adoptions illegales - les enfants ne sont pas des marchandises!

J'ai préparé ce texte en tant que déléguée suisse à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, qui tenait sa première session de l'année du 21 au 25 janvier à Strasbourg, mais je n'ai pu intervenir pour cause de maladie. Je vous en livre tout de même le contenu.

On entend souvent que les enfants sont notre avenir. C’est une phrase qui sonne bien mais, dans bien des pays, ils ne sont pas traités comme tels. Bien au contraire, les enfants sont souvent négligés, adoptés illégalement, vendus, abusés dans  des représentations pornographiques. Ils sont les premières victimes de violence et, dans les régions en conflit, ils souffrent de graves traumatismes. Est-ce ainsi que nous voyons notre futur? Dans ce contexte, l’adoption est un autre chapitre difficile. Bien des pays opèrent méticuleusement et se basent sur la Convention des droits de l’enfant ou sur la Convention du Conseil de l’Europe en matière d’adoption des enfants qui constitue une avancée réelle pour les normes internationales en matière d’adoption. Ces pays s’assurent que les adoptions sont complètement documentées et que chaque enfant puisse connaître son identité et ses racines car les enfants adoptés ont souvent besoin de savoir, en devenant adultes, quelles sont leurs origines.

Les gouvernements de différents pays du Conseil de l’Europe font pourtant souvent abstraction des exigences minimales en matière d’adoption. Les enfants sont considérés sans aucun scrupule comme de simples marchandises. Ils sont arrachés à leur mère à la naissance, comme cela a été le cas en Ukraine. Les parents ou la mère célibataire ont été informés que l’enfant était mort à la naissance. Bien qu’ils aient exigé de voir le corps de leur enfant, les responsables de l’hôpital ont refusé en disant que les corps étaient déjà enterrés ou se trouvaient au laboratoire pour examen.

Toutes traces des enfants ont ainsi été effacées. Sont-ils vraiment morts ou vivent-ils dans une autre famille? Les parents concernés en Ukraine attendent encore aujourd’hui que le procureur général ouvre à nouveau les dossiers des enfants disparus et que les circonstances véritables de la disparition de leur enfant soient examinées. Il est vrai que le ministre de la santé alors en place a promis à la rapporteuse d’examiner les circonstances de ces disparitions, mais jusqu’à aujourd’hui cela n’a pas encore été fait. Une des mères concernées qui n’a jamais pu voir le corps de l’un de ses jumeaux, mort apparemment à sa naissance, a affirmé à la rapporteuse qu’elle est toujours à la recherche de l’enfant disparu. Et elle dit qu’il est impossible de trouver la paix.

En Moldavie la situation est différente. Souvent  des pressions sont exercées sur les mères seules et pauvres pour qu’elles abandonnent leurs enfants aux orphelinats, sous prétexte qu’elles ne sont pas capable d’élever seules leurs enfants. L’aide financière que ces jeunes mères reçoivent après la naissance est souvent trop maigre pour qu’elles puissent en vivre. Elles se laissent donc souvent convaincre d’abandonner leurs enfants. Après des pressions sur le gouvernement, les mères ou les parents ont maintenant une période de réflexion de 6 mois pour revenir sur leur décision. Mais à quoi cela sert-il dans un pays au taux de chômage élevé si les mères concernées n’ont pas conscience qu’elles peuvent être soutenues par l’Etat?  

Le vide juridique doit être comblé d’urgence. Il ne s’agit pas de montrer du doigt tel ou tel pays, nous pouvons sans doute faire des progrès partout. Le Conseil de l’Europe s’est engagé ces dernières années de manière intensive pour lutter contre le trafic des êtres humains. Sa nouvelle convention est maintenant ratifiée par 13 pays et entre en vigueur le premier février. De plus, chaque enfant doit être enregistré gratuitement et recevoir des papiers d’identité personnels. La convention sur les droits de l’enfant est une source précieuse et nécessaire pour protéger les enfants. Et pour terminer, tout trafic d’enfants à des fins d’adoption illégale, souvent entaché de corruption, doit être poursuivi dans chaque état membre du Conseil de l’Europe. Nous ne devons tolérer aucune exception! Pour notre avenir et nos enfants!

24 janvier 2008 - conseil de l'europe - strasbourg

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