Places d'accueil extra-familial

 

Le développement de places d'accueil extra-familial est une nécessité pour de nombreuses raisons. Je me contenterai de vous en exposer quelques-unes tant économiques que relatives au développement des parents comme des enfants.

Le taux d'activité des femmes n'a cessé d'augmenter ces dernières années, passant de 34% en 1980 à 45% en 1998 et c'est ainsi que 6 mères d'enfants de moins de 15 ans sur 10 sont actuellement actives, à temps partiel ou à temps plein. Alors que 6 mères non actives sur 10 exerceraient une activité professionnelle si le problème de la garde de leur(s) enfants(s) était résolu, ce sont près de 650'000 enfants qui ont une mère exerçant une activité lucrative alors qu'il existe en Suisse environ 50'000 places pour leur prise en charge pré- ou para-scolaire.

Cette augmentation de l'activité professionnelle des femmes constitue un véritable changement de société. Il est notamment dû :

•  à la meilleure formation professionnelle dont bénéficient les femmes et

•  aux modifications rapides dans le monde du travail, entraînant de plus grandes difficultés de réinsertion après une interruption de l'activité professionnelle.

Mais les femmes qui exercent une activité professionnelle sont confrontées à nombre de difficultés nouvelles, ce qui explique certainement en partie la diminution massive des grandes familles et l'augmentation des enfants uniques. L'insuffisance de places d'accueil extra-familial n'est en effet pas comblée par une aide provenant de l'intérieur de la famille : les grands-parents vivent souvent plus éloignés de leurs petits-enfants qu'auparavant, quand ils ne sont pas encore eux-mêmes actifs professionnellement et le nombre important de divorces limite également la possibilité de recourir à quelqu'un de la famille.

Parallèlement à cette augmentation de l'activité professionnelle des femmes et des mères, on assiste à une diminution constante du nombre des naissances qui ont passé de 90'000 en 1992 à 75'000 en 1999 et les difficultés évoquées ne sont certainement pas étrangères à cette évolution des familles. On peut en effet aisément comprendre pourquoi on peut être amené à renoncer à avoir un enfant : de la peur généralisée de l'avenirr à l'importance la charge financière qu'implique la prise en charge d'un enfant, en passant par la difficulté de concilier famille et travail.

Dans notre société en mutation, de plus en plus d'enfants � parce qu'ils sont enfants uniques (40% des enfants) ou parce qu'ils ont des frères et s�urs nettement plus âgés ou nettement plus jeunes, dans ces fameuses familles recomposées � grandissent dans un environnement d'adultes.

Dans ce contexte, les offres d'accueil pour les enfants ne représentent pas seulement une possibilité d'activité professionnelle pour les parents mais également, et ce n'est pas le moindre de ses avantages, la possibilité d'un développement harmonieux avec l'expérimentation possible de la vie en groupe, de la vie entre pairs que sont les enfants entre eux. L'insuffisance de place d'accueil représente, de ce point de vue également, une lacune qu'il convient de combler le plus vite possible.

Plus de places d'accueil : un programme d'impulsion fédéral

 

La création de lieux d'accueil extra-familial est avant tout du ressort des communes et des cantons qui ont souvent besoin de la pression des associations de parents pour agir, ce d'autant plus qu'une telle création n'est bien évidemment pas gratuite.

Afin de permettre aux parents d'exercer leur activité professionnelle, il convient d'offrir des places d'accueil pour les tout-petits jusqu'à l'âge scolaire, avec au moins un niveau de base, mais aussi des horaires scolaires coordonnés et une possibilité de prise en charge de la journée entière, avec la pause de midi et jusqu'au soir.

Pour donner un coup de pouce à la création de nouvelles institutions de prise en charge en dehors du cadre familial � qu'il s'agisse de crèches, de jardins d'enfants, d'associations de parents de jour ou de cantines scolaires � le Conseil national vient d'accepter, lors de sa session spéciale d'avril, un programme d'impulsion qui devrait permettre de créer environ 80'000 places d'accueil extra-familial en 10 ans et qui fait suite à une initiative parlementaire de ma collègue, la conseillère nationale socialiste Jacqueline Fehr.

Ce programme est conçu pour une durée de 10 ans, à raison de Fr. 100 millions par année, les institutions bénéficiant d'un certain montant de la Confédération, comme aide au départ, couvrant au maximum 1/3 des frais d'exploitation, l'aide fédérale étant limitée à deux ans.

Ce projet doit maintenant être examiné par le Conseil des Etats, en commission puis en plénum, et j'espère vivement qu'il ne sera pas revu trop à la baisse, le Conseil fédéral ayant quant à lui plaidé pour une diminution de 90% des montants alloués au programme d'impulsion. La bataille sera rude mais je compte sur les différents groupes et associations qui se sont mobilisés pour convaincre le Conseil national pour faire de même avec les membres du Conseil des Etats.

Liliane Maury Pasquier

Conseillère nationale

 

Juin 2006 - Article

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