L'allaitement maternel: un droit fondamental
pour lequel il faut continuer de s'engager

L'allaitement maternel est non seulement un droit fondamental, reconnu explicitement ou implicitement dans diverses conventions internationales ratifiées par la Suisse – que l'on pense à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, au Pacte international relatif aux Droits économiques, sociaux et culturels ou à la Convention relative aux Droits de l'Enfant– mais c'est également un acte bénéfique à la santé de la mère et de son enfant : il a un effet préventif à moyen et long terme contre les infections, l'obésité enfantine, les allergies ou le diabète de type I pour l'enfant et il prévient aussi les risques d'hémorragies du post-partum et de cancer du sein pour la mère, sans parler de ses avantages sur la relation mère-enfant et sur l'évolution cognitive. Et, malgré cela, , il faut cependant encore et toujours continuer de s'engager pour le développer, y compris en Suisse ! En effet, de trop nombreux obstacles se dressent encore devant l'atteinte des objectifs de santé publique qui voudraient que tous les nouveaux-nés soient nourris exclusivement au lait maternel pendant les 6 1ers mois de vie.

Bien sûr – et fort heureusement – les choses se sont améliorées en Suisse au cours des 25 dernières années et j'ai pu constater personnellement ces améliorations au triple titre de mère, de sage-femme et de politicienne.

En tant que jeune mère, il y a une petite trentaine d'années, il n'était pas rare d'entendre dire, devant les fréquentes difficultés de mise en route de l'allaitement, des phrases du type : « es-tu sûre que tu as assez de lait ? » ou « mon lait n'était pas bon ! » ou «  2 mois d'allaitement, c'est bien assez ! » sans parler des tenants du retour à la nature post-soixante-huit qui, sous prétexte que l'allaitement est un acte parfaitement naturel, niaient la nécessité d'une préparation et d'un soutien qui sont pourtant parfois essentiels à la réussite d'un allaitement. Et on pesait même les bébés avant et après chaque têtée !

Bien sûr, on entend toujours poser la question de la quantité suffisante du lait mais je pense que l'on peut dire que c'est à peu près la seule qui reste, même s'il y a encore beaucoup à faire pour l'information des femmes et de leurs familles ainsi que pour la formation des professionnel-le-s de la santé qui sont encore beaucoup trop centrés sur des normes – notamment en ce qui concerne la prise de poids – défavorables à l'instauration du climat de confiance et de sérénité nécessaires au bon déroulement de l'allaitement maternel.

En tant que sage-femme, du point de vue d'une professionnelle de la santé, j'ai également pu constater l'amélioration de la situation et des conditions faites à la promotion de l'allaitement maternel, en grande partie grâce à l'Initiative des hôpitaux amis des bébés, lancée par l'UNICEF en 1991. Au 1 er janvier 2006, ce sont 60 établissements labellisés, représentant environ 58% de l'ensemble des naissances en Suisse, qui offrent un cadre favorisant l'allaitement maternel et les études ont prouvé que le taux d'allaitement était effectivement plus élevé dans ces établissements que dans ceux qui ne sont pas au bénéfice du label.

D'un point de vue politique enfin, la situation s'est également améliorée, que l'on pense à la prise en charge, par l'assurance maladie de base, de 3 séances au maximum de conseils en cas d'allaitement, ou de la création, soutenue par l'Office fédéral de la santé publique, de la Fondation suisse pour la Promotion de l'Allaitement maternel ou encore, last but not least, de la récente naissance, attendue depuis tant d'années, d'un congé maternité payé minimum de 14 semaines, préalable indispensable à la mise en place d'un allaitement possible pour les femmes, de plus en plus nombreuses, qui exercent une activité professionnelle.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour que la situation soit vraiment satisfaisante. En effet, si les statistiques lacunaires indiquent, selon les derniers chiffres, que 94% des femmes commencent à allaiter leur enfant, il semblerait qu'elles ne soient plus que 14% à nourrir leur enfant exclusivement au sein à l'âge de 6 mois, ce qui est loin des recommandations faites par toutes les personnes qui s'occupent et se préoccupent de santé publique. Cette situation insatisfaisante a plusieurs causes, parmi lesquelles on peut citer :

•  l'absence de législation nationale pour la mise en œuvre du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel en Suisse,

•  la politique d'économies de la Confédération et des cantons qui empêche tout développement dans le domaine de la prévention et de la promotion de la santé,

•  la grande pauvreté de la politique familiale dans notre pays,

•  la difficulté de concilier vies familiale et professionnelle ou encore

•  la médicalisation de la maternité.

 

Il faut donc, inlassablement, continuer de mener des actions à destination des personnes directement concernées comme du grand public, comme, par exemple, l'attribution du label Hôpital ami des bébés et les manifestations organisées dans le cadre de la semaine mondiale de l'allaitement maternel.

Il faut également développer les activités de formation et d'information tels

•  les cours de préparation à l'allaitement,

•  les groupes d'allaitement,

•  les cours « reprise du travail et allaitement »,

•  la généralisation des conseils en allaitement,

•  la formation des professionnel-le-s

•  les actions contre la mise à disposition particulièrement néfaste d'échantillons de lait artificiel et, notamment, la résistance face aux multinationales de l'agro-alimentaire dont certaines ont leur siège en Suisse et, enfin, dans un autre domaine

•  des actions « publicitaires » de la fondation pour la promotion de la santé et de la fondation pour la promotion de l'allaitement maternel.

 

Enfin, il ne faut pas oublier non plus le nécessaire travail de lobbying auprès des autorités politiques qui doivent opérer un véritable changement de perspective en considérant la promotion de l'allaitement maternel comme une action indispensable de santé publique, permettant de réaliser des économies, au même titre que la prévention du tabagisme ou de l'obésité, et en prenant des mesures plus efficaces pour le Code international de commercialisation des substituts du lait maternel ! Quand une femme a des problèmes d'allaitement, ce n'est pas d'échantillon de lait artificiel dont elle a besoin, c'est de la possibilité de recevoir un conseil de qualité. Mais, pour cela, il faut des moyens aussi bien humains que financiers.

Pour terminer, j'aimerais citer le psychanalyste Erich Fromm, dans son livre « L'Art d'aimer » : « La terre promise est décrite dans la Bible comme ruisselante de lait et de miel. Le lait symbolise le premier aspect de l'amour, la sollicitude et l'affirmation, tandis que le miel symbolise la suavité de la vie, l'amour à son égard et le bonheur d'être vivant.(…)Pour être en mesure de donner du miel, une mère ne doit pas seulement être une bonne mère mais une personne heureuse. »

Avec vous, je souhaite m'engager au développement des conditions qui permettent aux mères de nourrir leurs enfants de leur lait, de leur amour et de leur bonheur.

30 mai 2006 - Discours prononcé à l'occasion des 25 ans du Code international OMS/UNICEF de commercialisation des substituts du lait maternel

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