beaux discours sur la nécessité de l'aide mais de l'autre, elle met tout son poids économique au sein des organisations multilatérales, Banque mondiale et FMI, et dans les négociations commerciales pour préserver notamment les intérêts de ses industries pharmaceutique et agro-alimentaire, sans tenir compte des besoins des plus pauvres. C'est inadmissible !

Messieurs les Présidents,

Si vous avez la mémoire courte, nous sommes là pour vous la rafraîchir. Trouvez des financements novateurs si vous le désirez, mais nous ne nous laisserons ni diviser ni aveugler par les multiples propositions qui voient le jour, au WEF de Davos ou ailleurs.

Ce n'est pas une carte postale mais des dizaines, des centaines, des miliers de cartes postales que vous allez recevoir et, si cela ne suffit pas, nous nous rappellerons du pouvoir que nous confère notre qualité de citoyennes et de citoyens électeurs pour que nos pays se souviennent, comme nous le croyons, qu'un autre monde est non seulement possible mais nécessaire !

Liliane Maury Pasquier

Porto Alegre, le 27 janvier 2005

 

27 janvier 2005 - Discours pour le lancement de l'action cartes postales de l'Action de Carême/CIDSE à Porto Alegre

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