mettre fin a l'hypocrisie
Le 29 novembre prochain, le peuple suisse se prononcera sur l’initiative pour l’interdiction de l’exportation de matériel de guerre. Ce texte vise à instaurer un cadre légal clair qui mette fin aux pratiques actuelles scandaleuses. Avec la mansuétude de son gouvernement, la Suisse continue en effet de s’enrichir de conflits qu’elle dénonce pourtant officiellement.
Le Conseil fédéral affirme que la législation actuelle garantit un contrôle «efficace et sévère» sur l’exportation de matériel de guerre. C’est là faire peu de cas d’entorses manifestes à cette règle: ainsi le Pakistan était le plus grand client de notre industrie d’armement en 2008, alors que certaines régions de ce pays sont en pleine en guerre civile. Exemple tout aussi éloquent de cette hypocrisie institutionnalisée, la Suisse vendait en 2006 un avion Pilatus au Tchad, «à des fins civiles», nous assurait-on du côté des départements fédéraux concernés. L’avion était pourtant déjà pourvu de points d’accrochage pour des bombes et allait être – ô surprise! – utilisé par le gouvernement à des fins militaires.
La Suisse doit donc démontrer un engagement constructif et honnête dans une problématique de portée globale, puisque le commerce d’armes est un secteur d’activité incontrôlable dans le cadre actuel; des chars suisses destinés aux Emirats arabes unis se retrouvaient ainsi en 2005 comme par magie au Maroc... Contrairement à ce que d’aucuns affirment, notre pays n’a pas les moyens de contrôler le parcours de ses armes. Les aurait-il, une contradiction essentielledemeure: un pays qui se targue d’être à la pointe de l’action humanitaire dans l’aide aux victimes de conflits armés demeure le 2e exportateur mondial d’armes par tête d’habitant!
Face à ces données imparables, les adversaires du texte brandissent le spectre de la suppression d’emplois. Une telle argumentation témoigne hélas d’un refus de débattre du fond du problème: on ne saurait en effet défendre un secteur d’activité parce qu’il emploie du personnel, sans quoi on se retrouverait à déplorer le risque de chômage des gardiens de Guantanamo après sa fermeture! Surtout, cet argument ne prend pas en compte les activités des marchands d’armes suisses dans d’autres domaines, une diversification qui est d’ailleurs déjà en cours. De plus, cet argument oublie que l’initiative ne vise pas à en interdire tous les aspects du commerce mais vise précisément les biens dont l'usage est purement militaire. Enfin, bien que ce soit regrettable, les marchands d’armes pourront toujours compter sur un client des plus sûrs: l’armée suisse! Le scénario prédit par des adversaires à court d’arguments pour défendre l’indéfendable n’aura donc pas lieu, ce d’autant plus que le texte prévoit la mise en place d’un plan de soutien aux régions et employés concernés sur une période de dix ans.
A défaut d’assurer la paix mondiale, l’initiative garantira la crédibilité de la Suisse face aux conflits qui sévissent sur notre planète. Sans nuire sur le long terme à l’emploi, elle encouragera la mise en place d’un «new deal» moralement défendable pour les entreprises concernées, tout en allégeant la dépendance économique de certaines régions envers les marchands d’armes.



