avions de combat:
evitons le crash economique!

Efficience: rapport entre le résultat obtenu et les ressources utilisées. Selon cette définition, l'achat de nouveaux avions de combat, prévu pour 2010, serait tout sauf efficient: objectif incertain et ressources inadaptées en font une catastrophe à empêcher absolument.

L'ineptie de cet achat est mise en évidence par l'actualité récente autour de l'armée suisse. D'abord, le drame de la rivière Kander, qui a coûté la vie à cinq soldats au cours d'un exercice aussi «ramboesque» qu'inutile. A quoi sert notre armée? La question se pose plus que jamais et le prochain rapport sur la sécurité doit contribuer à y répondre. Le plus élémentaire bon sens exige en tout cas de définir d'abord les objectifs: comme le dit mon collègue radical Didier Burkhalter, cité dans Le Temps du 11 août, «il faut impérativement imposer une vision globale des compétences que l'on souhaite donner à l'armée pour ensuite définir les moyens que l'on compte lui allouer».

Or, cette vision globale fait défaut, tout comme une vision spécifique du rôle de l'armée de l'air. Traditionnellement, selon le Conseil fédéral, «la sauvegarde de la souveraineté aérienne implique la défense de notre espace aérien contre une attaque militaire ou terroriste». Mais la Suisse, au cœur d'une Europe pacifique, n'est pas menacée militairement. Quant au danger terroriste, même la puissante armée de l'air des Etats-Unis n'a pu le contrer un certain 11 septembre. Ce qui n'empêche pas de chercher d'autres réponses, mieux adaptées, à d'éventuelles agressions terroristes, ainsi qu'à tous les nouveaux risques: ceux liés au climat, aux nouvelles technologies et aux armes de destruction massive. Sans oublier, bien sûr, la contribution internationale de la Suisse au maintien de la paix. Afin de «prévenir la guerre et maintenir la paix» (Constitution fédérale, art. 58, al. 2), l'armée de demain doit aussi laisser la part belle à la résolution civile des conflits.

En termes de ressources également, l'armée devra changer: elle est, à l'heure actuelle, surdimensionnée. Pour ce qui est des ressources humaines, 32000 hommes sont assujettis au service militaire, quand il suffirait de 5000 soldat-e-s pour atteindre un effectif permanent de 50000 militaires. Restent aujourd'hui 20000 jeunes hommes qu'il faut occuper, par exemple, à faire du canot. Sur le plan matériel, l'armée suisse compte déjà quatre fois plus d'avions que l'Autriche qui, comme la Suisse, est un pays montagneux, non-membre de l'OTAN et récemment hôte de l'Eurofoot. En outre, la Suisse gardera (et modernisera, sous réserve de l'approbation du Conseil national cet automne) ses 33 F/A 18. La nécessité d'engager de nouvelles ressources est donc plus que contestable.

L'importance des moyens financiers est aussi en jeu: on est proche de l'explosion. L'achat de nouveaux avions coûterait à la Suisse 2,2 milliards, auxquels s'ajoutent les coûts d'exercice, d'entretien et d'amélioration, pour un total d'au moins 6 milliards de francs. Or, un rapport interne au Département de la défense indique, selon Le Temps du 1er septembre, que «le cadre financier actuel ne suffirait pas pour les 33 avions de combat prévus en remplacement des Tiger». Cet achat n'est donc pas réaliste sur le plan économique, d'autant que le retour sur investissement sera insuffisant: un récent rapport de l'administration estime que seuls 40% des achats d'armement sont compensés par des contre-affaires.

Cerise amère sur le gâteau: l'opacité des procédures de recrutement de l'armée, révélée par l'affaire Nef, caractérise aussi le lobbying des entreprises d'armement auprès des parlementaires. Les trois entreprises concernées par la vente de nouveaux avions (Saab, EADS et Dassault) sont d'ailleurs impliquées dans des cas de corruption à l'étranger. Ce manque de transparence s'ajoute à l'inefficience démontrée pour faire de l'achat de nouveaux avions une catastrophe économique.

Aux considérations économiques s'ajoutent les questions éthiques: la Suisse doit-elle participer au réarmement mondial (+37% de dépenses depuis 1997), quand seuls 5% des 1200 milliards de dollars investis dans l'armement en 2006 suffiraient à réduire de moitié la pauvreté globale? Doit-elle engager des milliards de francs dans l'achat de nouveaux avions pour mieux réduire les prestations sociales en Suisse? Pour moi, la réponse est non.

Et comme moi, 66% de Suisses et Suissesses ne veulent pas de nouveaux avions. Preuve qu'indépendamment de toute idéologie, cet achat tient résolument de l'erreur d'aiguillage. L'initiative «contre de nouveaux avions de combat», est la seule façon d'éviter le crash.
16 septembre 2008 - article paru dans le temps, rubrique "eclairages"

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