Remise du prix "Femme exilée" 2002

Madame la Présidente du Conseil d'Etat,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d'abord à vous remercier très chaleureusement de m'avoir associée à la remise du « Prix de la femme exilée 2002 ». J'ai ainsi l'occasion de vous exprimer toute mon admiration.

En effet, contrairement à vous qui avez été nominées pour ce prix, je ne sais pas m'exprimer en afghan ou en kurde ni même en espagnol. Contrairement à vous, je n'ai pas eu à quitter mon pays et tout ce qui m'est cher, dans des conditions d'urgence vitale, en laissant derrière moi tout ce que je connaissais, tout ce que j'avais construit et qui faisait ma vie, en abandonnant tout à la fois ma maison et mes repères.

Et je pense que � contrairement à ce que prétendent des personnes qui ne voient dans l'exil qu'un voyage librement décidé vers l'aventure et la vie facile � pour quitter son pays, il faut beaucoup de courage et de force, la force du désespoir parfois mais aussi la force de croire qu'ailleurs la vie sera possible, l'énergie de la foi et de l'espoir.

Arrivées dans ce pays étranger qu'était la Suisse pour vous, il vous a encore fallu autant de courage et de force pour surmonter les écueils qui n'ont pas manqué de se dresser sur votre route : d'abord, se faire accepter dans un pays dont la tradition historique d'accueil a malheureusement souvent laissé place, ces dernières années, sous la poussée de mouvements xénophobes et nationalistes, à une attitude extrêmement frileuse pour ne pas dire totalement fermée ; ensuite, apprendre, apprendre à connaître les structures et les gens, les modes de faire et la procédure, apprendre à parler la langue et à ne plus avoir peur, apprendre à s'intégrer sans rien perdre de sa propre histoire.

Et puis, non contentes d'avoir déjà accompli tout cela, vous avez encore décidé de poursuivre votre action en vous engageant pour améliorer la situation de vos compatriotes restées au pays ou migrantes comme vous, pour une meilleure reconnaissance de leurs droits et des vôtres ou encore dans les mouvements associatifs ou syndicaux.

Quel exploit ! Et cela d'autant plus que l'on sait qu'ici comme partout dans le monde, qu'il s'agisse de s'intégrer dans le monde du travail ou de se retrouver dans les méandres de la bureaucratie, qu'il s'agisse d'être respectée en tant que personne autonome et responsable ou de se défendre de tout type de harcèlement, l'égalité entre femmes et hommes est loin d'être réalisée et les femmes doivent toujours faire mieux la preuve de leurs compétences pour être reconnues.

Alors, bravo, Mesdames les nominées et Mesdames les lauréates, Mesdames les initiantes de ce prix et Mesdames les organisatrices, bravo et merci. Bravo pour votre lutte et merci de nous donner à voir des exemples de vies difficiles mais réussies, merci de nous donner à croire que nous pouvons toujours nous engager, ensemble, pour améliorer notre situation et celle du monde qui en a cruellement besoin.

Discours prononcé le 7 mars 2002

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