Des enfants et du boulot, nous voulons les deux !

Des enfants et du boulot, j'ai eu la chance d'avoir les deux et c'est justement à partir de mon expérience personnelle mais aussi en ma qualité de sage-femme que je veux vous apporter ce témoignage aujourd'hui.

Mère de 4 enfants de 27, 24, 21 et 14 ans, j'ai occupé divers emplois, dont certains à responsabilités mais toujours à temps partiel, j'ai suivi une formation de 3 ans à plein temps entre les naissances de mes deux cadets, j'ai été active dans le milieu associatif, je me suis engagée en politique où j'ai rempli plusieurs fonctions électives qui représentent à ce jour 19 années de ma vie mais je ne suis pas une sur-femme !

J'ai simplement pu faire ce que chaque femme, chaque homme devraient pouvoir envisager comme quelque chose de parfaitement normal et de tout à fait équilibrant et que la société devrait encourager comme quelque chose de pleinement enrichissant pour tous ses membres, petits et grands, jeunes et vieux : j'ai pu vivre au quotidien le partage des tâches, avec Roland, mon compagnon depuis près de 28 ans.

Nous avons ainsi travaillé l'un comme l'autre aussi bien à la maison qu'à l'extérieur, avec des taux d'activité oscillant entre 30 et 95% selon les années, l'âge des enfants et nos emplois respectifs. Nous avons recouru, aussi bien par besoin que par souci d'intégration et de socialisation, à des systèmes d'accueil extra-familial aussi variés que les mamans de jour, la garderie autogérée, la crèche à mi-temps, le jardin d'enfants ou les cuisines scolaires. Nous avons pratiqué et même cultivé ces formes d'échanges qui font du bien autant aux parents qu'aux enfants : gardes d'enfants alternées, répartition des accompagnements d'enfants sur le chemin de l'école, qu'on appelle maintenant pédibus, repas communautaires et j'en passe.

Bien sûr, tout n'a pas été simple.

Pour bénéficier d'activités à temps partiel � ce qui était notre priorité quand nos enfants étaient petits � nous avons dû parfois renoncer à des postes plus intéressants, nous n'avons pas touché d'allocations familiales entières, nous n'avons pas pu accéder à un 2ème pilier tout au long de nos carrières professionnelles, nous avons eu de la peine à trouver un grand appartement qui ne soit pas aussitôt luxueux donc cher � comme si l'espace vital était seulement réservé aux plus riches ! Mais, dans l'ensemble, nous avons toujours trouvé des solutions à nos problèmes et vous avez en face de vous une mère heureuse.

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je suis sage-femme et aussi grand-mère de deux petits-enfants et, à ce double titre, je vois au quotidien à quelles difficultés les pères et mères de famille sont confrontés à l'heure actuelle et, croyez-moi, ils n'ont pas la vie facile !

Ainsi, le marché du travail s'est considérablement durci, dans nombre d'emplois, il faut montrer qu'on en veut pour garder sa place, faire sans rechigner des heures supplémentaires par crainte de figurer dans la prochaine charrette de licenciements. Comment voulez-vous, dans ces conditions, que les femmes et a fortiori les hommes osent revendiquer un travail à temps partiel ou des horaires souples pour pouvoir s'occuper, ne serait-ce qu'un petit peu, de leurs enfants, sans même parler de demander un congé paternité !

Ainsi, entre la difficulté de trouver un logement à prix abordable et des primes d'assurance maladie qui peuvent atteindre, dans le canton de Genève, 20% du revenu imposable, il est à peu près impossible de vivre avec un revenu équivalant à un seul plein temps. Il faut donc que les deux parents travaillent à l'extérieur et trouvent une solution de garde pour leurs enfants. Même dans un canton relativement à la pointe comme le mien, c'est la croix et la bannière ! Dans certaines communes, c'est à peu près impossible. Dans d'autres, il faut inscrire son enfant pour une place en crèche non seulement avant sa naissance mais même, si c'était possible, avant sa conception. Sinon, vous ferez comme ma fille qui a commis l'erreur d'être enceinte juste après les journées consacrées aux inscriptions pour l'année suivante. A l'issue d'un congé payé de 16 semaines � grâce à l'assurance maternité cantonale genevoise � elle a donc dû trouver une solution de garde temporaire pour 4 mois, tous les amis et les grands-parents s'y sont mis mais ce genre de situations n'est favorable ni au bon développement des enfants ni à la sérénité des parents ni à leur bon rendement professionnel.

Ainsi, pour peu que les enfants naissent et grandissent dans des familles immigrées de fraîche date ou dont les mères ne bénéficient pas de congé maternité payé ou qui ne reçoivent pas d'allocations familiales ou qui ne trouvent que des solutions de garde boîteuses ou dans des familles monoparentales, toutes ces difficultés sont démultipliées à l'envi, de quoi perdre force et courage pourtant si nécessaires.

Parce que c'est difficile de mener de front vie familiale et carrière professionnelle ;

parce que c'est exigeant de mettre au monde et d'éduquer des enfants ;

parce que ces difficultés fragilisent les couples, isolent les familles et compromettent le développement des enfants ;

parce que tout le potentiel des enfants et des jeunes doit être soigné comme on le fait d'une plante, pour le mieux-être de tous, dans tous les domaines,

nous devons (nous c'est-à-dire la société, l'Etat, l'économie) :

  • encourager et aider les parents, les mères comme les pères, à partager leurs tâches et à faire face à leurs responsabilités ;
  • leur permettre d'exercer leurs compétences professionnelles en leur offrant les conditions-cadre qui leurs sont nécessaires : assurance maternité et congé paternité, places d'accueil extra-familial en nombre suffisant, allocations familiales pour chaque enfant et prestations complémentaires pour les familles à faible revenu, salaires décents, égaux pour les femmes et les hommes, plus de primes d'assurance maladie pour les enfants, logements adaptés et environnement favorable.

C'est ce dont les familles ont besoin. C'est justement ce que propose le parti socialiste et c'est justement à ça que je travaille, au parlement et en-dehors, depuis toutes ces années.

Témoignage apporté lors de la manifête électorale du PSS le 30 août 2003 à Berne

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