La femme est l'avenir du développement
J'ai eu la chance de me rendre à plusieurs reprises, au cours de ces dernières années, dans des pays du Sud – notamment en Afrique – et d'y visiter des projets d'aide au développement consacrés aussi bien au soutien à la production alimentaire et à l'auto-suffisance des communautés villageoises qu'à celui des orpehlin-e-s du SIDA ou de structures de santé de base, de micro-crédit, etc.
Et, à chaque fois, j'ai été impressionnée par l'engagement et le dynamisme particulier des femmes qui avaient été intégrées à ces projets ou alors qui déployaient leur activité dans des projets spécifiquement destinées aux femmes. Il faut voir ces femmes rassemblées au sein d'une petite coopérative, dans laquelle elles ont investi de leur temps et de leur (maigre) argent, durement gagné à la sueur de leur front, parce qu'ensemble elles peuvent imaginer faire face aux imprévus et aux difficultés de la vie (maladie, accident, frais d'écolage). Il faut voir ces jeunes filles orphelines prendre soin de leurs plus petits frères et sœurs et persister à acquérir une formation, quitte à parcourir pour cela près de 20 km chaque jour. Il faut voir ces femmes organisées pour bénéficier d'un minimum de protection de leurs droits et accéder à des soins de santé minimaux. Et tout cela en continuant de travailler une terre aride, de transporter des charges énormes sur la tête à journée faite et de prendre soin de leurs proches.
Alors qu'elles sont encore, la plupart du temps, largement discriminées, exploitées, excisées, vendues, analphabètes, alors qu'elles constituent plus de 70% des personnes pauvres à travers le monde, alors que leur corps est trop souvent utilisé, en temps de paix comme un objet de satisfaction masculine et en situation de guerre comme un territoire à posséder symboliquement, comment font-elles pour déployer autant d'énergie pour améliorer le sort de leurs familles et de leurs communautés ? Où trouvent-elles la force et le courage de recommencer chaque jour leur lutte à la fois pour la survie et pour une vie plus digne ?
Je pense que le fait de pouvoir donner la vie, de mettre au monde, joue un rôle non négligeable dans ces compétences particulières des femmes. Enracinées dans le présent du quotidien mais inscrites dans la durée, vers un avenir qui les concerne puisqu'il concerne leurs enfants, elles ont tout à la fois le souci du concret et la capacité de se projeter dans un avenir qu'elles sont prêtes à construire, pour le bien commun.
Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de dire que les femmes sont meilleures que les hommes ou que les hommes sont des incapables sur lesquels on ne peut pas compter. Il s'agit simplement de se rendre compte des ressources essentielles que peuvent apporter les femmes pour le développement de leurs communautés, de leurs régions et de leurs pays. Et, pour cela, il s'agit de les intégrer, dans tous les projets, dans toutes les réflexions, pour construire avec elles aussi ce monde plus équilibré que nous appelons de nos vœux.
Paraphrasant le poète qui a écrit que « la femme est l'avenir de l'homme », je dirai pour conclure que la femme est certainement l'avenir et la clé du développement. Et je pense que, par ce numéro du « trait d'union », Genève Tiers-Monde prouve qu'elle partage cette conviction.
Liliane Maury Pasquier
Conseillère nationale



