l'effet d'une bombe

L’effet d’une bombe: c’est ce qui caractérise le dit processus d’Oslo, qui, en à peine 15 mois, a abouti à un traité d’interdiction des armes à sous-munitions. La Conférence de l’ONU sur les armes conventionnelles s’est, elle, emparée du sujet en 2000 déjà, sans vrai résultat à ce jour. A Dublin, en mai dernier, pas moins de 111 Etats, dont la Suisse, se sont mis d’accord sur l’interdiction de toutes les sous-munitions utilisées dans le monde aujourd’hui et sur la destruction des stocks dans les huit ans. Après la Convention d’Ottawa de 1997 pour l’interdiction des mines antipersonnel, ce texte marque un nouveau pas dans la lutte mondiale contre de terribles souffrances humaines.

Car l’effet des bombes à sous-munitions (BASM) consiste en d’atroces mutilations, mortelles dans la plupart des cas. Ces petites bombes n’ont d’une innocente cannette de soda que la taille: dispersées par une bombe mère, elles sont censées exploser au contact du sol. Problème: elles sont disséminées sur d’immenses surfaces(plus de 37 millions de mètres carrés au Liban en 2006, soit l’équivalent de 5'700 terrains de foot!). Impossible, donc, d’éviter les civils, qui représentent 98% des victimes de ces bombes. Autre problème: le taux élevé de ratés (entre 5 et 30%), qui transforme les bombes non explosées en véritables mines antipersonnel. Résultat: ces engins de guerre tuent en tant de paix, et tuent beaucoup d’enfants.

L’effet d’une bombe, ce n’est pas ce qu’a entraîné l’attitude de la Suisse dans sa lutte contre les BASM. La Suisse s’est en effet montrée contradictoire, car tiraillée. D’un côté, la conception d’avant guerre du département fédéral de la défense, qui affirme la nécessité de ces armes, conçues mi-vingtième siècle pour contrer des chars blindés! De l’autre, le traditionnel engagement de la Suisse en faveur de la promotion de la paix et des droits humains, qui l’a d’ailleurs poussée à un rôle de pionnière dans l’interdiction des mines antipersonnel. D’un côté, la volonté d’une majorité du Conseil des Etats de préserver le «joujou» qu’il s’est choisi il y a quelques années, soit 200 000 BASM de type M85 acquises pour 600 millions de francs. Et de l’autre, celle du Conseil national, plus réceptif aux engagements du département des affaires étrangères.  Résultat: la Suisse était à Dublin, mais elle a proposé de retarder l’entrée en vigueur du traité de 1o à 15 ans, à l’indignation de plus de 60 Etats présents. Autre résultat: la chambre du peuple a accepté deux fois de donner suite à une initiative parlementaire du Genevois John Dupraz visant à interdire la fabrication, le commerce et le stockage des BASM en Suisse, mais la chambre des cantons a pour l’instant mis son veto. En renvoyant l’objet devant sa commission, elle a raté la belle occasion qui lui était pourtant offerte de donner un signal clair de l’engagement de la Suisse – pays dépositaire des Conventions de Genève – dans la défense des populations civiles contre les conséquences dramatiques des BASM!

Le Conseil fédéral s’est déclaré «disposé à réexaminer sa politique actuelle au cas où les développements politiques internationaux l’exigeraient». Nous y sommes! La Suisse peut encore figurer parmi les premiers signataires de la Convention le 3 décembre prochain. C’est du moins ce que demande une motion déposée conjointement dans les deux chambres. Offrons à Genève, capitale humanitaire, l’occasion de montrer l’exemple!

 

27 juin 2008 - post scriptum

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