Aide au developpement:
solidifions la solidarite!

Le 10 juin dernier, le Conseil national a rejeté les propositions de sa commission visant à augmenter les crédits cadres de l’aide suisse au développement. Pour la première fois cependant, un débat sur la hausse de l’aide au développement a émergé au Parlement, qui a voté le principe de ces crédits à l’unanimité. Un signe encourageant mais une décision décevante, qui toutefois ne m’étonne guère…

L’aide suisse s’amollit
Depuis quelques années, la coopération suisse marque le pas: le modeste relèvement de l’aide au développement à 0,4% du PNB dès 2009 accepté par le national permettra d’augmenter un budget qui a reculé, en 2007, à 0,37% du PNB (0,31% selon l’ancien calcul statistique plus proche de la réalité (1), soit comme en 1991!). Selon certain-e-s parlementaires, tant que la DDC n’a pas achevé sa –nécessaire- réforme, il faudrait bloquer toute augmentation. Et puis, 2 milliards de plus, ce serait bien troppour l’aide au développement (mais le moindre pour de nouveaux avions de combat). Comment se fait-il alors que l’Irlande, qui n’a pas notre niveau de vie, ait déjà atteint la barre des 0,54%?

Des engagements fermes
Au Conseil des Etats de jouer, maintenant. Sa commission de politique extérieure, dont je suis membre, procède à des auditions et se prononcera en août. La chambre des cantons votera ensuite les crédits cadres à la session d’automne. L’objectif: faire passer, en guise de compromis, une augmentation de l’aide au développement à hauteur de 0,5% du PNB. Il en va de notre crédibilité internationale: les 15 «anciens» de l’UE se sont fixés le pallier contraignant de 0,56% d’ici 2010 et de 0,7% (d’ores et déjà dépassé par 5 pays) dès 2015. Comme eux, la Suisse s’est engagée pour le 0,7% au Sommet du Millénaire et, 5 ans après, le Conseiller fédéral Samuel Schmid déclarait: «la Suisse envisage d’accroître, au-delà de 2008, le pourcentage qu’elle consacre à l’aide publique au développement.» 2008? Nous y sommes!

La solidarité solidifie la Suisse
Il en va aussi du respect de la volonté populaire nationale: la pétition «0,7% - Ensemble contre la pauvreté», forte de 200'000 signatures, témoigne, selon Bastienne Joerchel d’Alliance Sud, «de l’attachement des habitants de ce pays à une Suisse ouverte sur le monde, généreuse et solidaire». Car le 0,7% n’est pas une fin en soi: il reste un moyen au service de la lutte contre la pauvreté et ses conséquences. La gestion des enjeux globaux (environnement, santé, paix et sécurité, migration, promotion de la démocratie et des droits humains) exige une collaboration mondiale. Sur le plan économique aussi, la Suisse a tout à gagner d’une augmentation de l’aide au développement: chaque franc qui y est investi fait bondir notre PNB de 1 franc 80 et la coopération a créé, en 2006, jusqu’à 29'000 emplois dans notre pays! Au-delà du seul intérêt de la Suisse, l’aide au développement concrétise une valeur essentielle à notre démocratie: la solidarité. Une valeur d’ailleurs ancrée dans notre Constitution (art. 54 al. 2), qui affirme la nécessité de «soulager les populations dans le besoin».

 

(1) Depuis 2005, les statistiques suisses de l’aide publique au développement incluent notamment les sommes dévolues aux requérant-e-s d’asile (et non plus seulement aux réfugiés admis), les bourses aux étudiant-e-s étrangers et les remises de dettes amorties depuis longtemps, autant de postes qui ne représentent en fait pas de nouvelles ressources pour les pays en développement.

 

AOUT 2008 - bulletin "solidarite" de l'oseo (oeuvre suisse d'entraide ouvriere)

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